Bidayat al-MujtahidIbn Rushd

Le second groupe fait valoir que le verset relatif aux serments d’anathème réciproques ne prévoit pas l’application de la peine légale au mari lorsqu’il refuse de prêter serment. Imposer cette peine constituerait un ajout au texte ; or, selon eux, un tel ajout équivaut à une abrogation, laquelle ne peut être établie ni par raisonnement analogique ni par des traditions rapportées par un nombre limité de transmetteurs.

Ils ajoutent : « Si la peine légale était encourue, les serments d’anathème réciproques ne lui seraient d’aucune utilité et ne permettraient pas de l’écarter. En effet, ils constituent un serment ; or, puisque le serment n’écarte pas cette peine pour un homme autre que le mari, il doit en aller de même pour celui-ci. »

En réalité, les serments d’anathème réciproques sont des serments particuliers, qui doivent donc relever d’un régime particulier. Le texte précise expressément, à propos de la femme, que son serment écarte d’elle le châtiment. La question est donc de savoir quel est ce châtiment que son serment permet d’écarter.

C’est également en raison de la polysémie du mot « châtiment » qu’ils divergent sur ce qu’elle encourt lorsqu’elle refuse de prêter serment. Al-Shāfi‘ī, Mālik, Ahmad et la majorité considèrent qu’elle subit la peine légale : la lapidation si le mariage a été consommé et qu’elle remplit les conditions du statut matrimonial entraînant cette peine ; la flagellation si le mariage n’a pas été consommé. Abū Hanīfa considère que, si elle refuse de prêter serment, elle doit être emprisonnée jusqu’à ce qu’elle prononce les serments d’anathème réciproques. Il invoque cette parole du Prophète — qu’Allah le couvre d’éloges et le salue — :

« Il n’est permis de verser le sang d’un musulman que dans l’un de ces trois cas : l’adultère après la consommation d’un mariage, la mécréance après la foi, ou le meurtre d’une personne sans que ce soit en représailles d’un meurtre. »

En outre, faire du refus de prêter serment un motif de mise à mort est une décision que les principes fondamentaux du droit récusent. En effet, si de nombreux juristes n’imposent pas même le paiement d’une somme sur la seule base d’un tel refus, celui-ci devrait, à plus forte raison, ne pas entraîner la mise à mort. En somme, la règle qui régit les vies humaines dans la Loi veut que le sang ne soit versé que sur la base d’une preuve digne de foi ou d’un aveu. Il ne convient pas de restreindre la portée de cette règle en s’appuyant sur un terme polysémique. Sur cette question, la position d’Abū Hanīfa est donc plus proche de la justesse, si Allah le veut. Abū al-Ma‘ālī lui-même, pourtant shaféite, a reconnu dans son ouvrage al-Burhān la force de l’argumentation d’Abū Hanīfa sur ce point.

Ils s’accordent à dire que, si le mari reconnaît avoir menti, il subit la peine légale et l’enfant lui est rattaché s’il en avait désavoué la filiation.

Ils divergent toutefois sur la possibilité pour lui de reprendre son épouse, bien que leur majorité s’accorde à considérer que les serments d’anathème réciproques entraînent nécessairement la séparation, soit par eux-mêmes, soit par décision du juge, comme nous l’expliquerons plus loin. Mālik, al-Shāfi‘ī, al-Thawrī, Dāwūd, Ahmad et la majorité des juristes des grandes cités considèrent que les deux époux ne peuvent plus jamais se réunir, même si le mari reconnaît avoir menti. Abū Hanīfa et un groupe de savants estiment que, s’il reconnaît avoir menti, il subit la flagellation prévue par la peine légale et peut ensuite demander sa main au même titre que tout autre prétendant. Certains ont dit que son épouse lui est rendue.

Le premier groupe invoque cette parole du Messager d’Allah — qu’Allah le couvre d’éloges et le salue — :

« Tu n’as plus aucun droit sur elle. »

Il n’a formulé aucune exception, donnant ainsi à l’interdiction une portée absolue.

Le second groupe soutient que, lorsque le mari reconnaît avoir menti, les effets juridiques des serments d’anathème réciproques sont annulés. De même que l’enfant lui est alors rattaché, la femme lui est rendue. En effet, la cause de l’interdiction réside uniquement dans l’impossibilité de déterminer lequel des deux dit vrai, alors qu’il est certain que l’un d’eux ment. Lorsque cela est élucidé, l’interdiction est levée.

وَاحْتَجَّ الْفَرِيقُ الثَّانِي بِأَنَّ آيَةَ اللِّعَانِ لَمْ تَتَضَمَّنْ إِيجَابَ الْحَدِّ عَلَيْهِ عِنْدَ النُّكُولِ، وَالتَّعْرِيضِ لِإِيجَابِهِ زِيَادَةً فِي النَّصِّ، وَالزِّيَادَةُ عِنْدَهُمْ نَسْخٌ، وَالنَّسْخُ لَا يَجُوزُ بِالْقِيَاسِ وَلَا بِأَخْبَارِ الْآحَادِ، قَالُوا: وَأَيْضًا لَوْ وَجَبَ الْحَدُّ لَمْ يَنْفَعْهُ الِالْتِعَانُ، وَلَا كَانَ لَهُ تَأْثِيرٌ فِي إِسْقَاطِهِ، لِأَنَّ الِالْتِعَانَ يَمِينٌ فَلَمْ يَسْقُطْ بِهِ الْحَدُّ عَنِ الْأَجْنَبِيِّ، فَكَذَلِكَ الزَّوْجُ. وَالْحَقُّ أَنَّ الِالْتِعَانَ يَمِينٌ مَخْصُوصَةٌ، فَوَجَبَ أَنْ يَكُونَ لَهَا حُكْمٌ مَخْصُوصٌ، وَقَدْ نُصَّ عَلَى الْمَرْأَةِ أَنَّ الْيَمِينَ يَدْرَأُ عَنْهَا الْعَذَابَ، فَالْكَلَامُ فِيمَا هُوَ الْعَذَابُ الَّذِي يَنْدَرِئُ عَنْهَا بِالْيَمِينِ. وَلِلِاشْتِرَاكِ الَّذِي فِي اسْمِ الْعَذَابِ اخْتَلَفُوا أَيْضًا فِي الْوَاجِبِ عَلَيْهَا إِذَا نَكَلَتْ، فَقَالَ الشَّافِعِيُّ، وَمَالِكٌ، وَأَحْمَدُ، وَالْجُمْهُورُ: إِنَّهَا تُحَدُّ، وَحَدُّهَا الرَّجْمُ إِنْ كَانَ دَخَلَ بِهَا وَوُجِدَتْ فِيهَا شُرُوطُ الْإِحْصَانِ، وَإِنْ لَمْ يَكُنْ دَخَلَ بِهَا فَالْجَلْدُ. وَقَالَ أَبُو حَنِيفَةَ إِذَا نَكَلَتْ وَجَبَ عَلَيْهَا الْحَبْسُ حَتَّى تُلَاعِنَ، وَحُجَّتُهُ قَوْلُهُ - عَلَيْهِ الصَّلَاةُ وَالسَّلَامُ -: «لَا يَحِلُّ دَمُ امْرِئٍ مُسْلِمٍ إِلَّا بِإِحْدَى ثَلَاثٍ: زِنًا بَعْدَ إِحْصَانٍ، أَوْ كُفْرٍ بَعْدَ إِيمَانٍ، أَوْ قَتْلِ نَفْسٍ بِغَيْرِ نَفْسٍ» ، وَأَيْضًا فَإِنَّ سَفْكَ الدَّمِ بِالنُّكُولِ حُكْمٌ تَرُدُّهُ الْأُصُولُ، فَإِنَّهُ إِذَا كَانَ كَثِيرٌ مِنَ الْفُقَهَاءِ لَا يُوجِبُونَ غُرْمَ الْمَالِ بِالنُّكُولِ فَكَانَ بِالْحَرِيِّ أَنْ لَا يَجِبَ بِذَلِكَ سَفْكُ الدِّمَاءِ. وَبِالْجُمْلَةِ فَقَاعِدَةُ الدِّمَاءِ مَبْنَاهَا فِي الشَّرْعِ عَلَى أَنَّهَا لَا تُرَاقُ إِلَّا بِالْبَيِّنَةِ الْعَادِلَةِ، أَوْ بِالِاعْتِرَافِ، وَمِنَ الْوَاجِبِ أَلَّا تُخَصَّصَ هَذِهِ الْقَاعِدَةُ بِالِاسْمِ الْمُشْتَرَكِ، فَأَبُو حَنِيفَةَ فِي هَذِهِ الْمَسْأَلَةِ أَوْلَى بِالصَّوَابِ إِنْ شَاءَ اللَّهُ. وَقَدِ اعْتَرَفَ أَبُو الْمَعَالِي فِي كِتَابِهِ الْبُرْهَانِ بِقُوَّةِ أَبِي حَنِيفَةَ فِي هَذِهِ الْمَسْأَلَةِ، وَهُوَ شَافِعِيٌّ. وَاتَّفَقُوا عَلَى أَنَّهُ إِذَا أَكْذَبَ نَفْسَهُ حُدَّ وَأُلْحِقَ بِهِ الْوَلَدُ إِنْ كَانَ نَفَى وَلَدًا. وَاخْتَلَفُوا: هَلْ لَهُ أَنْ يُرَاجِعَهَا بَعْدَ اتِّفَاقِ جُمْهُورِهِمْ عَلَى أَنَّ الْفُرْقَةَ تَجِبُ بِاللِّعَانِ، إِمَّا بِنَفْسِهِ وَإِمَّا بِحُكْمِ حَاكِمٍ عَلَى مَا نَقُولُهُ بَعْدُ ; فَقَالَ مَالِكٌ، وَالشَّافِعِيُّ، وَالثَّوْرِيُّ، وَدَاوُدُ، وَأَحْمَدُ، وَجُمْهُورُ فُقَهَاءِ الْأَمْصَارِ: إِنَّهُمَا لَا يَجْتَمِعَانِ أَبَدًا، وَإِنْ أَكْذَبَ نَفْسَهُ; وَقَالَ أَبُو حَنِيفَةَ، وَجَمَاعَةٌ: إِذَا أَكْذَبَ نَفْسَهُ جُلِدَ الْحَدَّ، وَكَانَ خَاطِبًا مِنَ الْخُطَّابِ; وَقَدْ قَالَ قَوْمٌ: تُرَدُّ إِلَيْهِ امْرَأَتُهُ. وَحُجَّةُ الْفَرِيقِ الْأَوَّلِ قَوْلُ رَسُولِ اللَّهِ - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ -: «لَا سَبِيلَ لَكَ عَلَيْهَا» ، وَلَمْ يَسْتَثْنِ فَأَطْلَقَ التَّحْرِيمَ. وَحُجَّةُ الْفَرِيقِ الثَّانِي أَنَّهُ إِذَا أَكْذَبَ نَفْسَهُ فَقَدْ بَطَلَ حُكْمُ اللِّعَانِ، فَكَمَا يَلْحَقُ بِهِ الْوَلَدُ كَذَلِكَ تُرَدُّ الْمَرْأَةُ عَلَيْهِ، وَذَلِكَ أَنَّ السَّبَبَ الْمُوجِبَ لِلتَّحْرِيمِ إِنَّمَا هُوَ الْجَهْلُ بِتَعْيِينِ صِدْقِ أَحَدِهِمَا مَعَ الْقَطْعِ بِأَنَّ أَحَدَهُمَا كَاذِبٌ، فَإِذَا انْكَشَفَ ارْتَفَعَ التَّحْرِيمُ.

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