Bidayat al-MujtahidIbn Rushd

la mise en cause pour adultère entraîne l’application de la peine légale, puisque les serments d’anathème réciproques ont précisément été institués pour écarter cette peine tout en désavouant la filiation. Ils invoquent parfois aussi ce que rapporte ‘Amr ibn Shu‘ayb, d’après son père, d’après son grand-père : le Messager d’Allah — qu’Allah le couvre d’éloges et le salue — a dit :

« Les serments d’anathème réciproques n’ont pas lieu entre ces quatre personnes : les deux esclaves et les deux non-musulmans. »

La majorité considère, quant à elle, qu’il s’agit d’un serment, même s’il est appelé témoignage, car nul ne peut témoigner en sa propre faveur. Qu’un témoignage puisse être désigné comme un serment ressort clairement de cette parole du Très-Haut :

« Lorsque les hypocrites viennent à toi, ils disent » [al-Munāfiqūn : 1], et la suite du verset.

Il dit ensuite :

« Ils ont fait de leurs serments un bouclier » [al-Munāfiqūn : 2].

Ils s’accordent sur la validité des serments d’anathème réciproques prononcés par un aveugle, mais divergent au sujet du muet. Mālik et al-Shāfi‘ī disent qu’il peut les prononcer dès lors qu’il peut se faire comprendre. Abū Hanīfa dit qu’il ne le peut pas, car il n’est pas apte à témoigner. Ils s’accordent à poser comme conditions la possession de ses facultés mentales et la puberté.

[CHAPITRE III — LES MODALITÉS DES SERMENTS D’ANATHÈME RÉCIPROQUES]

Les modalités de ces serments sont assez semblables chez la majorité des savants et ne donnent lieu à aucune divergence importante. Elles suivent le sens apparent des termes du verset. Le mari atteste donc quatre fois par Allah : « Je l’ai bien vue commettre l’adultère, et l’enfant qu’elle porte n’est pas de moi. » À la cinquième, il invoque sur lui-même la malédiction d’Allah s’il est du nombre des menteurs. L’épouse atteste ensuite quatre fois le contraire de ce qu’il a attesté, puis, à la cinquième, invoque sur elle-même la colère d’Allah. Tout cela fait l’objet d’un accord.

Les savants divergent toutefois sur les points suivants : peut-on remplacer la malédiction par la colère, et la colère par la malédiction ? Peut-on dire « je jure » au lieu de « j’atteste », ou employer un autre nom d’Allah à la place du nom « Allah » dans la formule « par Allah » ? La majorité considère que seules les formulations expressément prescrites sont admises. Elle prend pour référence, en cela, le nombre prescrit d’attestations. Ils s’accordent à dire que la validité de ces serments est subordonnée à une décision du juge.

[CHAPITRE IV — LE REFUS DE PRÊTER SERMENT OU LA RÉTRACTATION DE L’UN DES ÉPOUX]

Chapitre IV : le refus de prêter serment ou la rétractation de l’un des deux époux.

Lorsque le mari refuse de prêter serment, la majorité considère qu’il subit la peine légale. Abū Hanīfa dit qu’il ne la subit pas, mais qu’il est emprisonné.

La majorité invoque la portée générale de cette parole du Très-Haut :

« Ceux qui accusent d’adultère les femmes chastes » [al-Nūr : 4], et la suite du verset.

Cette disposition s’applique aussi bien au mari qu’à tout autre homme. Allah a fait tenir au mari ces serments en lieu et place des témoins. S’il refuse de les prêter, il doit donc être traité comme celui qui porte une accusation d’adultère sans disposer de témoins (je veux dire qu’il subit la peine légale).

Elle invoque également ce que rapportent Ibn ‘Umar et d’autres dans le récit d’al-‘Ajlānī, à savoir cette parole du Prophète — qu’Allah le couvre d’éloges et le salue — :

« Si je tue, je serai tué ; si je parle, je serai fouetté ; et si je me tais, je garderai le silence, rongé de colère. »

يَجِبُ فِي قَذْفِهِ الْحَدُّ، إِذْ كَانَ اللِّعَانُ إِنَّمَا وُضِعَ لِدَرْءِ الْحَدِّ مَعَ نَفْيِ النَّسَبِ، وَرُبَّمَا احْتَجُّوا بِمَا رَوَى عَمْرُو بْنُ شُعَيْبٍ، عَنْ أَبِيهِ، عَنْ جَدِّهِ: أَنَّ رَسُولَ اللَّهِ - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ - قَالَ: «لَا لِعَانَ بَيْنَ أَرْبَعَةٍ: الْعَبْدَيْنِ، وَالْكَافِرَيْنِ» ، وَالْجُمْهُورُ يَرَوْنَ أَنَّهُ يَمِينٌ، وَإِنْ كَانَ يُسَمَّى شَهَادَةً، فَإِنَّ أَحَدًا لَا يَشْهَدُ لِنَفْسِهِ، وَأَمَّا أَنَّ الشَّهَادَةَ قَدْ يُعَبَّرُ عَنْهَا بِالْيَمِينِ فَذَلِكَ بَيِّنٌ فِي قَوْله تَعَالَى: {إِذَا جَاءَكَ الْمُنَافِقُونَ قَالُوا} [المنافقون: ١] الْآيَةَ، ثُمَّ قَالَ: {اتَّخَذُوا أَيْمَانَهُمْ جُنَّةً} [المنافقون: ٢] . وَأَجْمَعُوا عَلَى جَوَازِ لِعَانِ الْأَعْمَى، وَاخْتَلَفُوا فِي الْأَخْرَسِ، فَقَالَ مَالِكٌ، وَالشَّافِعِيُّ: يُلَاعِنُ الْأَخْرَسُ إِذَا فُهِمَ عَنْهُ، وَقَالَ أَبُو حَنِيفَةَ: لَا يُلَاعِنُ لِأَنَّهُ لَيْسَ مِنْ أَهْلِ الشَّهَادَةِ، وَأَجْمَعُوا عَلَى أَنَّ مِنْ شَرْطِهِ الْعَقْلَ، وَالْبُلُوغَ. [الْفَصْلُ الثَّالِثُ فِي صِفَةِ اللِّعَانِ] ِ. فَأَمَّا صِفَةُ اللِّعَانِ فَمُتَقَارِبَةٌ عِنْدَ جُمْهُورِ الْعُلَمَاءِ، وَلَيْسَ بَيْنَهُمْ فِي ذَلِكَ كَبِيرُ خِلَافٍ، وَذَلِكَ عَلَى ظَاهِرِ مَا تَقْتَضِيهِ أَلْفَاظُ الْآيَةِ، فَيَحْلِفُ الزَّوْجُ أَرْبَعَ شَهَادَاتٍ بِاللَّهِ لَقَدْ رَأَيْتُهَا تَزْنِي، وَأَنَّ ذَلِكَ الْحَمْلَ لَيْسَ مِنِّي، وَيَقُولُ فِي الْخَامِسَةِ: لَعْنَةُ اللَّهِ عَلَيْهِ إِنْ كَانَ مِنَ الْكَاذِبِينَ، ثُمَّ تَشْهَدُ هِيَ أَرْبَعَ شَهَادَاتٍ بِنَقِيضِ مَا شَهِدَ هُوَ بِهِ، ثُمَّ تُخَمِّسُ بِالْغَضَبِ، هَذَا كُلُّهُ مُتَّفَقٌ عَلَيْهِ. وَاخْتَلَفَ النَّاسُ: هَلْ يَجُوزُ أَنْ يُبَدِّلَ مَكَانَ اللَّعْنَةِ: الْغَضَبَ، وَمَكَانَ الْغَضَبِ: اللَّعْنَةَ، وَمَكَانَ أَشْهَدُ: أُقْسِمُ، وَمَكَانَ قَوْلِهِ بِاللَّهِ غَيْرَهُ مِنْ أَسْمَائِهِ؟ وَالْجُمْهُورُ عَلَى أَنَّهُ لَا يَجُوزُ مِنْ ذَلِكَ إِلَّا مَا نَصَّ عَلَيْهِ مِنْ هَذِهِ الْأَلْفَاظِ أَصْلُهُ عَدَدُ الشَّهَادَاتِ، وَأَجْمَعُوا عَلَى أَنَّ مِنْ شَرْطِ صِحَّتِهِ أَنْ يَكُونَ بِحُكْمِ حَاكِمٍ. [الْفَصْلُ الرَّابِعُ فِي حُكْمِ نُكُولِ أَحَدِ المتلاعنين أَوْ رُجُوعِهِ] الْفَصْلُ الرَّابِعُ فِي حُكْمِ نُكُولِ أَحَدِهِمَا أَوْ رُجُوعِهِ. فَأَمَّا إِذَا نَكَلَ الزَّوْجُ: فَقَالَ الْجُمْهُورُ: إِنَّهُ يُحَدُّ، وَقَالَ أَبُو حَنِيفَةَ: إِنَّهُ لَا يُحَدُّ، وَيُحْبَسُ. وَحُجَّةُ الْجُمْهُورِ عُمُومُ قَوْله تَعَالَى: {وَالَّذِينَ يَرْمُونَ الْمُحْصَنَاتِ} [النور: ٤] الْآيَةَ، وَهَذَا عَامٌّ فِي الْأَجْنَبِيِّ، وَالزَّوْجِ، وَقَدْ جَعَلَ الِالْتِعَانَ لِلزَّوْجِ مَقَامَ الشُّهُودِ، فَوَجَبَ إِذَا نَكَلَ أَنْ يَكُونَ بِمَنْزِلَةِ مَنْ قَذَفَ، وَلَمْ يَكُنْ لَهُ شُهُودٌ (أَعْنِي: أَنَّهُ يُحَدُّ) . وَمَا جَاءَ أَيْضًا مِنْ حَدِيثِ ابْنِ عُمَرَ، وَغَيْرِهِ فِي قِصَّةِ الْعَجْلَانِيِّ مِنْ قَوْلِهِ - عَلَيْهِ الصَّلَاةُ وَالسَّلَامُ -: «إِنْ قَتَلْتُ قُتِلْتُ، وَإِنْ نَطَقْتُ جُلِدْتُ، وَإِنْ سَكَتُّ سَكَتُّ عَلَى غَيْظٍ» .

Entreprise

  • À propos
  • Tarifs
  • Pourquoi traduire ?

Support

  • Contactez-nous
  • Signaler un bug
  • Nous soutenir
  • Faire un don
  • Arène de combat IA

Suivez-nous

© 2026 Kutub. Tous droits réservés.
Conditions d'utilisationPolitique de confidentialitéCookies