Bidayat al-MujtahidIbn Rushd

Les avis rapportés de Mālik divergent quant à la vérification de l’absence de grossesse : il a exigé tantôt trois menstruations, tantôt une seule. Quant au désaveu de paternité sans autre précision, l’avis le plus connu de Mālik est qu’il ne rend pas obligatoires les serments d’anathème réciproques. Al-Shāfi‘ī, Ahmad et Dāwūd s’opposent à lui sur ce point et disent : « Cette condition n’a pas lieu d’être, car une femme peut être enceinte tout en constatant des écoulements de sang. » ‘Abd al-Wahhāb rapporte toutefois des disciples d’al-Shāfi‘ī qu’il n’est pas permis de désavouer la paternité de l’enfant à naître sans formuler d’accusation d’adultère.

Ils divergent également sur une question particulière relevant de ce sujet : le moment où ce désaveu doit intervenir. Selon la majorité, il peut être formulé pendant la grossesse. Mālik pose comme condition que, si le mari ne désavoue pas la paternité durant la grossesse, il ne puisse plus le faire après l’accouchement par les serments d’anathème réciproques. Al-Shāfi‘ī dit : « Si le mari a connaissance de la grossesse et que le juge lui permet de prononcer ces serments, mais qu’il ne le fait pas, il ne pourra plus désavouer la paternité après l’accouchement. » Abū Hanīfa dit : « Il ne désavoue la paternité de l’enfant qu’une fois qu’elle a accouché. »

Mālik et ceux qui partagent son avis invoquent les récits transmis par des voies nombreuses et concordantes d’après Ibn ‘Abbās, Ibn Mas‘ūd, Anas et Sahl ibn Sa‘d :

« Lorsque le Prophète — qu’Allah le couvre d’éloges et le salue — ordonna aux deux époux de prononcer les serments d’anathème réciproques, il dit : “Si elle met au monde un enfant présentant telle caractéristique, j’estime qu’il aura bel et bien dit vrai dans son accusation contre elle.” »

Ils disent : « Cela montre qu’elle était enceinte au moment de ces serments. » L’argument d’Abū Hanīfa est qu’une grossesse peut se résorber et disparaître ; il n’y a donc lieu de recourir aux serments d’anathème réciproques que sur la base d’une certitude.

La majorité fait également valoir que la Loi a fait dépendre de l’apparition de la grossesse de nombreuses dispositions, telles que l’entretien matériel, le délai de viduité et l’interdiction des rapports sexuels. Il faut donc, par analogie, qu’il en aille de même pour les serments d’anathème réciproques.

Selon Abū Hanīfa, le mari peut prononcer ces serments même s’il ne désavoue la paternité qu’au moment de l’accouchement, ou à une date proche de celui-ci ; il n’a pas fixé de délai précis à cet égard. Ses deux disciples, Abū Yūsuf et Muhammad, en ont fixé un : « Il peut désavouer la paternité dans les quarante nuits qui suivent l’accouchement. »

Ceux qui imposent les serments d’anathème réciproques pendant la grossesse s’accordent à reconnaître au mari la possibilité de désavouer la paternité tant que subsiste le lien conjugal. Ils divergent en revanche sur ce désaveu après la répudiation. Mālik considère qu’il peut le formuler pendant toute la période durant laquelle l’enfant peut être rattaché au mariage, c’est-à-dire jusqu’au terme de la durée maximale de grossesse qu’il admet, soit environ quatre ou cinq ans. Il applique également cette règle au désaveu de paternité après la répudiation lorsque le mari n’a cessé de nier être le père de l’enfant. Al-Shāfi‘ī a exprimé un avis proche de celui-ci.

Certains disent : « Il ne peut désavouer la paternité de l’enfant à naître que pendant le délai de viduité. S’il le fait en dehors de ce délai, il subit la peine légale et la filiation de l’enfant est établie à son égard. » Selon la majorité, cette règle s’applique donc jusqu’à l’expiration de la durée maximale de grossesse, sur laquelle leurs avis divergent. Les littéralistes considèrent en effet que la durée minimale de grossesse à retenir pour statuer est la durée habituelle, soit neuf mois ou une durée voisine. Ils s’accordent à reconnaître que cette règle s’applique pendant le mariage, pour toute durée supérieure à la durée minimale de grossesse, qui est de six mois (je veux dire : que l’enfant naisse six mois après la consommation du mariage, ou après le moment où celle-ci est devenue possible, et non après la conclusion du contrat).

Abū Hanīfa adopte une position isolée en disant que ce délai se compte à partir de la conclusion du contrat, même lorsqu’on sait que la consommation du mariage est impossible, au point que

وَاخْتَلَفَ قَوْلُ مَالِكٍ فِي الِاسْتِبْرَاءِ، فَقَالَ مَرَّةً: ثَلَاثَ حِيَضٍ، وَقَالَ مَرَّةً: حَيْضَةً. وَأَمَّا نَفْيُهُ مُطْلَقًا، فَالْمَشْهُورُ عَنْ مَالِكٍ أَنَّهُ لَا يَجِبُ بِذَلِكَ لِعَانٌ. وَخَالَفَهُ فِي هَذَا الشَّافِعِيُّ، وَأَحْمَدُ، وَدَاوُدُ، وَقَالُوا: لَا مَعْنَى لِهَذَا لِأَنَّ الْمَرْأَةَ قَدْ تَحْمِلُ مَعَ رُؤْيَةِ الدَّمِ; وَحَكَى عَبْدُ الْوَهَّابِ عَنْ أَصْحَابِ الشَّافِعِيِّ أَنَّهُ لَا يَجُوزُ نَفْيُ الْحَمْلِ مُطْلَقًا مِنْ غَيْرِ قَذْفٍ. وَاخْتَلَفُوا مِنْ هَذَا الْبَابِ فِي فَرْعٍ، وَهُوَ وَقْتُ نَفْيِ الْحَمْلِ، فَقَالَ الْجُمْهُورُ: يَنْفِيهِ وَهِيَ حَامِلٌ، وَشَرْطُ مَالِكٍ أَنَّهُ مَتَى لَمْ يَنْفِهِ وَهُوَ حَمْلٌ لَمْ يَجُزْ لَهُ أَنْ يَنْفِيَهُ بَعْدَ الْوِلَادَةِ بِلِعَانٍ; وَقَالَ الشَّافِعِيُّ: إِذَا عَلِمَ الزَّوْجُ بِالْحَمْلِ فَأَمْكَنَهُ الْحَاكِمُ مِنَ اللِّعَانِ فَلَمْ يُلَاعِنْ لَمْ يَكُنْ لَهُ أَنْ يَنْفِيَهُ بَعْدَ الْوِلَادَةِ; وَقَالَ أَبُو حَنِيفَةَ: لَا يَنْفِي الْوَلَدَ حَتَّى تَضَعَ. وَحُجَّةُ مَالِكٍ، وَمَنْ قَالَ بِقَوْلِهِ الْآثَارُ الْمُتَوَاتِرَةُ مِنْ حَدِيثِ ابْنِ عَبَّاسٍ، وَابْنِ مَسْعُودٍ، وَأَنَسٍ، وَسَهْلِ بْنِ سَعْدٍ: «أَنَّ النَّبِيَّ - عَلَيْهِ الصَّلَاةُ وَالسَّلَامُ - حِينَ حَكَمَ بِاللِّعَانِ بَيْنَ الْمُلَاعِنَيْنِ قَالَ: إِنْ جَاءَتْ بِهِ عَلَى صِفَةِ كَذَا فَمَا أُرَاهُ إِلَّا قَدْ صَدَّقَ عَلَيْهَا» ، قَالُوا: وَهَذَا يَدُلُّ عَلَى أَنَّهَا كَانَتْ حَامِلًا فِي وَقْتِ اللِّعَانِ. وَحُجَّةُ أَبِي حَنِيفَةَ أَنَّ الْحَمْلَ قَدْ يَنْفُشُ وَيَضْمَحِلُّ، فَلَا وَجْهَ لِلِّعَانِ إِلَّا عَلَى يَقِينٍ. وَمِنْ حُجَّةِ الْجُمْهُورِ: أَنَّ الشَّرْعَ قَدْ عَلَّقَ بِظُهُورِ الْحَمَلِ أَحْكَامًا كَثِيرَةً: كَالنَّفَقَةِ، وَالْعِدَّةِ، وَمَنْعِ الْوَطْءِ، فَوَجَبَ أَنْ يَكُونَ قِيَاسُ اللِّعَانِ كَذَلِكَ، وَعِنْدَ أَبِي حَنِيفَةَ أَنَّهُ يُلَاعِنُ، وَإِنْ لَمْ يَنْفِ الْحَمْلَ إِلَّا وَقْتَ الْوِلَادَةِ، وَكَذَلِكَ مَا قَرُبَ مِنَ الْوِلَادَةِ، وَلَمْ يُوَقِّتْ فِي ذَلِكَ وَقْتًا، وَوَقَّتَ صَاحِبَاهُ أَبُو يُوسُفَ، وَمُحَمَّدٌ، فَقَالَا: لَهُ أَنْ يَنْفِيَهُ مَا بَيْنَ أَرْبَعِينَ لَيْلَةً مِنْ وَقْتِ الْوِلَادَةِ; وَالَّذِينَ أَوْجَبُوا اللِّعَانَ فِي وَقْتِ الْحَمْلِ اتَّفَقُوا عَلَى أَنَّ لَهُ نَفْيَهُ فِي وَقْتِ الْعِصْمَةِ، وَاخْتَلَفُوا فِي نَفْيِهِ بَعْدَ الطَّلَاقِ، فَذَهَبَ مَالِكٌ إِلَى أَنَّهُ لَهُ ذَلِكَ فِي جَمِيعِ الْمُدَّةِ الَّتِي يَلْحَقُ الْوَلَدُ فِيهَا بِالْفِرَاشِ، وَذَلِكَ هُوَ أَقْصَى زَمَانُ الْحَمْلِ عِنْدَهُ، وَذَلِكَ نَحْوٌ مِنْ أَرْبَعِ سِنِينَ عِنْدَهُ، أَوْ خَمْسِ سِنِينَ، وَكَذَلِكَ عِنْدَهُ حُكْمُ نَفْيِ الْوَلَدِ بَعْدَ الطَّلَاقِ إِذَا لَمْ يَزَلْ مُنْكِرًا لَهُ، وَبِقَرِيبٍ مِنْ هَذَا الْمَعْنَى قَالَ الشَّافِعِيُّ. وَقَالَ قَوْمٌ: لَيْسَ لَهُ أَنْ يَنْفِيَ الْحَمْلَ إِلَّا فِي الْعِدَّةِ فَقَطْ، وَإِنْ نَفَاهُ فِي غَيْرِ الْعِدَّةِ حُدَّ وَأَلْحَقَ بِهِ الْوَلَدَ، فَالْحُكْمُ يَجِبُ بِهِ عِنْدَ الْجُمْهُورِ إِلَى انْقِضَاءِ أَطْوَلِ مُدَّةِ الْحَمْلِ عَلَى اخْتِلَافِهِمْ فِي ذَلِكَ، فَإِنَّ الظَّاهِرِيَّةَ تَرَى أَنَّ أَقْصَرَ مُدَّةِ الْحَمْلِ الَّتِي يَجِبُ بِهَا الْحُكْمُ هُوَ الْمُعْتَادُ مِنْ ذَلِكَ، وَهِيَ التِّسْعَةُ أَشْهُرٍ وَمَا قَارَبَهَا، وَلَا اخْتِلَافَ بَيْنَهُمْ أَنَّهُ يَجِبُ الْحُكْمُ بِهِ فِي مُدَّةِ الْعِصْمَةِ، فَمَا زَادَ عَلَى أَقْصَرِ مُدَّةِ الْحَمْلِ وَهِيَ السِّتَّةُ أَشْهُرٍ (أَعْنِي: أَنْ يُولَدَ الْمَوْلُودُ لِسِتَّةِ أَشْهُرٍ مِنْ وَقْتِ الدُّخُولِ أَوْ إِمْكَانِهِ، لَا مِنْ وَقْتِ الْعَقْدِ) ، وَشَذَّ أَبُو حَنِيفَةَ، فَقَالَ: مِنْ وَقْتِ الْعَقْدِ، وَإِنْ عَلِمَ أَنَّ الدُّخُولَ غَيْرُ مُمْكِنٍ حَتَّى

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