[Livre des serments d’anathème réciproques]
[Chapitre premier : Les types d’allégations qui rendent cette procédure obligatoire et leurs conditions]
Après avoir établi le caractère obligatoire de cette procédure, nous en traiterons en cinq chapitres :
Chapitre premier : Les types d’allégations qui la rendent obligatoire et leurs conditions.
Chapitre deuxième : Les qualités requises des deux époux qui y recourent.
Chapitre troisième : Le déroulement de la procédure.
Chapitre quatrième : Les conséquences du refus de l’un des époux de prêter serment ou de sa rétractation.
Chapitre cinquième : Les effets juridiques découlant de l’accomplissement de la procédure.
Quant aux fondements de son caractère obligatoire, on trouve, dans le Livre, cette parole du Très-Haut :
« Ceux qui accusent leurs épouses et n’ont d’autres témoins qu’eux-mêmes » [al-Nūr : 6], jusqu’à la fin du verset.
Dans la Sunna, il s’agit du récit de ‘Uwaymir al-‘Ajlānī, rapporté par Mālik et par d’autres compilateurs de recueils de hadiths authentiques :
« Un homme de sa tribu vint trouver ‘Āsim ibn ‘Adī al-‘Ajlānī et lui dit : “Ô ‘Āsim, que dis-tu d’un homme qui trouve un autre homme avec son épouse ? Doit-il le tuer, pour que vous le mettiez ensuite à mort à son tour ? Sinon, comment doit-il agir ? Ô ‘Āsim, interroge le Messager d’Allah — qu’Allah le couvre d’éloges et le salue — à ce sujet.”
‘Āsim interrogea donc le Messager d’Allah — qu’Allah le couvre d’éloges et le salue. Lorsque ‘Āsim fut rentré chez lui, ‘Uwaymir vint le trouver et lui demanda : “Ô ‘Āsim, que t’a répondu le Messager d’Allah — qu’Allah le couvre d’éloges et le salue ?” Il répondit : “Tu ne m’as rien apporté de bon ! Le Messager d’Allah — qu’Allah le couvre d’éloges et le salue — a désapprouvé la question que tu m’as chargé de lui poser.”
‘Uwaymir dit : “Par Allah, je n’en resterai pas là tant que je ne l’aurai pas interrogé moi-même !” Il alla donc trouver le Messager d’Allah — qu’Allah le couvre d’éloges et le salue — au milieu des gens et lui dit : “Ô Messager d’Allah, que dis-tu d’un homme qui trouve un autre homme avec son épouse ? Doit-il le tuer, pour que vous le mettiez ensuite à mort à son tour ? Sinon, comment doit-il agir ?”
Le Messager d’Allah — qu’Allah le couvre d’éloges et le salue — répondit : “Des versets du Coran ont été révélés à ton sujet et à celui de ton épouse. Va donc la chercher.”
Sahl dit : “Ils prononcèrent alors les serments d’anathème réciproques, tandis que je me trouvais parmi les gens auprès du Messager d’Allah — qu’Allah le couvre d’éloges et le salue. Lorsqu’ils eurent achevé leurs serments, ‘Uwaymir déclara : ‘Ô Messager d’Allah, j’aurais menti à son sujet si je la gardais pour épouse !’ Il la répudia alors par trois fois, avant que le Messager d’Allah — qu’Allah le couvre d’éloges et le salue — ne lui en eût donné l’ordre.” »
Mālik dit : « Ibn Shihāb a dit : “Telle est demeurée depuis lors la règle pour les époux qui prononcent les serments d’anathème réciproques.” »
Du point de vue du raisonnement également, puisque le lien conjugal entraîne l’établissement de la filiation, les hommes avaient nécessairement besoin d’un moyen de la contester lorsqu’ils avaient la certitude qu’elle était erronée. Ce moyen est la procédure des serments d’anathème réciproques. Celle-ci constitue donc une disposition établie par le Livre, la Sunna, le raisonnement analogique et le consensus, car je ne connais aucune divergence à ce sujet. Voilà ce qui établit son fondement juridique.