Bidayat al-MujtahidIbn Rushd

Al-Athram rapporte ces propos d’Ahmad : « Les plus éminents Compagnons du Messager d’Allah — qu’Allah le couvre d’éloges et lui accorde la paix — disent que les périodes en question sont les menstruations. » Il rapporte également, d’après al-Sha‘bī, que tel était l’avis de onze ou douze Compagnons du Messager d’Allah — qu’Allah le couvre d’éloges et lui accorde la paix.

Quant à Ahmad ibn Hanbal, les avis rapportés de lui divergent. On rapporte qu’il considérait ces périodes comme les périodes de pureté, suivant l’avis de Zayd ibn Thābit, d’Ibn ‘Umar et de ‘Ā’isha, puis qu’il déclara : « À présent, je suspends mon jugement, en raison de l’avis d’Ibn Mas‘ūd et de ‘Alī, selon lesquels il s’agit des menstruations. »

La différence entre les deux doctrines est la suivante : pour ceux qui retiennent les périodes de pureté, dès qu’une femme répudiée de manière révocable entre dans sa troisième menstruation, son époux ne peut plus la reprendre et elle peut se remarier. Pour ceux qui retiennent les menstruations, elle ne peut se remarier qu’une fois la troisième menstruation achevée.

Cette divergence tient à la polysémie du terme qur’, qui, dans la langue arabe, désigne aussi bien le saignement menstruel que la période de pureté. Chacun des deux groupes a tenté de montrer que, dans le verset, le sens apparent de ce terme correspond à l’interprétation qu’il défend.

Ceux qui retiennent les périodes de pureté affirment que la forme de pluriel employée est propre au terme qur’ lorsqu’il désigne la pureté : lorsqu’il désigne les menstruations, son pluriel serait aqrā’, et non qurū’. Ils attribuent cette distinction à Ibn al-Anbārī.

Ils font également valoir que le mot désignant la menstruation est féminin, tandis que celui désignant la pureté est masculin. Si qur’ désignait ici les menstruations, le hā’ — la marque du féminin — ne serait pas maintenu dans le nombre qui l’accompagne, car cette marque ne s’emploie pas avec les noms féminins pour les nombres inférieurs à dix.

Ils invoquent aussi l’étymologie : qur’ dériverait de l’expression qarra’tu al-mā’a fī al-hawd, c’est-à-dire : « J’ai rassemblé l’eau dans le bassin. » Or, le temps durant lequel le sang s’accumule est celui de la pureté. Tels sont les arguments les plus solides que le premier groupe tire du sens apparent du verset.

Quant au second groupe, voici son argument fondé sur le sens apparent du verset. Selon lui, cette parole du Très-Haut :

« Trois périodes. »
[al-Baqara : 228]

implique, dans son sens apparent, que chacune de ces périodes soit complète. En effet, le terme qur’ ne désigne une partie de cette période que par extension de sens. Or, si l’on considère qu’il s’agit des périodes de pureté, le délai de viduité peut, selon les tenants de cet avis, comprendre deux périodes et une fraction d’une troisième : ils comptent en effet la période de pureté au cours de laquelle la répudiation a été prononcée, même si la majeure partie en est déjà écoulée. Dans ce cas, le nombre « trois » ne s’applique à ces périodes que par extension, alors que son sens apparent exige que chacune soit complète.

Cela ne peut se réaliser que si les périodes en question sont les menstruations, puisqu’il y a consensus sur le fait que, lorsqu’une femme est répudiée pendant une menstruation, celle-ci n’entre pas dans le calcul de son délai de viduité.

Les arguments que chacun des deux groupes tire du terme qur’ sont de force égale. Les spécialistes les plus avertis ont donc retenu que le verset ne permet pas, à lui seul, de trancher cette question et qu’il faut chercher la preuve ailleurs.

Parmi les preuves les plus fortes invoquées par ceux qui considèrent ces périodes comme les périodes de pureté figure le hadith d’Ibn ‘Umar cité précédemment, et cette parole du Prophète — qu’Allah le couvre d’éloges et lui accorde la paix :

« Ordonne-lui de la reprendre jusqu’à ce qu’elle ait ses règles, puis redevienne pure, puis ait de nouveau ses règles et redevienne pure. Ensuite, s’il le souhaite, qu’il la répudie avant d’avoir un rapport avec elle. Tel est le délai de viduité en vue duquel Allah a ordonné de répudier les femmes. »

Ils ont dit :

وَحَكَى الْأَثْرَمُ عَنْ أَحْمَدَ أَنَّهُ قَالَ: الْأَكَابِرُ مِنْ أَصْحَابِ رَسُولِ اللَّهِ - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ - يَقُولُونَ: الْأَقْرَاءُ هِيَ الْحَيْضُ. وَحَكَى أَيْضًا عَنِ الشَّعْبِيِّ أَنَّهُ قَوْلُ أَحَدَ عَشَرَ أَوِ اثْنَيْ عَشَرَ مِنْ أَصْحَابِ رَسُولِ اللَّهِ - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ -. وَأَمَّا أَحْمَدُ بْنُ حَنْبَلٍ: فَاخْتَلَفَتِ الرِّوَايَةُ عَنْهُ: فَرُوِيَ عَنْهُ أَنَّهُ كَانَ يَقُولُ: إِنَّهَا الْأَطْهَارُ، عَلَى قَوْلِ زَيْدِ بْنِ ثَابِتٍ، وَابْنِ عُمَرَ وَعَائِشَةَ، ثُمَّ تَوَقَّفْتُ الْآنَ مِنْ أَجْلِ قَوْلِ ابْنِ مَسْعُودٍ وَعَلِيٍّ: هُوَ أَنَّهَا الْحَيْضُ. وَالْفَرْقُ بَيْنَ الْمَذْهَبَيْنِ هُوَ أَن مَنْ رَأَى أَنَّهَا الْأَطْهَارُ رَأَى أَنَّهَا من دَخَلَتِ الرَّجْعِيَّةُ عِنْدَهُ فِي الْحَيْضَةِ الثَّالِثَةِ لَمْ يَكُنْ لِلزَّوْجِ عَلَيْهَا رَجْعَةٌ وَحَلَّتْ لِلْأَزْوَاجِ. وَمَنْ رَأَى أَنَّهَا الْحَيْضُ لَمْ تَحِلَّ عِنْدَهُ حَتَّى تَنْقَضِيَ الْحَيْضَةُ الثَّالِثَةُ. وَسَبَبُ الْخِلَافِ: اشْتِرَاكُ اسْمِ الْقُرْءِ، فَإِنَّهُ يُقَالُ فِي كَلَامِ الْعَرَبِ عَلَى حَدٍّ سَوَاءٍ: عَلَى الدَّمِ وَعَلَى الْأَطْهَارِ. وَقَدْ رَامَ كِلَا الْفَرِيقَيْنِ أَنْ يَدُلَّ عَلَى أَنَّ اسْمَ الْقُرْءِ فِي الْآيَةِ ظَاهِرٌ فِي الْمَعْنَى الَّذِي يَرَاهُ: فَالَّذِينَ قَالُوا: إِنَّهَا الْأَطْهَارُ قَالُوا: إِنَّ هَذَا الْجَمْعَ خَاصٌّ بِالْقُرْءِ الَّذِي هُوَ الطُّهْرُ، وَذَلِكَ أَنَّ الْقُرْءَ الَّذِي هُوَ الْحَيْضُ يُجْمَعُ عَلَى أَقْرَاءٍ، لَا عَلَى قُرُوءٍ، وَحَكَوْا ذَلِكَ عَنِ ابْنِ الْأَنْبَارِيِّ، وَأَيْضًا فَإِنَّهُمْ قَالُوا: إِنَّ الْحَيْضَةَ مُؤَنَّثَةٌ، وَالطُّهْرَ مُذَكَّرٌ، فَلَوْ كَانَ الْقُرْءُ الَّذِي يُرَادُ بِهِ الْحَيْضُ لَمَا ثَبَتَ فِي جَمْعِهِ الْهَاءُ، لِأَنَّ الْهَاءَ لَا تَثْبُتُ فِي جَمْعِ الْمُؤَنَّثِ فِيمَا دُونَ الْعَشَرَةِ. وَقَالُوا أَيْضًا: إِنَّ الِاشْتِقَاقَ يَدُلُّ عَلَى ذَلِكَ، لِأَنَّ الْقُرْءَ مُشْتَقٌّ مِنْ قَرَّأْتُ الْمَاءَ فِي الْحَوْضِ - أَيْ: جَمَّعْتُهُ -، فَزَمَانُ اجْتِمَاعِ الدَّمِ هُوَ زَمَانُ الطُّهْرِ، فَهَذَا هُوَ أَقْوَى مَا تَمَسَّكَ بِهِ الْفَرِيقُ الْأَوَّلُ مِنْ ظَاهِرِ الْآيَةِ. وَأَمَّا مَا تَمَسَّكَ بِهِ الْفَرِيقُ الثَّانِيَ مِنْ ظَاهِرِ الْآيَةِ: فَإِنَّهُمْ قَالُوا: إِنَّ قَوْله تَعَالَى: {ثَلاثَةَ قُرُوءٍ} [البقرة: ٢٢٨] ظَاهِرٌ فِي تَمَامِ كُلِّ قُرْءٍ مِنْهَا، لِأَنَّهُ لَيْسَ يَنْطَلِقُ اسْمُ الْقُرْءِ عَلَى بَعْضِهِ إِلَّا تَجَوُّزًا، وَإِذَا وُصِفَتِ الْأَقْرَاءُ بِأَنَّهَا هِيَ الْأَطْهَارُ أَمْكَنَ أَنْ تَكُونَ الْعِدَّةُ عِنْدَهُمْ بِقُرْءَيْنِ وَبَعْضِ قُرْءٍ، لِأَنَّهَا عِنْدَهُمْ تَعْتَدُّ بِالطُّهْرِ الَّذِي تُطَلَّقُ فِيهِ وَإِنْ مَضَى أَكْثَرُهُ، وَإِذَا كَانَ ذَلِكَ كَذَلِكَ فَلَا يَنْطَلِقُ عَلَيْهَا اسْمُ الثَّلَاثَةِ إِلَّا تَجَوُّزًا، وَاسْمُ الثَّلَاثَةِ ظَاهِرٌ فِي كَمَالِ كُلِّ قُرْءٍ مِنْهَا، وَذَلِكَ لَا يَتَّفِقُ إِلَّا بِأَنْ تَكُونَ الْأَقْرَاءُ هِيَ الْحَيْضَ لِأَنَّ الْإِجْمَاعَ مُنْعَقِدٌ عَلَى أَنَّهَا إِنْ طُلِّقَتْ فِي حَيْضَةٍ أَنَّهَا لَا تَعْتَدُّ بِهَا، وَلِكُلِّ وَاحِدٍ مِنَ الْفَرِيقَيْنِ احْتِجَاجَاتٌ مُتَسَاوِيَةٌ مِنْ جِهَةِ لَفْظِ الْقُرْءِ، وَالَّذِي رَضِيَهُ الْحُذَّاقُ أَنَّ الْآيَةَ مُجْمَلَةٌ فِي ذَلِكَ. وَأَنَّ الدَّلِيلَ يَنْبَغِي أَنْ يُطْلَبَ مِنْ جِهَةٍ أُخْرَى، فَمِنْ أَقْوَى مَا تَمَسَّكَ بِهِ مَنْ رَأَى أَنَّ الْأَقْرَاءَ هِيَ الْأَطْهَارُ حَدِيثُ ابْنِ عُمَرَ الْمُتَقَدِّمُ، وَقَوْلُهُ - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ -: «مُرْهُ فَلْيُرَاجِعْهَا حَتَّى تَحِيضَ ثُمَّ تَطْهُرَ ثُمَّ تَحِيضَ ثُمَّ تَطْهُرَ، ثُمَّ يُطَلِّقَهَا إِنْ شَاءَ قَبْلَ أَنْ يَمَسَّهَا، فَتِلْكَ الْعِدَّةُ الَّتِي أَمَرَ اللَّهُ أَنْ يُطَلَّقَ لَهَا النِّسَاءُ» . قَالُوا:

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