Bidayat al-MujtahidIbn Rushd

est révocable, c’est en raison du hadith de Rukāna précédemment cité.

Abū Hanīfa considère, quant à lui, qu’elle est irrévocable, puisque ces paroles visent à rompre le lien conjugal. Il ne leur attribue toutefois pas la valeur de trois répudiations, car, à ses yeux, l’irrévocabilité n’implique pas à elle seule le nombre de trois.

Leur divergence tient donc à cette question : faut-il donner la priorité au sens usuel des termes sur l’intention, ou à l’intention sur leur sens usuel ? Et si l’on privilégie le sens usuel des termes, implique-t-il seulement l’irrévocabilité, ou également le nombre de répudiations ? Celui qui donne la priorité à l’intention n’impose pas au mari les conséquences du sens usuel des termes ; celui qui privilégie leur sens manifeste consacré par l’usage ne tient pas compte de l’intention.

Parmi les questions de ce chapitre sur lesquelles les premières générations et les juristes des différentes régions ont divergé figure la formule d’interdiction, c’est-à-dire le fait de dire à son épouse : « Tu m’es interdite. » Mālik considère que, si le mariage a été consommé, cette formule entraîne une rupture définitive, c’est-à-dire trois répudiations ; s’il ne l’a pas été, on se réfère à l’intention du mari. Cela est conforme à son avis précédemment exposé sur les allusions manifestes. C’est aussi l’avis d’Ibn Abī Laylā et, parmi les Compagnons, de Zayd ibn Thābit et de ‘Alī. Les disciples de Mālik l’ont également adopté, à l’exception d’Ibn al-Mājishūn : selon lui, même lorsque le mariage n’a pas été consommé, on ne se réfère pas à l’intention du mari et trois répudiations prennent effet. Tel est donc l’un des avis sur cette question.

Le deuxième avis est le suivant : s’il a voulu trois répudiations, elles sont au nombre de trois ; s’il en a voulu une, une seule répudiation irrévocable prend effet. S’il a voulu prêter serment, il s’agit d’un serment dont il doit s’acquitter de l’expiation. S’il n’a voulu ni répudiation ni serment, ces paroles n’ont aucun effet : ce n’est qu’un mensonge. C’est l’avis d’al-Thawrī.

Selon le troisième avis, ces paroles produisent également l’effet voulu par le mari : s’il a voulu une répudiation, il y en a une ; s’il en a voulu trois, il y en a trois. S’il n’a eu aucune intention particulière, il s’agit d’un serment dont il doit s’acquitter de l’expiation. C’est l’avis d’al-Awzā‘ī.

Selon le quatrième avis, on se réfère à son intention sur les deux points : la volonté de répudier et le nombre de répudiations. Ses paroles produisent donc l’effet qu’il a voulu. S’il a voulu une seule répudiation, celle-ci est révocable. S’il a voulu s’interdire son épouse sans la répudier, il doit s’acquitter de l’expiation d’un serment. C’est l’avis d’al-Shāfi‘ī.

Selon le cinquième avis, on se réfère également à son intention quant à la répudiation et à son nombre. S’il a voulu une seule répudiation, celle-ci est irrévocable. S’il n’a pas voulu répudier, il s’agit d’un serment, et il est considéré comme ayant prêté un serment d’abstinence conjugale. S’il a voulu mentir, ses paroles n’ont aucun effet. C’est l’avis d’Abū Hanīfa et de ses disciples.

Selon le sixième avis, cette formule constitue un serment auquel s’applique l’expiation prévue pour les serments. Certains tenants de cet avis précisent toutefois qu’il s’agit d’un serment renforcé. Cet avis est celui de ‘Umar, d’Ibn Mas‘ūd, d’Ibn ‘Abbās et d’un groupe de Successeurs.

Interrogé à ce sujet, Ibn ‘Abbās répondit :

« Vous avez certes, dans le Messager d’Allah, un excellent modèle. »

[al-Ahzāb : 21]

Ce propos est rapporté par al-Bukhārī et Muslim. Il entendait ainsi tirer argument de la parole du Très-Haut :

« Ô Prophète ! Pourquoi t’interdis-tu ce qu’Allah t’a rendu licite ? »

[al-Tahrīm : 1], et la suite du verset.

يَكُونُ رَجْعِيًّا لِحَدِيثِ رُكَانَةَ الْمُتَقَدِّمِ. وَصَارَ أَبُو حَنِيفَةَ إِلَى أَنَّهُ يَكُونُ بَائِنًا لِأَنَّهُ الْمَقْصُودُ بِهِ قَطْعُ الْعِصْمَةِ، وَلَمْ يَجْعَلْهُ ثَلَاثًا لِأَنَّ الثَّلَاثَ مَعْنًى زَائِدٌ عَلَى الْبَيْنُونَةِ عِنْدَهُ. فَسَبَبُ اخْتِلَافِهِمْ: هَلْ يُقَدَّمُ عُرْفُ اللَّفْظِ عَلَى النِّيَّةِ أَوِ النِّيَّةُ عَلَى عُرْفِ اللَّفْظِ؟ وَإِذَا غَلَّبْنَا عُرْفَ اللَّفْظِ: فَهَلْ يَقْتَضِي الْبَيْنُونَةَ فَقَطْ، أَوِ الْعَدَدَ؟ فَمَنْ قَدَّمَ النِّيَّةَ لَمْ يَقْضِ عَلَيْهِ بِعُرْفِ اللَّفْظِ، وَمَنْ قَدَّمَ الْعُرْفَ الظَّاهِرَ لَمْ يَلْتَفِتْ إِلَى النِّيَّةِ، وَمِمَّا اخْتَلَفَ فِيهِ الصَّدْرُ الْأَوَّلُ وَفُقَهَاءُ الْأَمْصَارِ مِنْ هَذَا الْبَابِ - أَعْنِي: مِنْ جِنْسِ الْمَسَائِلِ الدَّاخِلَةِ فِي هَذَا الْبَابِ -: لَفْظُ التَّحْرِيمِ - أَعْنِي: مَنْ قَالَ لِزَوْجَتِهِ أَنْتَ عَلَيَّ حَرَامٌ -، وَذَلِكَ أَنَّ مَالِكًا قَالَ: يُحْمَلُ فِي الْمَدْخُولِ بِهَا عَلَى الْبَتِّ - أَيِ: الثَّلَاثِ - وَيُنْوَى فِي غَيْرِ الْمَدْخُولِ بِهَا، وَذَلِكَ عَلَى قِيَاسِ قَوْلِهِ الْمُتَقَدِّمِ فِي الْكِنَايَاتِ الظَّاهِرَةِ، وَهُوَ قَوْلُ ابْنِ أَبِي لَيْلَى، وَزَيْدِ بْنِ ثَابِتٍ وَعَلِيٍّ مِنَ الصَّحَابَةِ، وَبِهِ قَالَ أَصْحَابُهُ إِلَّا ابْنَ الْمَاجِشُونِ فَإِنَّهُ قَالَ: لَا يَنْوِي فِي غَيْرِ الْمَدْخُولِ بِهَا وَتَكُونُ ثَلَاثًا، فَهَذَا هُوَ أَحَدُ الْأَقْوَالِ فِي هَذِهِ الْمَسْأَلَةِ. وَالْقَوْلُ الثَّانِي: أَنَّهُ إِنْ نَوَى بِذَلِكَ ثَلَاثًا فَهِيَ ثَلَاثٌ، وَإِنْ نَوى وَاحِدَةً فَهِيَ وَاحِدَةٌ بَائِنَةٌ، وَإِنْ نَوَى يَمِينًا فَهُوَ يَمِينٌ يُكَفِّرُهَا، وَإِنْ لَمْ يَنْوِ بِهِ طَلَاقًا وَلَا يَمِينًا فَلَيْسَ بِشَيْءٍ، هِيَ كَذِبَةٌ، وَقَالَ بِهَذَا الْقَوْلِ الثَّوْرِيُّ. وَالْقَوْلُ الثَّالِثُ: أَنَّهُ يَكُونُ أَيْضًا مَا نَوَى بِهَا، وَإِنْ نَوى وَاحِدَةً فَوَاحِدَةٌ، أَوْ ثَلَاثًا فَثَلَاثٌ، وَإِنْ لَمْ يَنْوِ شَيْئًا فَهُوَ يَمِينٌ يُكَفِّرُهَا، وَهَذَا الْقَوْلُ قَالَهُ الْأَوْزَاعِيُّ. وَالْقَوْلُ الرَّابِعُ: أَنْ يَنْوِيَ فِيهَا فِي الْمَوْضِعَيْنِ: فِي إِرَادَةِ الطَّلَاقِ وَفِي عَدَدِهِ، فَمَا نَوَى كَانَ مَا نَوَى، فَإِنْ نَوَى وَاحِدَةً كَانَ رَجْعِيًّا، وَإِنْ أَرَادَ تَحْرِيمَهَا بِغَيْرِ طَلَاقٍ فَعَلَيْهِ كَفَّارَةُ يَمِينٍ، وَهُوَ قَوْلُ الشَّافِعِيِّ. وَالْقَوْلُ الْخَامِسُ: أَنَّهُ يَنْوِي أَيْضًا فِي الطَّلَاقِ وَفِي الْعَدَدِ، فَإِنْ نَوى وَاحِدَةً كَانَتْ بَائِنَةً، فَإِنْ لَمْ يَنْوِ طَلَاقًا كَانَ يَمِينًا، وَهُوَ مُولٍ، فَإِنْ نَوَى الْكَذِبَ فَلَيْسَ بِشَيْءٍ، وَهَذَا الْقَوْلُ قَالَ أَبُو حَنِيفَةَ وَأَصْحَابُهُ. وَالْقَوْلُ السَّادِسُ: إِنَّهَا يَمِينٌ يُكَفِّرُهَا مَا يُكَفِّرُ الْيَمِينَ، إِلَّا أَنْ بَعْضَ هَؤُلَاءِ قَالَ: يَمِينٌ مُغَلَّظَةٌ، وَهُوَ قَوْلُ عُمَرَ وَابْنِ مَسْعُودٍ، وَابْنِ عَبَّاسٍ وَجَمَاعَةٍ مِنَ التَّابِعِينَ. وَقَالَ ابْنُ عَبَّاسٍ وَقَدْ سُئِلَ عَنْهَا: {لَقَدْ كَانَ لَكُمْ فِي رَسُولِ اللَّهِ أُسْوَةٌ حَسَنَةٌ} [الأحزاب: ٢١] " خَرَّجَهُ الْبُخَارِيُّ وَمُسْلِمٌ. ذَهَبَ إِلَى الِاحْتِجَاجِ بِقَوْلِهِ تَعَالَى: {يَا أَيُّهَا النَّبِيُّ لِمَ تُحَرِّمُ مَا أَحَلَّ اللَّهُ لَكَ} [التحريم: ١] الْآيَةَ.

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