Mālik est que, lorsqu’un homme affirme ne pas avoir voulu répudier son épouse en employant une allusion manifeste, sa déclaration n’est pas acceptée, sauf si un indice la confirme, comme dans le cas des formules explicites. De même, lorsqu’il emploie une allusion manifeste à l’égard d’une épouse avec laquelle le mariage a été consommé, Mālik n’accepte pas qu’il affirme avoir voulu moins de trois répudiations, sauf s’il a prononcé ces mots dans le cadre d’un khul‘ (séparation moyennant compensation).
En revanche, si le mariage n’a pas été consommé, il le croit lorsqu’il affirme avoir voulu moins de trois répudiations par une allusion manifeste, car la répudiation d’une épouse avec laquelle le mariage n’a pas été consommé est irrévocable. Parmi ces allusions figurent des expressions telles que : « Tu as la bride sur le cou », « Définitivement », ou encore : « Tu es libre et déliée. »
Quant à al-Shāfi‘ī, il considère que, pour les allusions manifestes, il faut se référer à l’intention du mari : s’il a voulu une répudiation, celle-ci prend effet ; s’il en a voulu trois, elles sont au nombre de trois ; s’il n’en a voulu qu’une, il n’y en a qu’une. Sa déclaration est tenue pour véridique.
Abū Hanīfa partage cet avis, à cette différence près que, conformément à son principe, si le mari a voulu une ou deux répudiations, une seule répudiation irrévocable prend effet. Si, toutefois, un indice accompagne la formule et indique une intention de répudier, on ne le croit pas lorsqu’il prétend ne pas l’avoir eue. Tel est, selon lui, le cas lorsque ces paroles sont prononcées au cours d’une discussion sur la répudiation. Abū Hanīfa considère que toutes les allusions produisent une répudiation lorsqu’elles sont accompagnées de cet indice, à l’exception de quatre : « Tu as la bride sur le cou », « Observe ton délai de viduité », « Observe un délai destiné à vérifier l’absence de grossesse » et « Couvre-toi d’un voile ». Il les classe en effet parmi les allusions équivoques, et non parmi les allusions manifestes.
Quant aux formules de répudiation équivoques, non manifestes, Mālik considère qu’il faut tenir compte de l’intention du mari, comme le fait al-Shāfi‘ī pour les allusions manifestes. La majorité des savants s’oppose à lui sur ce point : selon eux, ces expressions ne produisent aucun effet, même si le mari a voulu répudier.
Il existe donc trois avis concernant les allusions manifestes : selon le premier, la déclaration du mari est acceptée sans restriction ; c’est l’avis d’al-Shāfi‘ī. Selon le deuxième, elle n’est pas acceptée, sauf si un indice la confirme ; c’est l’avis de Mālik. Selon le troisième, elle est acceptée, sauf si les paroles ont été prononcées au cours d’une discussion sur la répudiation ; c’est l’avis d’Abū Hanīfa.
Au sein de l’école malikite, des divergences portent sur certains cas où l’on hésite à classer les expressions parmi les allusions manifestes ou équivoques, ainsi qu’à déterminer si elles indiquent fortement ou faiblement le caractère irrévocable de la séparation. Ces divergences se ramènent aux principes qui viennent d’être exposés.
Si Mālik refuse d’accepter que le mari affirme n’avoir pas voulu répudier en employant une allusion manifeste, c’est parce que l’usage de la langue comme celui de la Loi témoigne contre lui : ces expressions sont le plus souvent employées pour signifier la répudiation, à moins qu’un indice ne montre le contraire. S’il refuse également d’accepter que le mari affirme avoir voulu moins de trois répudiations, c’est parce que le sens apparent de ces expressions est celui d’une séparation irrévocable. Or, selon son avis le plus connu, celle-ci ne peut résulter que d’un khul‘ ou de trois répudiations. Puisqu’il ne s’agit pas d’un khul‘ — aucune contrepartie n’étant prévue —, il ne reste que les trois répudiations. Cela concerne l’épouse avec laquelle le mariage a été consommé. Toutefois, de l’avis professé au sein de l’école selon lequel une répudiation irrévocable peut prendre effet sans contrepartie et sans qu’un nombre déterminé de répudiations soit nécessaire, on pourrait déduire qu’il faut croire le mari et ne retenir qu’une seule répudiation irrévocable.
L’argument d’al-Shāfi‘ī est le suivant : dès lors qu’il existe un consensus pour accepter la déclaration du mari lorsqu’il affirme avoir voulu moins de trois répudiations par une formule explicite, il convient à plus forte raison de l’accepter lorsqu’il a employé une allusion, puisque la formule explicite exprime la répudiation plus nettement que l’allusion. Les malikites pourraient vraisemblablement répondre que, si le terme de répudiation est explicite quant à la répudiation elle-même, il ne l’est pas quant à son nombre. Le hadith de Rukāna précédemment cité constitue également un argument en faveur d’al-Shāfi‘ī. C’est aussi l’avis de ‘Umar concernant l’expression : « Tu as la bride sur le cou. » Si al-Shāfi‘ī considère que la répudiation prononcée au moyen d’allusions manifestes, lorsque le mari en a voulu moins de trois