Bidayat al-MujtahidIbn Rushd

Leur divergence tient à l’opposition entre les récits rapportés à ce sujet. Deux hadiths sont en effet parvenus sur cette question.

Le premier est le hadith de Sālim, déjà mentionné.

Le second est le hadith de ‘Ā’isha, rapporté par al-Bukhārī et Muslim. Elle raconte :

« Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — entra chez moi alors qu’un homme se trouvait auprès de moi. Cela lui déplut vivement et je vis la colère sur son visage. Je lui dis : “Ô Messager d’Allah, c’est mon frère de lait.” Il répondit — sur lui la prière et la paix — : “Vérifiez bien qui sont vos frères de lait, car l’allaitement qui compte est celui qui apaise la faim.” »

Ceux qui donnent la prééminence à ce hadith considèrent que le lait qui ne tient pas lieu de nourriture à celui qui le reçoit n’entraîne pas l’interdiction. Le hadith de Sālim porte toutefois sur un cas particulier, et les autres épouses du Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — considéraient cela comme une dispense réservée à Sālim. Ceux qui donnent la prééminence au hadith de Sālim et mettent en cause celui de ‘Ā’isha au motif qu’elle-même ne le mettait pas en pratique considèrent, quant à eux, que l’allaitement d’un adulte entraîne l’interdiction.

Troisième question : Ils divergent au sujet de l’enfant qui, avant l’âge de deux ans, se passe du lait grâce aux autres aliments, est sevré, puis est allaité par une femme. Mālik considère que cet allaitement n’entraîne pas l’interdiction. Abū Hanīfa et al-Shāfi‘ī considèrent qu’il l’établit.

Leur divergence tient à leur compréhension différente de cette parole du Prophète — sur lui la prière et la paix :

« Seul compte l’allaitement qui apaise la faim. »

Il est possible qu’il désigne ainsi l’allaitement pratiqué à l’âge où le lait apaise la faim, quelle que soit la situation de l’enfant : c’est l’âge de l’allaitement. Il est également possible qu’il vise le cas où l’enfant n’est pas encore sevré. Si celui-ci est sevré avant la fin des deux années, l’allaitement ne répond alors plus à la faim.

La divergence revient donc à déterminer ce qu’il faut prendre en considération dans l’allaitement motivé par la faim et le besoin de lait : le besoin naturel des enfants, lié à l’âge de l’allaitement, ou le besoin propre à l’enfant allaité, qui cesse avec le sevrage, bien qu’il soit naturel ?

Ceux qui reconnaissent à l’allaitement un effet durant la période qui lui est consacrée, qu’ils posent ou non le sevrage comme condition, divergent sur la durée de cette période. Selon un avis, elle se limite strictement à deux ans ; c’est également l’avis de Zufar. Mālik a jugé préférable de retenir l’interdiction lorsque cette durée dépasse légèrement les deux ans. Selon une version de son avis, ce dépassement est d’un mois ; selon une autre, il peut aller jusqu’à trois mois. Abū Hanīfa fixe cette durée à deux ans et six mois.

Leur divergence tient à l’opposition que l’on croit discerner entre le verset relatif à l’allaitement et le hadith de ‘Ā’isha précédemment cité. En effet, cette parole du Très-Haut :

« Les mères allaiteront leurs enfants deux années complètes » [Al-Baqara : 233],

laisse entendre qu’au-delà de ces deux années, l’allaitement ne répond plus à la faim que le lait est destiné à apaiser. En revanche, la portée générale de cette parole du Prophète — sur lui la prière et la paix :

« Seul compte l’allaitement qui apaise la faim »

implique que, tant que l’enfant se nourrit de lait, cet allaitement entraîne l’interdiction.

وَسَبَبُ اخْتِلَافِهِمْ تَعَارُضُ الْآثَارِ فِي ذَلِكَ، وَذَلِكَ أَنَّهُ وَرَدَ فِي ذَلِكَ حَدِيثَانِ: أَحَدُهُمَا حَدِيثُ سَالِمٍ، وَقَدْ تَقَدَّمَ. وَالثَّانِي: حَدِيثُ عَائِشَةَ خَرَّجَهُ الْبُخَارِيُّ، وَمُسْلِمٌ، قَالَتْ: «دَخَلَ رَسُولُ اللَّهِ - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ - وَعِنْدِي رَجُلٌ، فَاشْتَدَّ ذَلِكَ عَلَيْهِ، وَرَأَيْتُ الْغَضَبَ فِي وَجْهِهِ، فَقُلْتُ: يَا رَسُولَ اللَّهِ، إِنَّهُ أَخِي مِنَ الرَّضَاعَةِ، فَقَالَ - عَلَيْهِ الصَّلَاةُ وَالسَّلَامُ -: انْظُرْنَ مَنْ إِخْوَانُكُنَّ مِنَ الرَّضَاعَةِ؛ فَإِنَّ الرَّضَاعَةَ مِنَ الْمَجَاعَةِ» . فَمَنْ ذَهَبَ إِلَى تَرْجِيحِ هَذَا الْحَدِيثِ قَالَ: لَا يُحَرِّمُ اللَّبَنُ الَّذِي لَا يَقُومُ لِلْمُرْضَعِ مَقَامَ الْغِذَاءِ، إِلَّا أَنَّ حَدِيثَ سَالِمٍ نَازِلَةٌ فِي عَيْنٍ، وَكَانَ سَائِرُ أَزْوَاجِ النَّبِيِّ - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ - يَرَوْنَ ذَلِكَ رُخْصَةً لِسَالِمٍ. وَمَنْ رَجَّحَ حَدِيثَ سَالِمٍ، وَعَلَّلَ حَدِيثَ عَائِشَةَ بِأَنَّهَا لَمْ تَعْمَلْ بِهِ - قَالَ: يُحَرِّمُ رَضَاعُ الْكَبِيرِ. الْمَسْأَلَةُ الثَّالِثَةُ: وَاخْتَلَفُوا إِذَا اسْتَغْنَى الْمَوْلُودُ بِالْغِذَاءِ قَبْلَ الْحَوْلَيْنِ، وَفُطِمَ، ثُمَّ أَرْضَعَتْهُ امْرَأَةٌ - فَقَالَ مَالِكٌ: لَا يُحَرِّمُ ذَلِكَ الرَّضَاعُ. وَقَالَ أَبُو حَنِيفَةَ وَالشَّافِعِيُّ: تَثْبُتُ الْحُرْمَةُ بِهِ. وَسَبَبُ اخْتِلَافِهِمْ اخْتِلَافُهُمْ فِي مَفْهُومِ قَوْلِهِ - عَلَيْهِ الصَّلَاةُ وَالسَّلَامُ -: «فَإِنَّمَا الرَّضَاعَةُ مِنَ الْمَجَاعَةِ» فَإِنَّهُ يُحْتَمَلُ أَنْ يُرِيدَ بِذَلِكَ الرَّضَاعَ الَّذِي يَكُونُ فِي سِنِّ الْمَجَاعَةِ كَيْفَمَا كَانَ الطِّفْلُ وَهُوَ سِنُّ الرَّضَاعِ، وَيُحْتَمَلُ أَنْ يُرِيدَ إِذَا كَانَ الطِّفْلُ غَيْرَ مَفْطُومٍ، فَإِنْ فُطِمَ فِي بَعْضِ الْحَوْلَيْنِ لَمْ يَكُنْ رَضَاعًا مِنَ الْمَجَاعَةِ. فَالِاخْتِلَافُ آيِلٌ إِلَى أَنَّ الرَّضَاعَ الَّذِي سَبَبُهُ الْمَجَاعَةُ وَالِافْتِقَارُ إِلَى اللَّبَنِ هَلْ يُعْتَبَرُ فِيهِ الِافْتِقَارُ الطَّبِيعِيُّ لِلْأَطْفَالِ، وَهُوَ الِافْتِقَارُ الَّذِي سَبَبُهُ سِنُّ الرَّضَاعِ؟ أَوِ افْتِقَارُ الْمُرْضَعِ نَفْسِهِ، وَهُوَ الَّذِي يَرْتَفِعُ بِالْفَطْمِ وَلَكِنَّهُ مَوْجُودٌ بِالطَّبْعِ؟ وَالْقَائِلُونَ بِتَأْثِيرِ الْإِرْضَاعِ فِي مُدَّةِ الرَّضَاعِ سَوَاءٌ مَنِ اشْتَرَطَ مِنْهُمُ الْفِطَامَ أَوْ لَمْ يَشْتَرِطْهُ اخْتَلَفُوا فِي هَذِهِ الْمُدَّةِ، فَقَالَ: هَذِهِ الْمُدَّةُ حَوْلَانِ فَقَطْ، وَبِهِ قَالَ زُفَرُ، وَاسْتَحْسَنَ مَالِكٌ التَّحْرِيمَ فِي الزِّيَادَةِ الْيَسِيرَةِ عَلَى الْعَامَيْنِ. وَفِي قَوْلٍ الشَّهْرُ عَنْهُ، وَفِي قَوْلٍ عَنْهُ: إِلَى ثَلَاثَةِ أَشْهُرٍ. وَقَالَ أَبُو حَنِيفَةَ: حَوْلَانِ وَسِتَّةُ شُهُورٍ. وَسَبَبُ اخْتِلَافِهِمْ مَا يُظَنُّ مِنْ مُعَارَضَةِ آيَةِ الرَّضَاعِ لِحَدِيثِ عَائِشَةَ الْمُتَقَدِّمِ، وَذَلِكَ أَنَّ قَوْله تَعَالَى: {وَالْوَالِدَاتُ يُرْضِعْنَ أَوْلادَهُنَّ حَوْلَيْنِ كَامِلَيْنِ} [البقرة: ٢٣٣] - يُوهِمُ أَنَّ مَا زَادَ عَلَى هَذَيْنِ الْحَوْلَيْنِ لَيْسَ هُوَ رَضَاعَ مَجَاعَةٍ مِنَ اللَّبَنِ. وَقَوْلَهُ - عَلَيْهِ الصَّلَاةُ وَالسَّلَامُ -: «إِنَّمَا الرَّضَاعَةُ مِنَ الْمَجَاعَةِ» - يَقْتَضِي عُمُومُهُ أَنَّ مَا دَامَ الطِّفْلُ غِذَاؤُهُ اللَّبَنُ أَنَّ ذَلِكَ الرِّضَاعَ يُحَرِّمُ.

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