Bidayat al-MujtahidIbn Rushd

quelle que soit la quantité de lait absorbée. C’est également l’avis d’Abū Hanīfa et de ses disciples, d’al-Thawrī et d’al-Awzā‘ī.

D’autres fixent un seuil à partir duquel l’allaitement entraîne l’interdiction. Ils se répartissent en trois groupes :

Les premiers considèrent qu’une ou deux succions n’entraînent pas l’interdiction, mais que trois tétées ou davantage l’entraînent. C’est l’avis d’Abū ‘Ubayd et d’Abū Thawr.

Les deuxièmes fixent ce seuil à cinq tétées. C’est l’avis d’al-Shāfi‘ī.

Les troisièmes le fixent à dix tétées.

Leur divergence sur cette question tient à l’opposition entre la formulation générale du Coran et les hadiths qui fixent un seuil, ainsi qu’à l’opposition de ces hadiths entre eux.

Quant à la formulation générale du Coran, il s’agit de ce passage du verset où le Très-Haut dit :

« Et vos mères qui vous ont allaités » [Al-Nisā’ : 23].

Cette formulation englobe tout ce qui peut être qualifié d’allaitement.

Les hadiths qui s’opposent sur ce point se ramènent, quant au sens, à deux récits.

Le premier est le hadith de ‘Ā’isha, ainsi que les récits de même sens, selon lequel le Prophète — sur lui la prière et la paix — a dit :

« Une ou deux succions n’entraînent pas l’interdiction », ou : « Une ou deux tétées n’entraînent pas l’interdiction. »

Muslim le rapporte par une chaîne passant par ‘Ā’isha, par une autre passant par Umm al-Fadl, ainsi que par une troisième chaîne. Dans cette dernière version, le rapporteur dit : « Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — a dit : “Faire téter une ou deux fois n’entraîne pas l’interdiction.” »

Le second est le hadith de Sahla au sujet de Sālim :

« Le Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — lui dit : “Allaite-le à cinq reprises.” »

Il y a également, dans le même sens, le hadith de ‘Ā’isha, qui a dit :

« Parmi ce qui fut révélé du Coran figuraient dix tétées bien déterminées, puis celles-ci furent abrogées par cinq tétées bien déterminées. Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — mourut alors qu’elles faisaient encore partie de ce qui était récité du Coran. »

Ceux qui donnent la prééminence au sens apparent du Coran sur ces hadiths considèrent qu’« une ou deux succions entraînent l’interdiction ».

D’autres considèrent que les hadiths expliquent le verset et les concilient avec lui. Ils donnent la prééminence à la déduction a contrario tirée de cette parole du Prophète — sur lui la prière et la paix — :

« Une ou deux succions n’entraînent pas l’interdiction »,

sur celle tirée du hadith de Sālim. Ils considèrent donc que trois tétées ou davantage entraînent l’interdiction. En effet, la déduction a contrario tirée de la parole :

« Une ou deux succions n’entraînent pas l’interdiction »

implique qu’un nombre supérieur l’entraîne, tandis que celle tirée de la parole :

« Allaite-le à cinq reprises »

implique qu’un nombre inférieur ne l’entraîne pas. Il reste donc à examiner laquelle de ces deux déductions a contrario doit prévaloir.

Deuxième question : Ils s’accordent à reconnaître que l’allaitement entraîne l’interdiction au cours des deux premières années de la vie. Ils divergent toutefois au sujet de l’allaitement d’un adulte. Mālik, Abū Hanīfa, al-Shāfi‘ī et l’ensemble des juristes considèrent qu’il n’entraîne pas l’interdiction. Dāwūd et les tenants de l’école littéraliste considèrent, quant à eux, qu’il l’entraîne. C’est également la position de ‘Ā’isha.

La position de la majorité est aussi celle d’Ibn Mas‘ūd, d’Ibn ‘Umar, d’Abū Hurayra, d’Ibn ‘Abbās et des autres épouses du Prophète — sur lui la prière et la paix.

عِنْدَهُمْ أَيُّ قَدْرٍ كَانَ، وَبِهِ قَالَ أَبُو حَنِيفَةَ وَأَصْحَابُهُ، وَالثَّوْرِيُّ، وَالْأَوْزَاعِيُّ. وَقَالَتْ طَائِفَةٌ بِتَحْدِيدِ الْقَدْرِ الْمُحَرِّمِ، وَهَؤُلَاءِ انْقَسَمُوا إِلَى ثَلَاثِ فِرَقٍ، فَقَالَتْ طَائِفَةٌ: لَا تُحَرِّمُ الْمَصَّةُ وَلَا الْمَصَّتَانِ، وَتُحَرِّمُ الثَّلَاثُ رَضَعَاتٍ فَمَا فَوْقَهَا، وَبِهِ قَالَ أَبُو عُبَيْدٍ، وَأَبُو ثَوْرٍ. وَقَالَتْ طَائِفَةٌ: الْمُحَرِّمُ خَمْسُ رَضَعَاتٍ، وَبِهِ قَالَ الشَّافِعِيُّ. وَقَالَتْ طَائِفَةٌ: عَشْرُ رَضَعَاتٍ. وَالسَّبَبُ فِي اخْتِلَافِهِمْ فِي هَذِهِ الْمَسْأَلَةِ مُعَارَضَةُ عُمُومِ الْكِتَابِ لِلْأَحَادِيثِ الْوَارِدَةِ فِي التَّحْدِيدِ، وَمُعَارَضَةُ الْأَحَادِيثِ فِي ذَلِكَ بَعْضُهَا بَعْضًا. فَأَمَّا عُمُومُ الْكِتَابِ فَقَوْلُهُ تَعَالَى: {وَأُمَّهَاتُكُمُ اللاتِي أَرْضَعْنَكُمْ} [النساء: ٢٣] الْآيَةَ، وَهَذَا يَقْتَضِي مَا يَنْطَلِقُ عَلَيْهِ اسْمُ الْإِرْضَاعِ. وَالْأَحَادِيثُ الْمُتَعَارِضَةُ فِي ذَلِكَ رَاجِعَةٌ إِلَى حَدِيثَيْنِ فِي الْمَعْنَى: أَحَدُهُمَا: حَدِيثُ عَائِشَةَ وَمَا فِي مَعْنَاهُ أَنَّهُ قَالَ - عَلَيْهِ الصَّلَاةُ وَالسَّلَامُ -: «لَا تُحَرِّمُ الْمَصَّةُ وَلَا الْمَصَّتَانِ، أَوِ الرَّضْعَةُ وَالرَّضْعَتَانِ» خَرَّجَهُ مُسْلِمٌ مِنْ طَرِيقِ عَائِشَةَ، وَمِنْ طَرِيقِ أَمِّ الْفَضْلِ، وَمِنْ طَرِيقٍ ثَالِثٍ، وَفِيهِ قَالَ: قَالَ رَسُولُ اللَّهِ - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ -: «لَا تُحَرِّمُ الْإِمْلَاجَةُ وَلَا الْإِمْلَاجَتَانِ» . وَالْحَدِيثُ الثَّانِي حَدِيثُ سَهْلَةَ فِي سَالِمٍ أَنَّهُ «قَالَ لَهَا النَّبِيُّ - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ -: " أَرْضِعِيهِ خَمْسَ رَضَعَاتٍ» . وَحَدِيثُ عَائِشَةَ فِي هَذَا الْمَعْنَى أَيْضًا قَالَتْ: «كَانَ فِيمَا نَزَلَ مِنَ الْقُرْآنِ عَشْرُ رَضَعَاتٍ مَعْلُومَاتٍ، ثُمَّ نُسِخْنَ بِخَمْسٍ مَعْلُومَاتٍ. فَتُوُفِّيَ رَسُولُ اللَّهِ - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ - وَهُنَّ مِمَّا يُقْرَأُ مِنَ الْقُرْآنِ» . فَمَنْ رَجَّحَ ظَاهِرَ الْقُرْآنِ عَلَى هَذِهِ الْأَحَادِيثِ قَالَ: «تُحَرِّمُ الْمَصَّةُ وَالْمَصَّتَانِ» . وَمَنْ جَعَلَ الْأَحَادِيثَ مُفَسِّرَةً لِلْآيَةِ، وَجَمَعَ بَيْنَهَا وَبَيْنَ الْآيَةِ، وَرَجَّحَ مَفْهُومَ دَلِيلِ الْخِطَابِ فِي قَوْلِهِ - عَلَيْهِ الصَّلَاةُ وَالسَّلَامُ -: «لَا تُحَرِّمُ الْمَصَّةُ وَلَا الْمَصَّتَانِ» عَلَى مَفْهُومِ دَلِيلِ الْخِطَابِ فِي حَدِيثِ سَالِمٍ - قَالَ: الثَّلَاثَةُ فَمَا فَوْقَهَا هِيَ الَّتِي تُحَرِّمُ، وَذَلِكَ أَنَّ دَلِيلَ الْخِطَابِ فِي قَوْلِهِ: «لَا تُحَرِّمُ الْمَصَّةُ وَلَا الْمَصَّتَانِ» - يَقْتَضِي أَنَّ مَا فَوْقَهَا يُحَرِّمُ، وَدَلِيلُ الْخِطَابِ فِي قَوْلِهِ: «أَرَضِعِيهِ خَمْسَ رَضَعَاتٍ» - يَقْتَضِي أَنَّ مَا دُونَهَا لَا يُحَرِّمُ. وَالنَّظَرُ فِي تَرْجِيحِ أَحَدِ دَلِيلَيِ الْخِطَابِ. الْمَسْأَلَةُ الثَّانِيَةُ: وَاتَّفَقُوا عَلَى أَنَّ الرَّضَاعَ يُحَرِّمُ فِي الْحَوْلَيْنِ. وَاخْتَلَفُوا فِي رَضَاعِ الْكَبِيرِ فَقَالَ مَالِكٌ، وَأَبُو حَنِيفَةَ، وَالشَّافِعِيُّ وَكَافَّةُ الْفُقَهَاءِ: لَا يُحَرِّمُ رَضَاعُ الْكَبِيرِ. وَذَهَبَ دَاوُدُ وَأَهْلُ الظَّاهِرِ إِلَى أَنَّهُ يُحَرِّمُ، وَهُوَ مَذْهَبُ عَائِشَةَ. وَمَذْهَبُ الْجُمْهُورِ هُوَ مَذْهَبُ ابْنِ مَسْعُودٍ، وَابْنِ عُمَرَ، وَأَبِي هُرَيْرَةَ، وَابْنِ عَبَّاسٍ وَسَائِرِ أَزْوَاجِ النَّبِيِّ - عَلَيْهِ الصَّلَاةُ وَالسَّلَامُ -.

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