Un autre groupe estime qu’en cas de différend, les deux époux prêtent serment, puis que l’on retient la dot usuelle pour une femme de sa condition. Contrairement à Mālik, il ne préconise pas l’annulation du mariage. C’est l’avis d’al-Shāfi‘ī, d’al-Thawrī et de plusieurs autres.
Selon un autre avis, on lui accorde la dot usuelle sans exiger de serment, à condition que celle-ci ne dépasse pas le montant qu’elle réclame et ne soit pas inférieure à celui qu’il déclare.
Leur divergence repose sur leur compréhension de cette parole du Prophète — sur lui la prière et la paix :
« La preuve incombe à celui qui avance une prétention, et le serment à celui qui la conteste. »
Cette règle est-elle fondée sur une raison juridique identifiable, ou non ? Ceux qui répondent par l’affirmative estiment que c’est toujours celui des deux dont la prétention est la plus vraisemblable qui prête serment. Si leurs prétentions se valent, tous deux prêtent serment et le mariage est annulé. Ceux qui répondent par la négative estiment que c’est l’époux qui prête serment : en effet, elle reconnaît le mariage ainsi que la nature de la dot, mais réclame de lui un montant supplémentaire ; c’est donc contre lui que la prétention est dirigée.
Selon un autre avis encore, tous deux prêtent systématiquement serment, car chacun fait l’objet d’une prétention de la part de l’autre. C’est l’avis de ceux qui ne tiennent pas compte de la vraisemblance des déclarations. Ce point fait l’objet d’une divergence au sein de l’école.
Ceux qui retiennent la déclaration de l’épouse jusqu’à concurrence de la dot usuelle, et celle de l’époux pour ce qui excède ce montant, considèrent que leurs prétentions ne peuvent jamais se valoir : celle de l’un des deux est nécessairement plus vraisemblable. En effet, soit elle réclame un montant égal ou inférieur à la dot usuelle pour une femme de sa condition, auquel cas sa déclaration est retenue ; soit elle réclame davantage, auquel cas c’est la déclaration de l’époux qui est retenue.
La divergence entre Mālik et al-Shāfi‘ī — annuler le mariage après les serments des deux époux ou retenir la dot usuelle — tient à la question suivante : faut-il, sur ce point, assimiler le mariage à la vente ? Ceux qui les assimilent préconisent l’annulation. Ceux qui refusent cette assimilation, au motif que la dot n’est pas une condition de validité du contrat, accordent la dot usuelle après les serments des deux époux.
De même, l’opinion de certains disciples de Mālik, selon laquelle les époux ne peuvent plus, après avoir tous deux prêté serment, convenir d’un arrangement ni l’un d’eux se rallier à la déclaration de l’autre et l’accepter, est extrêmement faible. Ceux qui adoptent cet avis établissent une analogie avec les serments d’anathème. Or cette analogie est faible, d’autant que l’application de cette règle aux serments d’anathème est elle-même controversée.
Quant au différend portant sur la perception de la dot, lorsque l’épouse dit : « Je ne l’ai pas reçue », et que l’époux affirme : « Elle l’a reçue », la majorité estime que la déclaration de l’épouse est retenue. C’est l’avis d’al-Shāfi‘ī, d’al-Thawrī, d’Ahmad et d’Abū Thawr.
Mālik dit : « Sa déclaration est retenue avant l’entrée en vie conjugale, et celle de l’époux après celle-ci. » Certains de ses disciples expliquent que Mālik ne s’est prononcé ainsi que parce que l’usage, à Médine, voulait que l’époux ne commence pas la vie conjugale avant d’avoir versé la dot. Dans un pays où cet usage n’existe pas, la déclaration de l’épouse serait donc toujours retenue.
Il est toutefois préférable de retenir sa déclaration dans tous les cas, car c’est contre elle que la prétention est dirigée. Mais Mālik a tenu compte de la forte présomption en faveur de l’époux lorsque la vie conjugale a commencé. Ses disciples divergent lorsque celle-ci dure depuis longtemps : faut-il retenir la déclaration de l’époux sous serment, ou vaut-il mieux la retenir sans serment ?
Quant au différend portant sur la nature de la dot, si l’époux dit, par exemple : « Je t’ai épousée en te donnant cet esclave pour dot », et qu’elle dit : « Je t’ai épousé en contrepartie de cette étoffe », l’avis le plus connu dans l’école est qu’ils prêtent tous deux serment et que le mariage est annulé si le différend survient