Bidayat al-MujtahidIbn Rushd

Quant à la seconde question, celle de la macération de deux ingrédients ensemble, la majorité des savants l’interdit lorsque les ingrédients se prêtent à la préparation de boissons par macération. Certains jugent cette pratique seulement réprouvée ; d’autres la permettent. D’autres encore interdisent tout mélange de deux ingrédients, même lorsqu’ils ne se prêtent pas à la macération, si mes souvenirs sont exacts à présent.

Leur divergence tient à leur hésitation sur la portée de l’interdiction rapportée à ce sujet : exprime-t-elle une simple réprobation ou une prohibition ? Et, si l’on retient la prohibition, entraîne-t-elle l’invalidité de ce qui est interdit ? Il est en effet authentiquement établi que le Prophète — sur lui la prière et le salut — :

« a interdit de mélanger les dattes sèches avec les raisins secs, les dattes commençant à mûrir avec les dattes fraîches mûres, et les dattes non encore mûres avec les raisins secs. »

Dans certaines versions, il a dit — sur lui la prière et le salut — :

« Ne faites pas macérer ensemble les dattes commençant à mûrir et les raisins secs, ni les dattes sèches et les raisins secs. Faites macérer chaque ingrédient séparément. »

Selon l’interprétation retenue, trois avis en découlent : interdire la boisson ainsi obtenue ; en permettre la consommation tout en considérant sa préparation par macération comme un péché ; ou tenir cette pratique pour réprouvée.

Quant à ceux qui la permettent, ils se sont peut-être fondés sur la portée générale de l’autorisation de préparer des boissons par macération, rapportée dans le hadith d’Abū Sa‘īd al-Khudrī. Ceux qui interdisent tout mélange de deux ingrédients considèrent soit que la cause de l’interdiction est le mélange lui-même, et non la force enivrante qu’il fait acquérir à la boisson, soit qu’il faut s’en tenir à la portée générale de la tradition interdisant le mélange de deux ingrédients.

Ils s’accordent à permettre la consommation du vin lorsqu’il se transforme spontanément en vinaigre. En revanche, lorsque cette transformation est provoquée délibérément, ils divergent selon trois avis : l’interdiction, la réprobation et la permission.

Leur divergence tient à l’opposition entre le raisonnement analogique et la tradition rapportée, ainsi qu’à leurs interprétations différentes de cette tradition. Abū Dāwūd rapporte en effet, d’après Anas ibn Mālik :

« Abū Talha interrogea le Prophète — sur lui la prière et le salut — au sujet d’orphelins qui avaient hérité de vin. Il lui répondit : “Répands-le !” Abū Talha demanda : “Ne pourrais-je pas en faire du vinaigre ?” Il répondit : “Non.” »

Ceux qui comprennent cette défense comme une mesure destinée à prévenir ce qui pourrait conduire à l’illicite y voient une simple réprobation. Ceux qui comprennent l’interdiction comme indépendante d’une cause déterminante concluent à la prohibition. Dans cette perspective, on peut également conclure à l’absence d’interdiction selon l’avis de ceux pour qui une défense n’entraîne pas l’invalidité de ce qui en fait l’objet.

Le raisonnement analogique qui s’oppose à ce que l’on considère ce vinaigre comme interdit est le suivant : il est connu avec évidence, dans la Loi, que les différences de statut juridique tiennent à la différence des substances ; or le vin et le vinaigre sont deux substances différentes, et le vinaigre est licite à l’unanimité. Dès lors que la substance du vin se transforme en celle du vinaigre, celui-ci doit être licite, quelle que soit la manière dont cette transformation s’est produite.

وأَمَّا الْمَسْأَلَةُ الثَّانِيَةُ، وَهِيَ انْتِبَاذُ الْخَلِيطَيْنِ - فَإِنَّ الْجُمْهُورَ قَالُوا بِتَحْرِيمِ الْخَلِيطَيْنِ مِنَ الْأَشْيَاءِ الَّتِي مِنْ شَأْنِهَا أَنْ تَقْبَلَ الِانْتِبَاذَ. وَقَالَ قَوْمٌ: بَلِ الِانْتِبَاذُ مَكْرُوهٌ. وَقَالَ قَوْمٌ: هُوَ مُبَاحٌ. وَقَالَ قَوْمٌ: كُلُّ خَلِيطَيْنِ فَهُمَا حَرَامٌ، وَإِنْ لَمْ يَكُونَا مِمَّا يَقْبَلَانِ الِانْتِبَاذَ فِيمَا أَحْسَبُ الْآنَ. وَالسَّبَبُ فِي اخْتِلَافِهِمْ تَرَدُّدُهُمْ فِي هَلِ النَّهْيُ الْوَارِدُ فِي ذَلِكَ هُوَ عَلَى الْكَرَاهَةِ؟ أَوْ عَلَى الْحَظْرِ؟ وَإِذَا قُلْنَا: إِنَّهُ عَلَى الْحَظْرِ - فَهَلْ يَدُلُّ عَلَى فَسَادِ الْمَنْهِيِّ عَنْهُ؟ أَمْ لَا؟ وَذَلِكَ أَنَّهُ ثَبَتَ عَنْهُ - عَلَيْهِ الصَّلَاةُ وَالسَّلَامُ - «أَنَّهُ نَهَى عَنْ أَنْ يُخْلَطَ التَّمْرُ وَالزَّبِيبُ، وَالزَّهْوُ وَالرُّطَبُ، وَالْبُسْرُ وَالزَّبِيبُ» وَفِي بَعْضِهَا أَنَّهُ قَالَ - عَلَيْهِ الصَّلَاةُ وَالسَّلَامُ -: «لَا تَنْتَبِذُوا الزَّهْوَ وَالزَّبِيبَ جَمِيعًا، وَلَا التَّمْرَ وَالزَّبِيبَ جَمِيعًا، وَانْتَبِذُوا كُلَّ وَاحِدٍ مِنْهُمَا عَلَى حِدَةٍ» . فَيَخْرُجُ فِي ذَلِكَ بِحَسِبِ التَّأْوِيلِ الْأَقَاوِيلُ الثَّلَاثَةُ: قَوْلٌ بِتَحْرِيمِهِ، وَقَوْلٌ بِتَحْلِيلِهِ مَعَ الْإِثْمِ فِي الِانْتِبَاذِ، وَقَوْلٌ بِكَرَاهِيَةِ ذَلِكَ. وَأَمَّا مَنْ قَالَ: إِنَّهُ مُبَاحٌ - فَلَعَلَّهُ اعْتَمَدَ فِي ذَلِكَ عُمُومَ الْأَثَرِ بِالِانْتِبَاذِ فِي حَدِيثِ أَبِي سَعِيدٍ الْخُدْرِيِّ. وَأَمَّا مَنْ مَنَعَ كُلَّ خَلِيطَيْنِ فَإِمَّا أَنْ يَكُونَ ذَهَبَ إِلَى أَنَّ عِلَّةَ الْمَنْعِ هُوَ الِاخْتِلَاطُ لَا مَا يَحْدَثُ عَنِ الِاخْتِلَاطِ مِنَ الشِّدَّةِ فِي النَّبِيذِ، وَإِمَّا أَنْ يَكُونَ قَدْ تَمَسَّكَ بِعُمُومِ مَا وَرَدَ أَنَّهُ نَهَى عَنِ الْخَلِيطَيْنِ. وَأَجْمَعُوا عَلَى أَنَّ الْخَمْرَ إِذَا تَخَلَّلَتْ مِنْ ذَاتِهَا جَازَ أَكْلُهَا، وَاخْتَلَفُوا إِذَا قُصِدَ تَخْلِيلُهَا عَلَى ثَلَاثَةِ أَقْوَالٍ: التَّحْرِيمِ، وَالْكَرَاهِيَةِ، وَالْإِبَاحَةِ. وَسَبَبُ اخْتِلَافِهِمْ مُعَارَضَةُ الْقِيَاسِ لِلْأَثَرِ، وَاخْتِلَافُهُمْ فِي مَفْهُومِ الْأَثَرِ. وَذَلِكَ أَنَّ أَبَا دَاوُدَ خَرَّجَ مِنْ حَدِيثِ أَنَسِ بْنِ مَالِكٍ «أَنَّ أَبَا طَلْحَةَ سَأَلَ النَّبِيَّ - عَلَيْهِ الصَّلَاةُ وَالسَّلَامُ - عَنْ أَيْتَامٍ وَرِثُوا خَمْرًا، فَقَالَ: " أَهْرِقْهَا! قَالَ: أَفَلَا أَجْعَلُهَا خَلًّا؟ قَالَ: لَا» . فَمَنْ فَهِمَ مِنَ الْمَنْعِ سَدَّ ذَرِيعَةٍ حَمَلَ ذَلِكَ عَلَى الْكَرَاهِيَةِ، وَمَنْ فَهِمَ النَّهْيَ لِغَيْرِ عِلَّةٍ قَالَ بِالتَّحْرِيمِ. وَيُخَرَّجُ عَلَى هَذَا أَنْ لَا تَحْرِيمَ أَيْضًا عَلَى مَذْهَبِ مَنْ يَرَى أَنَّ النَّهْيَ لَا يَعُودُ بِفَسَادِ الْمَنْهِيِّ. وَالْقِيَاسُ الْمُعَارِضُ لِحَمْلِ الْخَلِّ عَلَى التَّحْرِيمِ أَنَّهُ قَدْ عُلِمَ مِنْ ضَرُورَةِ الشَّرْعِ أَنَّ الْأَحْكَامَ الْمُخْتَلِفَةَ إِنَّمَا هِيَ لِلذَّوَاتِ الْمُخْتَلِفَةِ، وَأَنَّ الْخَمْرَ غَيْرُ ذَاتِ الْخَلِّ، وَالْخَلُّ بِإِجْمَاعٍ حَلَالٌ، فَإِذَا انْتَقَلَتْ ذَاتُ الْخَمْرِ إِلَى ذَاتِ الْخَلِّ وَجَبَ أَنْ يَكُونَ حَلَالًا كَيْفَمَا انْتَقَلَ.

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