Bidayat al-MujtahidIbn Rushd

Les spécialistes du raisonnement juridique des générations postérieures ont dit : « L’argument des savants du Hijāz est plus solide du point de vue des textes transmis, tandis que celui des savants d’Irak est plus probant du point de vue de l’analogie. »

S’il en est ainsi, comme ils le disent, leur divergence revient à déterminer lequel, de la tradition transmise ou du raisonnement analogique, doit prévaloir lorsqu’ils s’opposent. Cette question fait l’objet de divergences. Toutefois, la vérité est que, lorsque la tradition constitue un texte explicite et authentiquement établi, il faut la faire prévaloir sur l’analogie. En revanche, lorsque le sens apparent de l’énoncé se prête à une autre interprétation, l’examen hésite entre deux voies : faut-il les concilier en interprétant l’énoncé, ou faire prévaloir son sens apparent sur ce qu’implique l’analogie ?

La réponse varie selon la force du sens apparent de chaque énoncé et celle du raisonnement analogique qui lui est opposé. Seul le discernement intellectuel permet de les départager, comme on distingue un discours soumis à un mètre d’un discours qui ne l’est pas. Il arrive que les deux appréciations se valent. C’est pourquoi les divergences sont si nombreuses en cette matière, au point que beaucoup ont affirmé : « Tout juriste exerçant l’effort d’interprétation est dans le vrai. »

Le juge dit :

Voici ce qui me paraît juste — et Allah sait mieux : la parole du Prophète — sur lui la prière et le salut — :

« Tout ce qui enivre est interdit »

peut certes désigner la quantité qui enivre, plutôt que la catégorie des substances enivrantes. Cependant, son sens apparent rend plus probable le rattachement de l’interdiction à la catégorie qu’à la quantité, compte tenu de l’opposition que lui fait cette analogie selon l’interprétation des savants de Kūfa. En effet, il n’est nullement invraisemblable que le Législateur interdise une substance enivrante en petite comme en grande quantité, pour fermer la voie à l’interdit et par mesure de rigueur, alors même que le préjudice ne se manifeste qu’en grande quantité.

Il est établi, par consensus, que la Loi a pris en considération, pour le vin, sa nature même et non la quantité requise. Il faut donc assimiler au vin tout ce qui présente la même raison d’interdiction. Il appartient à celui qui prétend qu’une différence existe d’en apporter la preuve. Cela, dans l’hypothèse où ils ne reconnaîtraient pas avec nous l’authenticité de cette parole du Prophète — sur lui la prière et le salut :

« Ce qui enivre en grande quantité est interdit en petite quantité. »

Car, s’ils l’admettent, ils ne peuvent s’y soustraire : c’est un texte explicite sur le point litigieux, et l’on ne saurait opposer les raisonnements analogiques aux textes explicites.

En outre, la Loi a indiqué que le vin comporte un préjudice et une utilité. Le Très-Haut a dit :

« Dis : “Dans les deux se trouvent un grand péché et des avantages pour les gens.” »
[Al-Baqara : 219]

Or, si l’on cherchait à éviter le préjudice tout en conservant l’utilité, l’analogie conduirait à interdire le vin en grande quantité et à l’autoriser en petite quantité. Mais, puisque la Loi a fait prévaloir, pour le vin, la considération du préjudice sur celle de l’utilité, en en interdisant aussi bien une petite qu’une grande quantité, il faut appliquer la même règle à tout ce qui présente la raison d’être de l’interdiction du vin, à moins qu’une différence fondée sur la Loi ne soit démontrée.

Ils s’accordent à reconnaître que la préparation de boissons par macération est licite tant que celles-ci n’acquièrent pas la force enivrante et euphorisante propre au vin, en raison de cette parole du Prophète — sur lui la prière et le salut :

« Préparez donc des boissons par macération ; tout ce qui enivre est interdit. »

Cela repose également sur ce qui est établi à son sujet — sur lui la prière et le salut :

« Il préparait des boissons par macération et les jetait le deuxième ou le troisième jour. »

Ils ont divergé à ce sujet sur deux questions.

La première concerne les récipients dans lesquels ces boissons sont préparées.

وَقَالَ الْمُتَأَخِّرُونَ مِنْ أَهْلِ النَّظَرِ: حُجَّةُ الْحِجَازِيِّينَ مِنْ طَرِيقِ السَّمْعِ أَقْوَى، وَحُجَّةُ الْعِرَاقِيِّينَ مِنْ طَرِيقِ الْقِيَاسِ أَظْهَرُ. وَإِذَا كَانَ هَذَا كَمَا قَالُوا فَيَرْجِعُ الْخِلَافُ إِلَى اخْتِلَافِهِمْ فِي تَغْلِيبِ الْأَثَرِ عَلَى الْقِيَاسِ، أَوْ تَغْلِيبِ الْقِيَاسِ عَلَى الْأَثَرِ إِذَا تَعَارَضَا، وَهِيَ مَسْأَلَةٌ مُخْتَلَفٌ فِيهَا، لَكِنَّ الْحَقَّ أَنَّ الْأَثَرَ إِذَا كَانَ نَصًّا ثَابِتًا فَالْوَاجِبُ أَنْ يُغَلَّبَ عَلَى الْقِيَاسِ. وَأَمَّا إِذَا كَانَ ظَاهِرُ اللَّفْظِ مُحْتَمِلًا لِلتَّأْوِيلِ فَهُنَا يَتَرَدَّدُ النَّظَرُ، هَلْ يُجْمَعُ بَيْنَهُمَا بِأَنْ يُتَأَوَّلَ اللَّفْظُ؟ أَوْ يُغَلَّبَ ظَاهِرُ اللَّفْظِ عَلَى مُقْتَضَى الْقِيَاسِ؟ وَذَلِكَ مُخْتَلِفٌ بِحَسَبِ قُوَّةِ لَفْظٍ مِنَ الْأَلْفَاظِ الظَّاهِرَةِ، وَقُوَّةِ قِيَاسٍ مِنَ الْقِيَاسَاتِ الَّتِي تُقَابِلُهَا، وَلَا يُدْرَكُ الْفَرْقُ بَيْنَهُمَا إِلَّا بِالذَّوْقِ الْعَقْلِيِّ كَمَا يُدْرَكُ الْمَوْزُونُ مِنَ الْكَلَامِ مِنْ غَيْرِ الْمَوْزُونِ، وَرُبَّمَا كَانَ الذَّوْقَانِ عَلَى التَّسَاوِي، وَلِذَلِكَ كَثُرَ الِاخْتِلَافُ فِي هَذَا النَّوْعِ حَتَّى قَالَ كَثِيرٌ مِنَ النَّاسِ: كُلُّ مُجْتَهِدٍ مُصِيبٌ. قَالَ الْقَاضِي: وَالَّذِي يُظْهِرُ لِي - وَاللَّهُ أَعْلَمُ - أَنَّ قَوْلَهُ - عَلَيْهِ الصَّلَاةُ وَالسَّلَامُ -: «كُلُّ مُسْكِرٍ حَرَامٌ» ، وَإِنْ كَانَ يُحْتَمَلُ أَنْ يُرَادَ بِهِ الْقَدْرُ الْمُسْكِرُ لَا الْجِنْسُ الْمُسْكِرُ، فَإِنَّ ظُهُورَهُ فِي تَعْلِيقِ التَّحْرِيمِ بِالْجِنْسِ أَغْلَبُ عَلَى الظَّنِّ مِنْ تَعْلِيقِهِ بِالْقَدْرِ؛ لِمَكَانِ مُعَارَضَةِ ذَلِكَ الْقِيَاسِ لَهُ عَلَى مَا تَأَوَّلَهُ الْكُوفِيُّونَ، فَإِنَّهُ لَا يَبْعُدُ أَنْ يُحَرِّمَ الشَّارِعُ قَلِيلَ الْمُسْكِرِ وَكَثِيرَهُ سَدًّا لِلذَّرِيعَةِ وَتَغْلِيظًا، مَعَ أَنَّ الضَّرَرَ إِنَّمَا يُوجَدُ فِي الْكَثِيرِ. وَقَدْ ثَبَتَ مِنْ حَالِ الشَّرْعِ بِالْإِجْمَاعِ أَنَّهُ اعْتَبَرَ فِي الْخَمْرِ الْجِنْسَ دُونَ الْقَدْرِ الْوَاجِبِ، فَوَجَبَ كُلُّ مَا وُجِدَتْ فِيهِ عِلَّةُ الْخَمْرِ أَنْ يُلْحَقَ بِالْخَمْرِ، وَأَنْ يَكُونَ عَلَى مَنْ زَعَمَ وُجُودَ الْفَرْقِ إِقَامَةُ الدَّلِيلِ عَلَى ذَلِكَ، هَذَا إِنْ لَمْ يُسَلِّمُوا لَنَا صِحَّةَ قَوْلِهِ - عَلَيْهِ الصَّلَاةُ وَالسَّلَامُ -: «مَا أَسْكَرَ كَثِيرُهُ فَقَلِيلُهُ حَرَامٌ» . فَإِنَّهُمْ إِنْ سَلَّمُوهُ لَمْ يَجِدُوا انْفِكَاكًا فَإِنَّهُ نَصٌّ فِي مَوْضِعِ الْخِلَافِ، وَلَا يَصِحُّ أَنْ تُعَارَضَ النُّصُوصُ بِالْمَقَايِيسِ. وَأَيْضًا فَإِنَّ الشَّرْعَ قَدْ أَخْبَرَ أَنَّ فِي الْخَمْرِ مَضَرَّةً وَمَنْفَعَةً، فَقَالَ تَعَالَى: {قُلْ فِيهِمَا إِثْمٌ كَبِيرٌ وَمَنَافِعُ لِلنَّاسِ} [البقرة: ٢١٩] ، وَكَانَ الْقِيَاسُ إِذَا قُصِدَ الْجَمْعُ بَيْنَ انْتِقَاءِ الْمَضَرَّةِ وَوُجُودِ الْمَنْفَعَةِ أَنْ يُحَرَّمَ كَثِيرُهَا وَيُحَلَّلَ قَلِيلُهَا ; فَلَمَّا غَلَّبَ الشَّرْعُ حُكْمَ الْمَضَرَّةِ عَلَى الْمَنْفَعَةِ فِي الْخَمْرِ، وَمَنَعَ الْقَلِيلَ مِنْهَا وَالْكَثِيرَ - وَجَبَ أَنْ يَكُونَ الْأَمْرُ كَذَلِكَ فِي كُلِّ مَا يُوجَدُ فِيهِ عَلَةُ تَحْرِيمِ الْخَمْرِ، إِلَّا أَنْ يَثْبُتَ فِي ذَلِكَ فَارِقٌ شَرْعِيٌّ. وَاتَّفَقُوا عَلَى أَنَّ الِانْتِبَاذَ حَلَالٌ مَا لَمْ تَحْدُثْ فِيهِ الشِّدَّةُ الْمُطْرِبَةُ الْخَمْرِيَّةُ؛ لِقَوْلِهِ - عَلَيْهِ الصَّلَاةُ وَالسَّلَامُ -: «فَانْتَبِذُوا، وَكُلُّ مُسْكِرٍ حَرَامٌ» . وَلِمَا ثَبَتَ عَنْهُ - عَلَيْهِ الصَّلَاةُ وَالسَّلَامُ -: «أَنَّهُ كَانَ يَنْتَبِذُ، وَأَنَّهُ كَانَ يُرِيقُهُ فِي الْيَوْمِ الثَّانِي أَوِ الثَّالِثِ» . وَاخْتَلَفُوا فِي ذَلِكَ فِي مَسْأَلَتَيْنِ: إِحْدَاهُمَا: فِي الْأَوَانِي الَّتِي يُنْتَبَذُ فِيهَا.

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