Bidayat al-MujtahidIbn Rushd

savants du Hijāz en faveur de l’interdiction des boissons fermentées.

Quant aux savants de Kūfa, ils ont appuyé leur position sur le sens apparent de cette parole du Très-Haut :

« Des fruits des palmiers et des vignes, vous tirez une boisson enivrante et une bonne subsistance. »
[Al-Nahl : 67]

Ils invoquent également des traditions qu’ils rapportent à ce sujet, ainsi que l’analogie fondée sur la raison d’être de la règle.

Pour ce qui est de leur argument tiré du verset, ils disent : « La boisson mentionnée est une boisson enivrante. Si elle était interdite en elle-même, Allah ne l’aurait pas qualifiée de bonne subsistance. »

Parmi les traditions sur lesquelles ils s’appuient à ce sujet, l’une des plus connues chez eux est le hadith d’Abū ‘Awn al-Thaqafī, d’après ‘Abd Allāh ibn Shaddād, d’après Ibn ‘Abbās, selon lequel le Prophète — sur lui la prière et le salut — a dit :

« Le vin vous a été interdit en lui-même, ainsi que l’ivresse provoquée par les autres boissons. »

Ils disent : « C’est un texte explicite qui ne se prête à aucune autre interprétation. » Les savants du Hijāz l’ont toutefois jugé faible, car certains de ses transmetteurs ont rapporté la formulation suivante : « et ce qui enivre parmi les autres boissons ».

Ils invoquent aussi le hadith que Sharīk rapporte de Simāk ibn Harb, par sa chaîne de transmission, d’après Abū Burda ibn Niyār, qui a dit : « Le Messager d’Allah — qu’Allah le couvre d’éloges et lui accorde le salut — a dit : “Je vous avais interdit de boire dans les récipients ; buvez donc dans ceux que vous voudrez, mais ne vous enivrez pas.” » Al-Tahāwī a rapporté ces traditions.

Ils rapportent également qu’Ibn Mas‘ūd a dit : « J’ai été témoin, comme vous, de l’interdiction des boissons fermentées, puis j’ai été témoin de leur autorisation. J’ai retenu ce que vous avez oublié. »

Ils rapportent aussi ces propos d’Abū Mūsā :

« Le Messager d’Allah — qu’Allah le couvre d’éloges et lui accorde le salut — nous envoya, Mu‘ādh et moi, au Yémen. Nous lui dîmes : “Ô Messager d’Allah, on y fabrique deux boissons à partir de froment et d’orge : l’une est appelée mizr, l’autre bit‘. Que pouvons-nous boire ?” Il répondit — sur lui la prière et le salut : “Buvez, mais ne vous enivrez pas.” »

Al-Tahāwī l’a également rapporté. Ils mentionnent encore d’autres traditions à ce sujet.

Quant à leur argumentation rationnelle, ils disent : « Le Coran a expressément indiqué que la cause de l’interdiction du vin consiste à détourner du rappel d’Allah et à susciter l’inimitié et la haine, comme le dit le Très-Haut :

“Le Diable ne veut que semer entre vous l’inimitié et la haine par le vin et les jeux de hasard, et vous détourner du rappel d’Allah et de la prière.”
[Al-Mā’ida : 91]

Or, cette cause est présente dans la quantité qui enivre, non dans une quantité moindre. Seule cette quantité doit donc être interdite, à l’exception du vin, dont l’interdiction en petite comme en grande quantité fait l’objet d’un consensus. »

Ils ajoutent : « Ce type d’analogie se rattache au texte révélé : il s’agit de l’analogie dont la cause est signalée par la Loi elle-même. »

الْحِجَازِيِّينَ فِي تَحْرِيمِ الْأَنْبِذَةِ. وَأَمَّا الْكُوفِيُّونَ فَإِنَّهُمْ تَمَسَّكُوا لِمَذْهَبِهِمْ بِظَاهِرِ قَوْله تَعَالَى: {وَمِنْ ثَمَرَاتِ النَّخِيلِ وَالأَعْنَابِ تَتَّخِذُونَ مِنْهُ سَكَرًا وَرِزْقًا حَسَنًا} [النحل: ٦٧] ، وَبِآثَارٍ رَوَوْهَا فِي هَذَا الْبَابِ، وَبِالْقِيَاسِ الْمَعْنَوِيِّ. أَمَّا احْتِجَاجُهُمْ بِالْآيَةِ فَإِنَّهُمْ قَالُوا: السَّكَرُ هُوَ الْمُسْكِرُ، وَلَوْ كَانَ مُحَرَّمَ الْعَيْنِ لَمَا سَمَّاهُ اللَّهُ رِزْقًا حَسَنًا. وَأَمَّا الْآثَارُ الَّتِي اعْتَمَدُوهَا فِي هَذَا الْبَابِ فَمِنْ أَشْهَرِهَا عِنْدَهُمْ حَدِيثُ أَبِي عَوْنٍ الثَّقَفِيِّ عَنْ عَبْدِ اللَّهِ بْنِ شَدَّادٍ عَنِ ابْنِ عَبَّاسٍ عَنِ النَّبِيِّ - عَلَيْهِ الصَّلَاةُ وَالسَّلَامُ - قَالَ: «حُرِّمَتْ عَلَيْكُمُ الْخَمْرُ لِعَيْنِهَا، وَالسُّكْرُ مِنْ غَيْرِهَا» . وَقَالُوا: هَذَا نَصٌّ لَا يَحْتَمِلُ التَّأْوِيلَ، وَضَعَّفَهُ أَهْلُ الْحِجَازِ؛ لِأَنَّ بَعْضَ رُوَاتِهِ رَوَى «وَالْمُسْكِرُ مِنْ غَيْرِهَا» . وَمِنْهَا حَدِيثُ شَرِيكٍ عَنْ سِمَاكِ بْنِ حَرْبٍ بِإِسْنَادِهِ عَنْ أَبِي بُرْدَةَ بْنِ نِيَارٍ قَالَ: قَالَ رَسُولُ اللَّهِ - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ -: «إِنِّي كُنْتُ نَهَيْتُكُمْ عَنِ الشَّرَابِ فِي الْأَوْعِيَةِ، فَاشْرَبُوا فِيمَا بَدَا لَكُمْ وَلَا تَسْكَرُوا» خَرَّجَهَا الطَّحَاوِيُّ. وَرَوَوْا عَنِ ابْنِ مَسْعُودٍ أَنَّهُ قَالَ: شَهِدْتُ تَحْرِيمَ النَّبِيذِ كَمَا شَهِدْتُمْ، ثُمَّ شَهِدْتُ تَحْلِيلَهُ فَحَفِظْتُ وَنَسِيتُمْ. وَرَوَوْا عَنْ أَبِي مُوسَى قَالَ: «بَعَثَنِي رَسُولُ اللَّهِ - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ - أَنَا وَمُعَاذًا إِلَى الْيَمَنِ، فَقُلْنَا: يَا رَسُولَ اللَّهِ، إِنَّ بِهَا شَرَابَيْنِ يُصْنَعَانِ مِنَ الْبُرِّ وَالشَّعِيرِ: أَحَدُهُمَا يُقَالُ لَهُ: الْمِزْرُ، وَالْآخَرُ يُقَالُ لَهُ: الْبِتْعُ، فَمَا نَشْرَبُ؟ فَقَالَ - عَلَيْهِ الصَّلَاةُ وَالسَّلَامُ -: اشْرَبَا، وَلَا تَسْكَرَا» . خَرَّجَهُ الطَّحَاوِيُّ أَيْضًا. إِلَى غَيْرِ ذَلِكَ مِنَ الْآثَارِ الَّتِي ذَكَرُوهَا فِي هَذَا الْبَابِ. وَأَمَّا احْتِجَاجُهُمْ مِنْ جِهَةِ النَّظَرِ فَإِنَّهُمْ قَالُوا: قَدْ نَصَّ الْقُرْآنُ أَنَّ عِلَّةَ التَّحْرِيمِ فِي الْخَمْرِ إِنَّمَا هِيَ الصَّدُّ عَنْ ذِكْرِ اللَّهِ وَوُقُوعُ الْعَدَاوَةِ وَالْبَغْضَاءِ كَمَا قَالَ تَعَالَى: {إِنَّمَا يُرِيدُ الشَّيْطَانُ أَنْ يُوقِعَ بَيْنَكُمُ الْعَدَاوَةَ وَالْبَغْضَاءَ فِي الْخَمْرِ وَالْمَيْسِرِ وَيَصُدَّكُمْ عَنْ ذِكْرِ اللَّهِ وَعَنِ الصَّلاةِ} [المائدة: ٩١] . وَهَذِهِ الْعِلَّةُ تُوجَدُ فِي الْقَدْرِ الْمُسْكِرِ لَا فِيمَا دُونَ ذَلِكَ، فَوَجَبَ أَنْ يَكُونَ ذَلِكَ الْقَدْرُ هُوَ الْحَرَامَ إِلَّا مَا انْعَقَدَ عَلَيْهِ الْإِجْمَاعُ مِنْ تَحْرِيمِ قَلِيلِ الْخَمْرِ وَكَثِيرِهَا. قَالُوا: وَهَذَا النَّوْعُ مِنَ الْقِيَاسِ يُلْحَقُ بِالنَّصِّ، وَهُوَ الْقِيَاسُ الَّذِي يُنَبِّهُ الشَّرْعُ عَلَى الْعِلَّةِ فِيهِ.

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