Bidayat al-MujtahidIbn Rushd

Cette divergence tient à la question suivante : la désignation de « ceux qui ont reçu le Livre » englobe-t-elle les Arabes devenus chrétiens, comme elle englobe les peuples auxquels le Livre est proprement associé, à savoir les fils d’Israël et les Byzantins ?

Quant à l’apostat, la majorité considère que l’on ne peut consommer la bête qu’il abat. Ishāq en permet la consommation, tandis qu’al-Thawrī la juge réprouvée.

Cette divergence tient à la question suivante : l’apostat est-il exclu de la désignation de « gens du Livre », puisqu’il ne bénéficie pas du statut qui leur est reconnu, ou cette désignation l’englobe-t-elle ?

La troisième question concerne le cas où l’on ignore si les gens du Livre ont prononcé le nom d’Allah sur la bête. La majorité en permet la consommation ; cet avis est également rapporté de ‘Alī. À l’heure actuelle, je ne me rappelle aucun avis divergent sur ce point. Une autre position peut toutefois être envisagée : on pourrait soutenir que, par principe, seules les bêtes qu’ils abattent conformément aux conditions de l’islam peuvent être consommées. Dès lors, si l’on considère que la prononciation du nom d’Allah est une condition de l’abattage rituel, il faudrait s’abstenir de consommer leurs bêtes lorsque l’accomplissement de cette condition est douteux.

Lorsqu’on sait qu’ils ont abattu la bête pour leurs fêtes et leurs églises, certains savants en réprouvent la consommation : c’est l’avis de Mālik. D’autres l’autorisent : c’est l’avis d’Ashhab. D’autres encore l’interdisent : c’est l’avis d’al-Shāfi‘ī.

Leur divergence tient à l’opposition entre les portées générales de deux passages du Livre sur cette question. En effet, cette parole du Très-Haut :

« La nourriture de ceux qui ont reçu le Livre vous est permise » [La Table servie : 5]

peut être comprise comme restreignant la portée de cette autre parole :

« Ce sur quoi un autre nom que celui d’Allah a été invoqué » [La Table servie : 3].

Inversement, cette parole du Très-Haut :

« Ce sur quoi un autre nom que celui d’Allah a été invoqué » [La Table servie : 3]

peut être comprise comme restreignant la portée de cette autre parole :

« La nourriture de ceux qui ont reçu le Livre vous est permise » [La Table servie : 5].

Chacun de ces deux passages peut en effet constituer une exception à la règle générale énoncée par l’autre.

Ainsi, ceux qui considèrent que cette parole du Très-Haut :

« Ce sur quoi un autre nom que celui d’Allah a été invoqué » [La Table servie : 3]

restreint la portée de cette autre parole :

« La nourriture de ceux qui ont reçu le Livre vous est permise » [La Table servie : 5]

interdisent la consommation des bêtes immolées pour les églises et les fêtes. Ceux qui retiennent l’interprétation inverse l’autorisent.

Lorsque la bête appartient à une catégorie qui leur est interdite, plusieurs avis sont exprimés : certains en permettent la consommation, d’autres l’interdisent. D’autres distinguent selon que cette interdiction provient de la Torah ou qu’ils se la sont eux-mêmes imposée : ils permettent les bêtes qu’ils abattent parmi celles qu’ils se sont eux-mêmes interdites, mais interdisent celles qu’Allah leur a interdites. Enfin, certains en réprouvent la consommation sans l’interdire.

Ces quatre avis existent au sein de l’école : l’interdiction est rapportée d’Ibn al-Qāsim ; la permission, d’Ibn Wahb et d’Ibn ‘Abd al-Hakam ; et la distinction, d’Ashhab.

Cette divergence tient à l’opposition entre la portée générale du verset et l’exigence de l’intention d’accomplir un abattage rituel, c’est-à-dire de la conviction que cet abattage rend la bête licite.

Ceux qui font de cette conviction une condition de l’abattage rituel interdisent ces bêtes, puisque ceux qui les abattent ne croient pas que cet abattage les rende licites. Ceux qui n’en font pas une condition et s’en tiennent à la portée générale du verset autorisant leur nourriture permettent la consommation de ces bêtes.

C’est précisément la même raison qui explique leur divergence sur la consommation des graisses des bêtes qu’ils abattent. Sur ce point, seuls Mālik et ses disciples se sont écartés de l’avis commun. Certains d’entre eux considèrent ces graisses comme interdites : c’est l’avis d’Ashhab. D’autres les jugent réprouvées ; ces deux avis sont rapportés de Mālik. D’autres encore les déclarent permises.

La question des graisses fait également intervenir un autre facteur parmi

وَسَبَبُ الْخِلَافِ: هَلْ يَتَنَاوَلُ الْعَرَبَ الْمُتَنَصِّرِينَ اسْمُ الَّذِينَ أُوتُوا الْكِتَابَ، كَمَا يَتَنَاوَلُ ذَلِكَ الْأُمَمَ الْمُخْتَصَّةَ بِالْكِتَابِ، وَهُمْ بَنُو إِسْرَائِيلَ وَالرُّومُ. وَأَمَّا الْمُرْتَدُّ: فَإِنَّ الْجُمْهُورَ عَلَى أَنَّ ذَبِيحَتَهُ لَا تُؤْكَلُ. وَقَالَ إِسْحَاقُ: ذَبِيحَتُهُ جَائِزَةٌ. وَقَالَ الثَّوْرِيُّ: مَكْرُوهَةٌ. وَسَبَبُ الْخِلَافِ: هَلِ الْمُرْتَدُّ لَا يَتَنَاوَلُهُ اسْمُ أَهْلِ الْكِتَابِ إِذْ كَانَ لَيْسَ لَهُ حُرْمَةُ أَهْلِ الْكِتَابِ أَوْ يَتَنَاوَلُهُ؟ . وَأَمَّا الْمَسْأَلَةُ الثَّالِثَةُ: وَهِيَ إِذَا لَمْ يُعْلَمْ أَنَّ أَهْلَ الْكِتَابِ سَمَّوُا اللَّهَ عَلَى الذَّبِيحَةِ فَقَالَ الْجُمْهُورُ: تُؤْكَلُ، وَهُوَ مَرْوِيٌّ عَنْ عَلِيٍّ، وَلَسْتُ أَذْكُرُ فِيهِ فِي هَذَا الْوَقْتِ خِلَافًا، وَيَتَطَرَّقُ إِلَيْهِ الِاحْتِمَالُ بِأَنْ يُقَالَ: إِنَّ الْأَصْلَ هُوَ أَنْ لَا يُؤْكَلَ مِنْ تَذْكِيَتِهِمْ إِلَّا مَا كَانَ عَلَى شُرُوطِ الْإِسْلَامِ، فَإِذَا قِيلَ عَلَى هَذَا: إِنَّ التَّسْمِيَةَ مِنْ شَرْطِ التَّذْكِيَةِ وَجَبَ أَنْ لَا تُؤْكَلَ ذَبَائِحُهُمْ بِالشَّكِّ فِي ذَلِكَ. وَأَمَّا إِذَا عُلِمَ أَنَّهُمْ ذَبَحُوا ذَلِكَ لِأَعْيَادِهِمْ وَكَنَائِسِهِمْ فَإِنَّ مِنَ الْعُلَمَاءِ مَنْ كَرِهَهُ، وَهُوَ قَوْلُ مَالِكٍ. وَمِنْهُمْ مَنْ أَبَاحَهُ، وَهُوَ قَوْلُ أَشْهَبَ. وَمِنْهُمْ مَنْ حَرَّمَهُ، وَهُوَ الشَّافِعِيُّ. وَسَبَبُ اخْتِلَافِهِمْ تَعَارُضُ عُمُومَيِ الْكِتَابِ فِي هَذَا الْبَابِ، وَذَلِكَ أَنَّ قَوْله تَعَالَى: {وَطَعَامُ الَّذِينَ أُوتُوا الْكِتَابَ حِلٌّ لَكُمْ} [المائدة: ٥] يُحْتَمَلُ أَنْ يَكُونَ مُخَصِّصًا لِقَوْلِهِ تَعَالَى: {وَمَا أُهِلَّ لِغَيْرِ اللَّهِ بِهِ} [المائدة: ٣] . وَيُحْتَمَلُ أَنْ يَكُونَ قَوْله تَعَالَى: {وَمَا أُهِلَّ لِغَيْرِ اللَّهِ بِهِ} [المائدة: ٣] مُخَصِّصًا لِقَوْلِهِ تَعَالَى: {وَطَعَامُ الَّذِينَ أُوتُوا الْكِتَابَ حِلٌّ لَكُمْ} [المائدة: ٥] إِذْ كَانَ كُلُّ وَاحِدٍ مِنْهُمَا يَصِحُّ أَنْ يُسْتَثْنَى مِنَ الْآخَرِ. فَمَنْ جَعَلَ قَوْله تَعَالَى: {وَمَا أُهِلَّ لِغَيْرِ اللَّهِ بِهِ} [المائدة: ٣] مُخَصِّصًا لِقَوْلِهِ تَعَالَى: {وَطَعَامُ الَّذِينَ أُوتُوا الْكِتَابَ حِلٌّ لَكُمْ} [المائدة: ٥] قَالَ: لَا يَجُوزُ مَا أُهِلَّ بِهِ لِلْكَنَائِسِ وَالْأَعْيَادِ. وَمَنْ عَكَسَ الْأَمْرَ قَالَ: يَجُوزُ. وَأَمَّا إِذَا كَانَتِ الذَّبِيحَةُ مِمَّا حُرِّمَتْ عَلَيْهِمْ، فَقِيلَ: يَجُوزُ، وَقِيلَ: لَا يَجُوزُ، وَقِيلَ: بِالْفَرْقِ بَيْنَ أَنْ تَكُونَ مُحَرَّمَةً عَلَيْهِمْ بِالتَّوْرَاةِ، أَوْ مِنْ قِبَلِ أَنْفُسِهِمْ أَعْنِي بِإِبَاحَةِ مَا ذَبَحُوا مِمَّا حَرَّمُوا عَلَى أَنْفُسِهِمْ وَمَنْعِ مَا حَرَّمَ اللَّهُ عَلَيْهِمْ، وَقِيلَ: يُكْرَهُ وَلَا يُمْنَعُ، وَالْأَقَاوِيلُ الْأَرْبَعَةُ مَوْجُودَةٌ فِي الْمَذْهَبِ: الْمَنْعُ عَنِ ابْنِ الْقَاسِمِ، وَالْإِبَاحَةُ عَنِ ابْنِ وَهْبٍ وَابْنِ عَبْدِ الْحَكَمِ، وَالتَّفْرِقَةُ عَنْ أَشْهَبَ. وَأَصْلُ الِاخْتِلَافِ: مُعَارَضَةُ عُمُومِ الْآيَةِ لِاشْتِرَاطِ نِيَّةِ الذَّكَاةِ أَعْنِي اعْتِقَادَ تَحْلِيلِ الذَّبِيحَةِ بِالتَّذْكِيَةِ) . فَمَنْ قَالَ: ذَلِكَ شَرْطٌ فِي التَّذْكِيَةِ قَالَ: لَا تَجُوزُ هَذِهِ الذَّبَائِحُ، لِأَنَّهُمْ لَا يَعْتَقِدُونَ تَحْلِيلَهَا بِالتَّذْكِيَةِ. وَمَنْ قَالَ: لَيْسَ بِشَرْطٍ فِيهَا ; وَتَمَسَّكَ بِعُمُومِ الْآيَةِ الْمُحَلِّلَةِ قَالَ: تَجُوزُ هَذِهِ الذَّبَائِحُ. وَهَذَا بِعَيْنِهِ هُوَ سَبَبُ اخْتِلَافِهِمْ فِي أَكْلِ الشُّحُومِ مِنْ ذَبَائِحِهِمْ، وَلَمْ يُخَالِفْ فِي ذَلِكَ أَحَدٌ غَيْرُ مَالِكٍ وَأَصْحَابِهِ، فَمِنْهُمْ مَنْ قَالَ: إِنَّ الشُّحُومَ مُحَرَّمَةٌ وَهُوَ قَوْلُ أَشْهَبَ. وَمِنْهُمْ مَنْ قَالَ: مَكْرُوهَةٌ، وَالْقَوْلَانِ عَنْ مَالِكٍ. وَمِنْهُمْ مَنْ قَالَ: مُبَاحَةٌ. وَيَدْخُلُ فِي الشُّحُومِ سَبَبٌ آخَرُ مِنْ

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