Bidayat al-MujtahidIbn Rushd

[Troisième chapitre — À quel moment l’expiation efface-t-elle la violation du serment, et combien de violations efface-t-elle ?]

Quant au moment où l’expiation efface et fait disparaître la violation du serment, les juristes divergent à ce sujet. Al-Shāfi‘ī estime que l’expiation efface le péché, qu’elle soit accomplie après la violation du serment ou avant celle-ci. Abū Hanīfa considère que seule l’expiation accomplie après la violation du serment, et non avant, permet de l’effacer. Les deux avis ont été rapportés de Mālik.

Leur divergence tient à deux raisons.

La première est la différence entre les versions rapportées de cette parole du Prophète — sur lui la prière et le salut :

« Que celui qui prête serment, puis voit qu’une autre conduite est meilleure, adopte cette meilleure conduite et accomplisse l’expiation de son serment. »

Certains l’ont rapportée ainsi, tandis que d’autres ont rapporté :

« Qu’il accomplisse l’expiation de son serment et adopte la meilleure conduite. »

Le sens apparent de cette version est que l’expiation peut être accomplie avant la violation du serment ; celui de la seconde est qu’elle intervient après celle-ci.

La seconde raison est leur divergence sur la possibilité de s’acquitter valablement d’une obligation avant qu’elle ne devienne exigible. Il est en effet manifeste que l’expiation ne devient obligatoire qu’après la violation du serment, tout comme la zakat ne devient exigible qu’au terme de l’année.

On pourrait toutefois soutenir que l’expiation devient obligatoire dès lors que l’on veut violer son serment et que l’on s’y résout, comme pour l’expiation du zihār. La question ne relèverait alors pas de cette divergence.

Sur le plan du raisonnement, leur divergence tient à la question suivante : l’expiation efface-t-elle la violation du serment une fois commise, ou la prévient-elle ? Ceux qui estiment qu’elle la prévient permettent de l’accomplir avant la violation du serment. Ceux qui estiment qu’elle l’efface ne permettent de l’accomplir qu’après celle-ci.

Quant à la multiplication des expiations en fonction du nombre de serments, les juristes s’accordent, à ma connaissance, pour dire que celui qui prête un seul serment portant sur plusieurs choses différentes ne doit qu’une seule expiation. De même, il n’y a, me semble-t-il, aucune divergence entre eux sur le fait que, lorsqu’une personne prête plusieurs serments distincts portant sur une même chose, le nombre d’expiations dues correspond à celui des serments, comme lorsqu’elle prête plusieurs serments distincts portant sur plusieurs choses différentes.

Ils divergent toutefois au sujet de celui qui répète à de nombreuses reprises un serment portant exactement sur la même chose. Certains estiment qu’une seule expiation est due. D’autres considèrent qu’une expiation est due pour chaque serment, à moins que l’intention ne soit simplement de réaffirmer le premier : tel est l’avis de Mālik. D’autres encore estiment qu’une seule expiation est due, à moins que l’intention ne soit de renforcer la solennité du serment.

Leur divergence porte sur le critère qui impose plusieurs expiations : est-ce la diversité des serments par leur nature ou leur multiplicité numérique ? Ceux qui retiennent leur multiplicité numérique imposent une expiation pour chaque serment répété. Ceux qui retiennent leur diversité de nature considèrent que, dans ce cas, il n’y a qu’un seul serment.

Ils divergent également lorsqu’une personne prête un seul serment en invoquant plus de deux attributs d’Allah, le Très-Haut : doit-elle accomplir autant d’expiations que d’attributs mentionnés dans ce serment, ou une seule expiation ? Mālik estime que le nombre d’expiations dues pour ce serment correspond au nombre d’attributs. Ainsi, selon lui, celui qui jure par Celui qui entend tout, l’Omniscient, le Sage, doit accomplir trois expiations. D’autres disent : s’il entend

[الْفَصْلُ الثَّالِثُ مَتَى تَرْفَعُ الْكَفَّارَةُ الْحِنْثَ وَكَمْ تَرْفَعُ] ُ؟ وَأَمَّا مَتَى تَرْفَعُ الْكَفَّارَةُ الْحِنْثَ وَتَمْحُوهُ، فَإِنَّهُمُ اخْتَلَفُوا فِي ذَلِكَ، فَقَالَ الشَّافِعِيُّ: إِذَا كَفَرَ بَعْدَ الْحِنْثِ أَوْ قَبْلَهُ فَقَدِ ارْتَفَعَ الْإِثْمُ. وَقَالَ أَبُو حَنِيفَةَ: لَا يَرْتَفِعُ الْحِنْثُ إِلَّا بِالتَّكْفِيرِ الَّذِي يَكُونُ بَعْدَ الْحِنْثِ لَا قَبْلَهُ. وَرُوِيَ عَنْ مَالِكٍ فِي ذَلِكَ الْقَوْلَانِ جَمِيعًا. وَسَبَبُ اخْتِلَافِهِمْ شَيْئَانِ: أَحَدُهُمَا: اخْتِلَافُ الرِّوَايَةِ فِي قَوْلِهِ - عَلَيْهِ الصَّلَاةُ وَالسَّلَامُ -: «مَنْ حَلَفَ عَلَى يَمِينٍ فَرَأَى غَيْرَهَا خَيْرًا مِنْهَا فَلْيَأْتِ الَّذِي هُوَ خَيْرٌ، وَلْيُكَفِّرْ عَنْ يَمِينِهِ» . فَإِنَّ قَوْمًا رَوَوْهُ هَكَذَا، وَقَوْمٌ رَوَوْهُ: «فَلْيُكَفِّرْ عَنْ يَمِينِهِ وَلْيَأْتِ الَّذِي هُوَ خَيْرٌ» . وَظَاهِرُ هَذِهِ الرِّوَايَةِ أَنَّ الْكَفَّارَةَ تَجُوزُ قَبْلَ الْحِنْثِ، وَظَاهِرُ الثَّانِيَةِ أَنَّهَا بَعْدَ الْحِنْثِ. وَالسَّبَبُ الثَّانِي: اخْتِلَافُهُمْ فِي هَلْ يُجْزِي تَقْدِيمُ الْحَقِّ الْوَاجِبِ قَبْلَ وَقْتِ وُجُوبِهِ؟ لِأَنَّهُ مِنَ الظَّاهِرِ أَنَّ الْكَفَّارَةَ إِنَّمَا تَجِبُ بَعْدَ الْحِنْثِ، كَالزَّكَاةِ بَعْدَ الْحَوْلِ. وَلِقَائِلٍ أَنْ يَقُولَ: إِنَّ الْكَفَّارَةَ إِنَّمَا تَجِبُ بِإِرَادَةِ الْحِنْثِ وَالْعَزْمِ عَلَيْهِ كَالْحَالِ فِي كَفَّارَةِ الظِّهَارِ، فَلَا يَدْخُلُهُ الْخِلَافُ مِنْ هَذِهِ الْجِهَةِ. وَكَانَ سَبَبُ الْخِلَافِ مِنْ طَرِيقِ الْمَعْنَى هُوَ: هَلِ الْكَفَّارَةُ رَافِعَةٌ لِلْحِنْثِ إِذَا وَقَعَ، أَوْ مَانِعَةٌ لَهُ؟ فَمَنْ قَالَ: مَانِعَةٌ، أَجَازَ تَقْدِيمَهَا عَلَى الْحِنْثِ، وَمَنْ قَالَ: رَافِعَةٌ، لَمْ يُجِزْهَا إِلَّا بَعْدَ وُقُوعِهِ. وَأَمَّا تَعَدُّدُ الْكَفَّارَاتِ بِتَعَدُّدِ الْأَيْمَانِ: فَإِنَّهُمُ اتَّفَقُوا فِيمَا عَلِمْتُ أَنَّ مَنْ حَلَفَ عَلَى أُمُورٍ شَتَّى بِيَمِينٍ وَاحِدَةٍ أَنَّ كَفَّارَتَهُ كَفَّارَةُ يَمِينٍ وَاحِدَةٍ، وَكَذَلِكَ فِيمَا أَحْسَبُ لَا خِلَافَ بَيْنَهُمْ أَنَّهُ إِذَا حَلَفَ بِأَيْمَانٍ شَتَّى عَلَى شَيْءٍ وَاحِدٍ أَنَّ الْكَفَّارَاتِ الْوَاجِبَةَ فِي ذَلِكَ بِعَدَدِ الْأَيْمَانِ، كَالْحَالِفِ إِذَا حَلَفَ بِأَيْمَانٍ شَتَّى عَلَى أَشْيَاءَ شَتَّى. وَاخْتَلَفُوا إِذَا حَلَفَ عَلَى شَيْءٍ وَاحِدٍ بِعَيْنِهِ مِرَارًا كَثِيرَةً فَقَالَ قَوْمٌ: فِي ذَلِكَ كَفَّارَةُ يَمِينٍ وَاحِدَةٍ، وَقَالَ قَوْمٌ: فِي كُلِّ يَمِينٍ كَفَّارَةٌ، إِلَّا أَنْ يُرِيدَ التَّأْكِيدَ، وَهُوَ قَوْلُ مَالِكٍ. وَقَالَ قَوْمٌ: فِيهَا كَفَّارَةٌ وَاحِدَةٌ، إِلَّا أَنْ يُرِيدَ التَّغْلِيظَ. وَسَبَبُ اخْتِلَافِهِمْ هَلِ الْمُوجِبُ لِلتَّعَدُّدِ هُوَ تَعَدُّدُ الْأَيْمَانِ بِالْجِنْسِ أَوْ بِالْعَدَدِ؟ فَمَنْ قَالَ: اخْتِلَافُهَا بِالْعَدَدِ قَالَ: لِكُلِّ يَمِينٍ كَفَّارَةٌ إِذَا كَرَّرَ. وَمَنْ قَالَ اخْتِلَافُهَا بِالْجِنْسِ قَالَ: فِي هَذِهِ الْمَسْأَلَةِ يَمِينٌ وَاحِدَةٌ. وَاخْتَلَفُوا إِذَا حَلَفَ فِي يَمِينٍ وَاحِدَةٍ بِأَكْثَرَ مِنْ صِفَتَيْنِ مِنْ صِفَاتِ اللَّهِ تَعَالَى، هَلْ تُعَدَّدُ الْكَفَّارَاتُ بِتَعَدُّدِ الصِّفَاتِ الَّتِي تَضَمَّنَتِ الْيَمِينُ أَمْ فِي ذَلِكَ كَفَّارَةٌ وَاحِدَةٌ؟ فَقَالَ مَالِكٌ: الْكَفَّارَةُ فِي هَذِهِ الْيَمِينِ مُتَعَدِّدَةٌ بِتَعَدُّدِ الصِّفَاتِ. فَمَنْ حَلَفَ بِالسَّمِيعِ الْعَلِيمِ الْحَكِيمِ كَانَ عَلَيْهِ ثَلَاثُ كَفَّارَاتٍ عِنْدَهُ. وَقَالَ قَوْمٌ: إِنْ أَرَادَ

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