Bidayat al-MujtahidIbn Rushd

Cette divergence tient, elle aussi, à l’assimilation de la contribution de l’armée à l’acquisition du butin par le détachement à celle des hommes qui ont effectivement participé au combat, à savoir ceux du détachement. Ainsi, selon la majorité, le combattant n’a droit à une part du butin que si l’une des deux conditions suivantes est remplie : avoir assisté au combat ou avoir servi de soutien à ceux qui y ont assisté.

Quant au nombre de parts revenant au combattant, les savants ont divergé au sujet du cavalier. La majorité lui attribue trois parts : une pour lui et deux pour son cheval. Abū Hanīfa lui en attribue deux : une pour son cheval et une pour lui.

Leur divergence tient à la différence entre les récits transmis et à l’opposition entre le raisonnement par analogie et le récit transmis. En effet, Abū Dāwūd rapporte d’après Ibn ‘Umar :

« Le Prophète — qu’Allah prie sur lui et le salue — attribua à un homme et à son cheval trois parts : deux pour le cheval et une pour son cavalier. »

Il rapporte également, d’après Mujammi‘ ibn Hāritha al-Ansārī, un récit conforme à l’avis d’Abū Hanīfa.

Quant au raisonnement par analogie opposé au sens apparent du hadith d’Ibn ‘Umar, il consiste à objecter que la part du cheval serait supérieure à celle de l’homme. C’est sur ce raisonnement qu’Abū Hanīfa s’est appuyé pour privilégier le hadith qui lui est conforme plutôt que celui qui le contredit. Or, ce raisonnement est sans valeur : la part attribuée au cheval revient en réalité à l’homme, c’est-à-dire au cavalier, en raison de sa monture. Il n’est nullement invraisisemblable que la contribution d’un cavalier monté soit, à la guerre, trois fois supérieure à celle d’un fantassin ; peut-être est-ce même nécessairement le cas. De plus, le hadith d’Ibn ‘Umar est plus solidement établi.

Quant à ce que le combattant peut prendre du butin avant son partage, les musulmans s’accordent sur l’interdiction de s’en approprier frauduleusement une partie, en raison des paroles établies du Messager d’Allah — qu’Allah prie sur lui et le salue — à ce sujet, telles que celle-ci :

« Remets le fil et l’aiguille, car le détournement du butin vaudra à ses auteurs honte et déshonneur au Jour de la Résurrection. »

D’autres récits encore ont été transmis à ce sujet.

Ils ont toutefois divergé sur la permission, pour les combattants, de consommer les vivres tant qu’ils se trouvent sur le territoire où ils mènent leur campagne. La majorité l’autorise, tandis que certains l’interdisent ; telle est la position d’Ibn Shihāb. Leur divergence tient à l’opposition entre les récits interdisant le détournement du butin et ceux autorisant la consommation des vivres, rapportés d’après Ibn ‘Umar, Ibn al-Mughaffal et Ibn Abī Awfā. Ceux qui ont considéré que ces derniers récits restreignaient la portée générale des hadiths interdisant le détournement du butin ont autorisé les combattants à consommer les vivres. Ceux qui ont donné la prépondérance aux hadiths interdisant ce détournement ne l’ont pas autorisé.

Voici le hadith d’Ibn Mughaffal :

« Le jour de Khaybar, je pris un sac de graisse et me dis : “Je n’en donnerai rien.” Je me retournai alors et vis le Messager d’Allah — qu’Allah prie sur lui et le salue — qui souriait. »

Ce hadith est rapporté par al-Bukhārī et Muslim.

وَالسَّبَبُ أَيْضًا فِي هَذَا الِاخْتِلَافِ هُوَ تَشْبِيهُ تَأْثِيرِ الْعَسْكَرِ فِي غَنِيمَةِ السَّرِيَّةِ بِتَأْثِيرِ مَنْ حَضَرَ الْقِتَالَ بِهَا، وَهُمْ أَهْلُ السَّرِيَّةِ، فَإِذَنِ الْغَنِيمَةُ إِنَّمَا تَجِبُ عِنْدَ الْجُمْهُورِ لِلْمُجَاهِدِ بِأَحَدِ شَرْطَيْنِ: إِمَّا أَنْ يَكُونَ مِمَّنْ حَضَرَ الْقِتَالَ، وَإِمَّا أَنْ يَكُونَ رِدْءًا لِمَنْ حَضَرَ الْقِتَالَ. وَأَمَّا كَمْ يَجِبُ لِلْمُقَاتِلِ؟ فَإِنَّهُمُ اخْتَلَفُوا فِي الْفَارِسِ فَقَالَ الْجُمْهُورُ: لِلْفَارِسِ ثَلَاثَةُ أَسْهُمٍ: سَهْمٌ لَهُ، وَسَهْمَانِ لِفَرَسِهِ. وَقَالَ أَبُو حَنِيفَةَ: لِلْفَارِسِ سَهْمَانِ: سَهْمٌ لِفَرَسِهِ، وَسَهْمٌ لَهُ. وَالسَّبَبُ فِي اخْتِلَافِهِمْ اخْتِلَافُ الْآثَارِ وَمُعَارَضَةُ الْقِيَاسِ لِلْأَثَرِ، وَذَلِكَ أَنَّ أَبَا دَاوُدَ خَرَّجَ عَنِ ابْنِ عُمَرَ «أَنَّ النَّبِيَّ - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ - أَسْهَمَ لِرَجُلٍ وَفَرَسِهِ ثَلَاثَةَ أَسْهُمٍ: سَهْمَانِ لِلْفَرَسِ، وَسَهْمٌ لِرَاكِبِهِ» ". وَخَرَّجَ أَيْضًا عَنْ مُجَمِّعِ بْنِ حَارِثَةَ الْأَنْصَارِيِّ مِثْلَ قَوْلِ أَبِي حَنِيفَةَ. وَأَمَّا الْقِيَاسُ الْمُعَارِضُ لِظَاهِرِ حَدِيثِ ابْنِ عُمَرَ فَهُوَ أَنْ يَكُونَ سَهْمُ الْفَرَسِ أَكْبَرَ مِنْ سَهْمِ الْإِنْسَانِ. هَذَا الَّذِي اعْتَمَدَهُ أَبُو حَنِيفَةَ فِي تَرْجِيحِ الْحَدِيثِ الْمُوَافِقِ لِهَذَا الْقِيَاسِ عَلَى الْحَدِيثِ الْمُخَالِفِ لَهُ، وَهَذَا الْقِيَاسُ لَيْسَ بِشَيْءٍ؛ لِأَنَّ سَهْمَ الْفَرَسِ إِنَّمَا اسْتَحَقَّهُ الْإِنْسَانُ الَّذِي هُوَ الْفَارِسُ بِالْفَرَسِ، وَغَيْرُ بَعِيدٍ أَنْ يَكُونَ تَأْثِيرُ الْفَارِسِ بِالْفَرَسِ فِي الْحَرْبِ ثَلَاثَةَ أَضْعَافِ تَأْثِيرِ الرَّاجِلِ، بَلْ لَعَلَّهُ وَاجِبٌ، مَعَ أَنَّ حَدِيثَ ابْنِ عُمَرَ أَثْبَتُ. وَأَمَّا مَا يَجُوزُ لِلْمُجَاهِدِ أَنْ يَأْخُذَ مِنَ الْغَنِيمَةِ قَبْلَ الْقَسْمِ فَإِنَّ الْمُسْلِمِينَ اتَّفَقُوا عَلَى تَحْرِيمِ الْغُلُولِ؛ لِمَا ثَبَتَ فِي ذَلِكَ عَنْ رَسُولِ اللَّهِ - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ -، مِثْلَ قَوْلِهِ - عَلَيْهِ الصَّلَاةُ وَالسَّلَامُ -: «أَدِّ الْخَيْطَ وَالْمَخِيطَ؛ فَإِنَّ الْغُلُولَ عَارٌ وَشَنَارٌ عَلَى أَهْلِهِ يَوْمَ الْقِيَامَةِ» . إِلَى غَيْرِ ذَلِكَ مِنَ الْآثَارِ الْوَارِدَةِ فِي هَذَا الْبَابِ. وَاخْتَلَفُوا فِي إِبَاحَةِ الطَّعَامِ لِلْغُزَاةِ مَا دَامُوا فِي أَرْضِ الْغَزْوِ، فَأَبَاحَ ذَلِكَ الْجُمْهُورُ، وَمَنَعَ مِنْ ذَلِكَ قَوْمٌ، وَهُوَ مَذْهَبُ ابْنِ شِهَابٍ. وَالسَّبَبُ فِي اخْتِلَافِهِمْ مُعَارَضَةُ الْآثَارِ الَّتِي جَاءَتْ فِي تَحْرِيمِ الْغُلُولِ لِلْآثَارِ الْوَارِدَةِ فِي إِبَاحَةِ أَكْلِ الطَّعَامِ مِنْ حَدِيثِ ابْنِ عُمَرَ، وَابْنِ الْمُغَفَّلِ وَحَدِيثِ ابْنِ أَبِي أَوْفَى. فَمَنْ خَصَّصَ أَحَادِيثَ تَحْرِيمِ الْغُلُولِ بِهَذِهِ أَجَازَ أَكْلَ الطَّعَامِ لِلْغُزَاةِ، وَمَنْ رَجَّحَ أَحَادِيثَ تَحْرِيمِ الْغُلُولِ عَلَى هَذَا لَمْ يُجِزْ ذَلِكَ. وَحَدِيثُ ابْنِ مُغَفَّلٍ هُوَ قَالَ: «أَصَبْتُ جِرَابَ شَحْمٍ يَوْمَ خَيْبَرَ، فَقُلْتُ: لَا أُعْطِي مِنْهُ شَيْئًا، فَالْتَفَتُّ فَإِذَا رَسُولُ اللَّهِ - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ - يَبْتَسِمُ» خَرَّجَهُ الْبُخَارِيُّ وَمُسْلِمٌ.

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