Bidayat al-MujtahidIbn Rushd

[Chapitre cinquième : L’effectif ennemi devant lequel il n’est pas permis de fuir]

L’effectif ennemi devant lequel il n’est pas permis de fuir est le double de celui des musulmans. Cela fait l’objet d’un consensus, en raison de cette parole du Très-Haut :

« Maintenant, Allah vous a allégé la tâche, et Il sait qu’il y a en vous de la faiblesse. » [al-Anfāl : 66], jusqu’à la fin du verset.

Ibn al-Mājishūn estime toutefois — et rapporte également cet avis de Mālik — que ce rapport du double s’apprécie en force et non en nombre. Un homme peut ainsi fuir devant un seul adversaire si celui-ci possède un cheval de plus noble race, de meilleures armes et une plus grande force.

[Chapitre sixième : La permission de conclure une trêve]

Quant à la permission de conclure une trêve, certains l’admettent d’emblée, sans motif particulier, si l’imam y voit un intérêt pour les musulmans. D’autres ne l’admettent que lorsqu’une nécessité l’impose aux musulmans, en raison de troubles ou d’autres circonstances. Cette trêve peut être conclue en échange de biens reçus des mécréants, sans que ce versement relève du régime de la jizya : celle-ci ne peut en effet être prélevée sur eux qu’à condition qu’ils soient soumis à l’application des règles des musulmans. La trêve peut aussi être conclue sans rien recevoir d’eux.

Al-Awzā‘ī permettait à l’imam de conclure un accord de paix avec les mécréants moyennant des biens que les musulmans leur verseraient, si des troubles ou quelque autre nécessité l’exigeaient.

Al-Shāfi‘ī a dit : « Les musulmans ne doivent rien donner aux mécréants, à moins de craindre d’être anéantis en raison du grand nombre de leurs ennemis et de leur propre faiblesse numérique, ou d’une épreuve qui les frappe. »

Parmi ceux qui permettent de conclure la paix lorsque l’imam y voit un intérêt figurent Mālik, al-Shāfi‘ī et Abū Hanīfa. Toutefois, al-Shāfi‘ī ne permet pas de conclure un accord pour une durée supérieure à celle de l’accord passé par le Messager d’Allah — qu’Allah prie sur lui et le salue — avec les mécréants l’année d’al-Hudaybiya.

Leur divergence sur la permission de conclure la paix sans nécessité tient à l’opposition entre le sens apparent de ces paroles du Très-Haut :

« Lorsque les mois sacrés seront écoulés, tuez les polythéistes où que vous les trouviez. » [al-Tawba : 5]

et :

« Combattez ceux qui ne croient ni en Allah ni au Jour dernier. » [al-Tawba : 29]

et cette autre parole du Très-Haut :

« S’ils inclinent à la paix, incline toi aussi vers elle et place ta confiance en Allah. C’est Lui qui entend tout et sait tout. » [al-Anfāl : 61]

Ceux qui considèrent que le verset ordonnant de les combattre jusqu’à ce qu’ils embrassent l’islam ou versent la jizya abroge le verset relatif à la paix disent : « Il n’est permis de conclure la paix qu’en cas de nécessité. »

Ceux qui considèrent que le verset relatif à la paix restreint la portée du premier disent : « La paix est permise lorsque l’imam le juge opportun. » Ils appuient cette interprétation sur la pratique du Prophète — qu’Allah prie sur lui et le salue —, car l’accord de paix qu’il conclut l’année d’al-Hudaybiya ne répondait pas à une nécessité.

Quant à al-Shāfi‘ī, il considère que la règle de principe est l’ordre de les combattre jusqu’à ce qu’ils embrassent l’islam ou versent la jizya, et que la pratique du Prophète — sur lui la prière et le salut — lors d’al-Hudaybiya constitue une exception à cette règle. Il estime donc qu’on ne peut dépasser la durée pour laquelle le Messager d’Allah — qu’Allah prie sur lui et le salue — avait conclu cet accord. Or, cette durée fait l’objet de divergences : selon certains, elle était de quatre ans ; selon d’autres, de trois ans ; selon d’autres encore, de dix ans. C’est ce dernier avis qu’adopte al-Shāfi‘ī.

Quant à ceux qui permettent aux musulmans de conclure un accord de paix avec les polythéistes moyennant des biens qu’ils leur versent, lorsque des troubles ou quelque autre nécessité l’exigent, ils s’appuient sur le récit selon lequel : « Il avait — que soient sur lui

[الْفَصْلُ الْخَامِسُ فِي مَعْرِفَةِ الْعَدَدِ الَّذِينَ لَا يَجُوزُ الْفِرَارُ عَنْهُمْ] وَأَمَّا مَعْرِفَةُ الْعَدَدِ الَّذِينَ لَا يَجُوزُ الْفِرَارُ عَنْهُمْ فَهُمُ الضِّعْفُ، وَذَلِكَ مَجْمَعٌ عَلَيْهِ؛ لِقَوْلِهِ تَعَالَى: {الآنَ خَفَّفَ اللَّهُ عَنْكُمْ وَعَلِمَ أَنَّ فِيكُمْ ضَعْفًا} [الأنفال: ٦٦] الْآيَةَ. وَذَهَبَ ابْنُ الْمَاجِشُونِ، وَرَوَاهُ عَنْ مَالِكٍ أَنَّ الضِّعْفَ إِنَّمَا يُعْتَبَرُ فِي الْقُوَّةِ لَا فِي الْعَدَدِ، وَأَنَّهُ يَجُوزُ أَنْ يَفِرَّ الْوَاحِدُ عَنْ وَاحِدِ إِذَا كَانَ أَعْتَقَ جَوَادًا مِنْهُ وَأَجْوَدَ سِلَاحًا وَأَشَدَّ قُوَّةً. [الْفَصْلُ السَّادِسُ فِي جَوَازِ الْمُهَادِنَةِ] فَأَمَّا هَلْ تَجُوزُ الْمُهَادَنَةُ فَإِنَّ قَوْمًا أَجَازُوهَا ابْتِدَاءً مِنْ غَيْرِ سَبَبٍ إِذَا رَأَى ذَلِكَ الْإِمَامُ مُصْلِحَةً لِلْمُسْلِمِينَ. وَقَوْمٌ لَمْ يُجِيزُوهَا إِلَّا لِمَكَانِ الضَّرُورَةِ الدَّاعِيَةِ لِأَهْلِ الْإِسْلَامِ مِنْ فِتْنَةٍ أَوْ غَيْرِ ذَلِكَ؛ إِمَّا بِشَيْءٍ يَأْخُذُونَهُ مِنْهُمْ لَا عَلَى حُكْمِ الْجِزْيَةِ؛ إِذْ كَانَتِ الْجِزْيَةُ إِنَّمَا شَرْطُهَا أَنْ تُؤْخَذَ مِنْهُمْ، وَهُمْ بِحَيْثُ تَنْفُذُ عَلَيْهِمْ أَحْكَامُ الْمُسْلِمِينَ. وَإِمَّا بِلَا شَيْءٍ يَأْخُذُونَهُ مِنْهُمْ. وَكَانَ الْأَوْزَاعِيُّ يُجِيزُ أَنْ يُصَالِحَ الْإِمَامُ الْكُفَّارَ عَلَى شَيْءٍ يَدْفَعُهُ الْمُسْلِمُونَ إِلَى الْكُفَّارِ إِذَا دَعَتْ إِلَى ذَلِكَ ضَرُورَةٌ فِتْنَةٌ أَوْ غَيْرُ ذَلِكَ مِنَ الضَّرُورَاتِ. وَقَالَ الشَّافِعِيُّ: لَا يُعْطِي الْمُسْلِمُونَ الْكُفَّارَ شَيْئًا إِلَّا أَنْ يَخَافُوا أَنْ يُصْطَلَمُوا لِكَثْرَةِ الْعَدُوِّ وَقِلَّتِهِمْ، أَوْ لِمِحْنَةٍ نَزَلَتْ بِهِمْ. وَمِمَّنْ قَالَ بِإِجَازَةِ الصُّلْحِ إِذَا رَأَى الْإِمَامُ ذَلِكَ مَصْلَحَةً مَالِكٌ وَالشَّافِعِيُّ وَأَبُو حَنِيفَةَ، إِلَّا أَنَّ الشَّافِعِيَّ لَا يَجُوزُ عِنْدَهُ الصُّلْحُ لِأَكْثَرَ مِنَ الْمُدَّةِ الَّتِي صَالَحَ عَلَيْهَا رَسُولُ اللَّهِ - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ - الْكُفَّارَ عَامَ الْحُدَيْبِيَةِ. وَسَبَبُ اخْتِلَافِهِمْ فِي جَوَازِ الصُّلْحِ مِنْ غَيْرِ ضَرُورَةٍ مُعَارَضَةُ ظَاهِرِ قَوْله تَعَالَى: {فَإِذَا انْسَلَخَ الأَشْهُرُ الْحُرُمُ فَاقْتُلُوا الْمُشْرِكِينَ حَيْثُ وَجَدْتُمُوهُمْ} [التوبة: ٥] ، وقَوْله تَعَالَى: {قَاتِلُوا الَّذِينَ لا يُؤْمِنُونَ بِاللَّهِ وَلا بِالْيَوْمِ الآخِرِ} [التوبة: ٢٩] ؛ لِقَوْلِهِ تَعَالَى: {وَإِنْ جَنَحُوا لِلسَّلْمِ فَاجْنَحْ لَهَا وَتَوَكَّلْ عَلَى اللَّهِ إِنَّهُ هُوَ السَّمِيعُ الْعَلِيمُ} [الأنفال: ٦١] . فَمَنْ رَأَى أَنَّ آيَةَ الْأَمْرِ بِالْقِتَالِ حَتَّى يُسْلِمُوا أَوْ يُعْطُوا الْجِزْيَةَ نَاسِخَةٌ لِآيَةِ الصُّلْحِ - قَالَ: لَا يَجُوزُ الصُّلْحُ إِلَّا مِنْ ضَرُورَةٍ. وَمَنْ رَأَى أَنَّ آيَةَ الصُّلْحِ مُخَصِّصَةٌ لِتِلْكَ قَالَ: الصُّلْحُ جَائِزٌ إِذَا رَأَى ذَلِكَ الْإِمَامُ، وَعَضَّدَ تَأْوِيلَهُ بِفِعْلِهِ ذَلِكَ - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ -، وَذَلِكَ أَنَّ صُلْحَهُ - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ - عَامَ الْحُدَيْبِيَةِ لَمْ يَكُنْ لِمَوْضِعِ الضَّرُورَةِ. وَأَمَّا الشَّافِعِيُّ فَلَمَّا كَانَ الْأَصْلُ عِنْدَهُ الْأَمْرَ بِالْقِتَالِ حَتَّى يُسْلِمُوا أَوْ يُعْطُوا الْجِزْيَةَ، وَكَانَ هَذَا مُخَصَّصًا عِنْدَهُ بِفِعْلِهِ - عَلَيْهِ الصَّلَاةُ وَالسَّلَامُ - عَامَ الْحُدَيْبِيَةِ - لَمْ يَرَ أَنْ يُزَادَ عَلَى الْمُدَّةِ الَّتِي صَالَحَ عَلَيْهَا رَسُولُ اللَّهِ - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ -. وَقَدِ اخْتَلَفَ فِي هَذِهِ الْمُدَّةِ، فَقِيلَ: كَانَتْ أَرْبَعَ سِنِينَ، وَقِيلَ: ثَلَاثًا، وَقِيلَ: عَشْرُ سِنِينَ. وَبِذَلِكَ قَالَ الشَّافِعِيُّ. وَأَمَّا مَنْ أَجَازَ أَنْ يُصَالِحَ الْمُسْلِمُونَ الْمُشْرِكِينَ بِأَنْ يُعْطِيَ لَهُمُ الْمُسْلِمُونَ شَيْئًا إِذَا دَعَتْ إِلَى ذَلِكَ ضَرُورَةٌ فِتْنَةٌ أَوْ غَيْرُهَا، فَمَصِيرًا إِلَى مَا رُوِيَ " أَنَّهُ كَانَ - عَلَيْهِ

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