Bidayat al-MujtahidIbn Rushd

Al-Shāfi‘ī dit : « Il ne doit nourrir que les pauvres de La Mecque. »

Les savants sont unanimes à reconnaître que celui qui tue du gibier en état de sacralisation doit une compensation, en vertu du texte explicite à ce sujet. Ils divergent toutefois sur le cas de celui qui, sans être en état de sacralisation, tue du gibier dans le territoire sacré. La majorité des juristes des grandes cités estime qu’une compensation lui incombe. Dāwūd et ses disciples considèrent qu’il n’en doit aucune.

Les musulmans ne divergent pas sur l’interdiction de tuer du gibier dans le territoire sacré, mais seulement sur l’expiation. Cette interdiction repose sur cette parole du Très-Haut :

« Ne voient-ils pas que Nous avons établi un sanctuaire sûr ? » [Al-‘Ankabūt : 67]

Elle repose aussi sur cette parole du Messager d’Allah — qu’Allah le couvre d’éloges et lui accorde le salut — :

« Allah a rendu La Mecque sacrée le jour où Il a créé les cieux et la terre. »

La majorité des juristes des grandes cités estime que celui qui tue du gibier en état de sacralisation, puis en mange, ne doit qu’une seule expiation. On rapporte de ‘Atā’ et d’un groupe de savants qu’il en doit deux.

Telles sont les principales questions relatives à ce verset.

Quant aux raisons qui ont conduit à ces divergences, nous en évoquerons quelques-unes.

Ceux qui subordonnent l’obligation de la compensation au caractère délibéré de la mise à mort font valoir que cette condition est expressément énoncée dans le verset. En outre, c’est le caractère délibéré de l’acte qui justifie le châtiment, et les expiations constituent une forme de châtiment.

Ceux qui imposent une compensation même en cas d’oubli n’ont d’autre argument que d’assimiler la compensation due pour la destruction du gibier à la réparation des dommages causés aux biens. En effet, selon la majorité, ces dommages doivent être réparés même lorsqu’ils résultent d’une erreur ou d’un oubli. Toutefois, cette analogie se heurte à la condition qui subordonne l’obligation de la compensation au caractère délibéré de l’acte. Certains ont répondu que cette condition n’avait été posée qu’en raison du châtiment mentionné dans cette parole du Très-Haut :

« Afin qu’il goûte les conséquences funestes de son acte. » [Al-Mā’ida : 95]

Mais cette réponse est dépourvue de sens : les conséquences funestes qu’il subit consistent précisément dans la charge pécuniaire qui lui est imposée. Qu’il ait tué le gibier par erreur ou délibérément, il les a donc subies. Or, nul ne conteste que celui qui agit par oubli n’encourt pas de châtiment. Cette objection s’impose surtout à celui qui pose en principe que les expiations ne peuvent être établies par analogie, puisque ceux qui les imposent en cas d’oubli n’ont d’autre preuve que l’analogie.

Quant à leur divergence sur le sens du terme « équivalent » — désigne-t-il une bête ressemblante ou une équivalence de valeur ? —, elle tient au fait que ce terme s’emploie aussi bien pour ce qui est semblable que pour ce qui est de même valeur. Toutefois, du point de vue de la signification du terme, l’argument de ceux qui retiennent la ressemblance est plus fort : dans la langue arabe, le mot « équivalent » désigne plus manifestement ce qui ressemble que ce qui possède une valeur égale. Ceux qui l’interprètent ici comme une équivalence de valeur ont néanmoins plusieurs arguments qui les ont conduits à cette interprétation. Le premier est que l’équivalence est expressément mentionnée à propos de la nourriture et du jeûne.

En outre, si l’on entend ici par « équivalent » une équivalence de valeur, la prescription s’applique à tous les gibiers, car certains n’ont pas de bête qui leur ressemble. De plus, lorsqu’une chose n’a pas de semblable, son équivalent ne peut être déterminé que par une estimation. Or, à proprement parler, l’animal chassé n’a de semblable qu’au sein de sa propre espèce, tandis que le texte précise que l’équivalent exigé appartient à une autre espèce. Il faut donc que cette équivalence porte sur l’estimation et la valeur. Enfin, la question de la bête ressemblante a déjà été tranchée.

En revanche, le jugement fondé sur l’estimation de la valeur varie selon les époques. C’est pourquoi il nécessite, à chaque fois, l’intervention des deux arbitres mentionnés dans le texte. Selon cette interprétation, on peut restituer le sens du verset en des termes analogues, comme s’il était dit : « Quiconque parmi vous le tue délibérément devra acquitter, en bêtes de troupeau, la valeur de ce qu’il a tué, ou l’équivalent de cette valeur en nourriture, ou l’équivalent de cela en jeûne. »

وَقَالَ الشَّافِعِيُّ: لَا يُطْعِمُ إِلَّا مَسَاكِينَ مَكَّةَ. وَأَجْمَعَ الْعُلَمَاءُ عَلَى أَنَّ الْمُحْرِمَ إِذَا قَتَلَ الصَّيْدَ أَنَّ عَلَيْهِ الْجَزَاءَ ; لِلنَّصِّ فِي ذَلِكَ. وَاخْتَلَفُوا فِي الْحَلَالِ يَقْتُلُ الصَّيْدَ فِي الْحَرَمِ فَقَالَ جُمْهُورُ فُقَهَاءِ الْأَمْصَارِ: عَلَيْهِ الْجَزَاءُ. وَقَالَ دَاوُدُ وَأَصْحَابُهُ: لَا جَزَاءَ عَلَيْهِ. وَلَمْ يَخْتَلِفِ الْمُسْلِمُونَ فِي تَحْرِيمِ قَتْلِ الصَّيْدِ فِي الْحَرَمِ، وَإِنَّمَا اخْتَلَفُوا فِي الْكَفَّارَةِ وَذَلِكَ؛ لِقَوْلِهِ سُبْحَانَهُ: {أَوَلَمْ يَرَوْا أَنَّا جَعَلْنَا حَرَمًا آمِنًا} [العنكبوت: ٦٧] . وَقَوْلِ رَسُولِ اللَّهِ - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ -: «إِنَّ اللَّهَ حَرَّمَ مَكَّةَ يَوْمَ خَلَقَ السَّمَاوَاتِ وَالْأَرْضَ» . وَجُمْهُورُ فُقَهَاءِ الْأَمْصَارِ عَلَى أَنَّ الْمُحْرِمَ إِذَا قَتَلَ الصَّيْدَ وَأَكَلَهُ أَنَّهُ لَيْسَ عَلَيْهِ إِلَّا كَفَّارَةٌ وَاحِدَةٌ. وَرُوِيَ عَنْ عَطَاءٍ وَطَائِفَةٍ أَنَّ فِيهِ كَفَارَّتَيْنِ. فَهَذِهِ هِيَ مَشْهُورَاتُ الْمَسَائِلِ الْمُتَعَلِّقَةِ بِهَذِهِ الْآيَةِ. وَأَمَّا الْأَسْبَابُ الَّتِي دَعَتْهُمْ إِلَى هَذَا الِاخْتِلَافِ فَنَحْنُ نُشِيرُ إِلَى طَرَفٍ مِنْهَا فَنَقُولُ: أَمَّا مَنِ اشْتَرَطَ فِي وُجُوبِ الْجَزَاءِ أَنْ يَكُونَ الْقَتْلُ عَمْدًا فَحُجَّتُهُ أَنَّ اشْتِرَاطَ ذَلِكَ نَصٌّ فِي الْآيَةِ، وَأَيْضًا فَإِنَّ الْعَمْدَ هُوَ الْمُوجِبُ لِلْعِقَابِ، وَالْكَفَّارَاتِ عِقَابٌ مَا. وَأَمَّا مَنْ أَوْجَبَ الْجَزَاءَ مَعَ النِّسْيَانِ فَلَا حُجَّةَ لَهُ، إِلَّا أَنْ يُشَبِّهَ الْجَزَاءَ عِنْدَ إِتْلَافِ الصَّيْدِ بِإِتْلَافِ الْأَمْوَالِ؛ فَإِنَّ الْأَمْوَالَ عِنْدَ الْجُمْهُورِ تُضَمَّنُ خَطَأً وَنَسِيَانًا. لَكِنْ يُعَارِضُ هَذَا الْقِيَاسَ اشْتِرَاطُ الْعَمْدِ فِي وُجُوبِ الْجَزَاءِ، فَقَدْ أَجَابَ بَعْضُهُمْ عَنْ هَذَا - أَيِ الْعَمْدِ - إِنَّمَا اشْتَرَطَ؛ لِمَكَانِ تَعَلُّقِ الْعِقَابِ الْمَنْصُوصِ عَلَيْهِ فِي قَوْلِهِ: {لِيَذُوقَ وَبَالَ أَمْرِهِ} [المائدة: ٩٥] . وَذَلِكَ لَا مَعْنَى لَهُ ; لِأَنَّ الْوَبَالَ الْمَذُوقَ هُوَ فِي الْغَرَامَةِ، فَسَوَاءٌ قَتَلَهُ مُخْطِئًا أَوْ مُتَعَمِّدًا قَدْ ذَاقَ الْوَبَالَ، وَلَا خِلَافَ أَنَّ النَّاسِيَ غَيْرُ مُعَاقَبٍ. وَأَكْثَرُ مَا تَلْزَمُ هَذِهِ الْحُجَّةُ لِمَنْ كَانَ مِنْ أَصْلِهِ أَنَّ الْكَفَّارَاتِ لَا تَثْبُتُ بِالْقِيَاسِ، فَإِنَّهُ لَا دَلِيلَ لِمَنْ أَثْبَتَهَا عَلَى النَّاسِي إِلَّا الْقِيَاسُ. وَأَمَّا اخْتِلَافُهُمْ فِي الْمِثْلِ: هَلْ هُوَ الشَّبِيهُ؟ أَوِ الْمِثْلُ فِي الْقِيمَةِ؟ فَإِنَّ سَبَبَ الِاخْتِلَافِ أَنَّ الْمِثْلَ يُقَالُ عَلَى الَّذِي هُوَ مِثْلٌ، وَعَلَى الَّذِي هُوَ مِثْلٌ فِي الْقِيمَةِ، لَكِنَّ حُجَّةَ مَنْ رَأَى أَنَّ الشَّبِيهَ أَقْوَى مِنْ جِهَةِ دَلَالَةِ اللَّفْظِ أَنَّ انْطِلَاقَ لَفْظِ الْمِثْلِ عَلَى الشَّبِيهِ فِي لِسَانِ الْعَرَبِ أَظْهَرُ، وَأَظْهَرُ مِنْهُ عَلَى الْمِثْلِ فِي الْقِيمَةِ، لَكِنْ لِمَنْ حَمَلَ هَا هُنَا الْمِثْلَ عَلَى الْقِيمَةِ دَلَائِلُ حَرَّكَتْهُ إِلَى اعْتِقَادِ ذَلِكَ، أَحَدُهَا أَنَّ الْمِثْلَ الَّذِي هُوَ الْعَدْلُ هُوَ مَنْصُوصٌ عَلَيْهِ فِي الْإِطْعَامِ وَالصِّيَامِ. وَأَيْضًا فَإِنَّ الْمِثْلَ إِذَا حُمِلَ هَا هُنَا عَلَى التَّعْدِيلِ كَانَ عَامًّا فِي جَمِيعِ الصَّيْدِ، فَإِنَّ مِنَ الصَّيْدِ مَا لَا يُلْقَى لَهُ شَبِيهٌ. وَأَيْضًا فَإِنَّ الْمِثْلَ فِيمَا لَا يُوجَدُ لَهُ شَبِيهٌ هُوَ التَّعْدِيلُ، وَلَيْسَ يُوجَدُ لِلْحَيَوَانِ الْمَصِيدِ فِي الْحَقِيقَةِ شَبِيهٌ إِلَّا مِنْ جِنْسِهِ، وَقَدْ نَصَّ أَنَّ الْمِثْلَ الْوَاجِبَ فِيهِ هُوَ مِنْ غَيْرِ جِنْسِهِ، فَوَجَبَ أَنْ يَكُونَ مِثْلَهُ فِي التَّعْدِيلِ وَالْقِيمَةِ. وَأَيْضًا فَإِنَّ الْحُكْمَ فِي الشَّبِيهِ قَدْ فُرِغَ مِنْهُ. فَأَمَّا الْحُكْمُ بِالتَّعْدِيلِ فَهُوَ شَيْءٌ يَخْتَلِفُ بِاخْتِلَافِ الْأَوْقَاتِ، وَلِذَلِكَ هُوَ كُلُّ وَقْتٍ يَحْتَاجُ إِلَى الْحَكَمَيْنِ الْمَنْصُوصِ عَلَيْهِمَا. وَعَلَى هَذَا، يَأْتِي التَّقْدِيرُ فِي الْآيَةِ بِمُشَابِهٍ، فَكَأَنَّهُ قَالَ: وَمَنْ قَتَلَهُ مِنْكُمْ مُتَعَمِّدًا فَعَلَيْهِ قِيمَةُ مَا قَتَلَ مِنَ النَّعَمِ، أَوْ عَدْلُ الْقِيمَةِ طَعَامًا، أَوْ عَدْلُ ذَلِكَ صِيَامًا.

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