Quatrième question : le fait de toucher son sexe
Les savants ont adopté trois positions à ce sujet.
Certains estiment que ce contact impose de refaire les ablutions, quelle que soit la manière dont il a lieu. C’est la position d’al-Shāfi‘ī et de ses disciples, d’Ahmad et de Dāwūd. D’autres considèrent qu’il n’impose en aucun cas de refaire les ablutions : c’est la position d’Abū Hanīfa et de ses disciples. Chacun de ces deux groupes trouve des précédents parmi les Compagnons et leurs Successeurs.
D’autres encore distinguent selon les circonstances dans lesquelles ce contact a lieu. Ils se répartissent eux-mêmes en plusieurs groupes : certains font dépendre le jugement du plaisir ressenti ou non ; d’autres, du fait que le contact s’effectue ou non avec la paume de la main. Les premiers imposent de refaire les ablutions lorsque le contact s’accompagne de plaisir, mais non en son absence. De même, certains l’imposent lorsque le contact s’effectue avec la paume, mais non avec le dos de la main. Ces deux critères sont rapportés des disciples de Mālik. Il semble que la prise en compte de la paume revienne à tenir compte de ce qui peut susciter le plaisir.
Certains distinguent entre le geste intentionnel et celui accompli par oubli : ils imposent de refaire les ablutions dans le premier cas, mais non dans le second. Cette position est rapportée de Mālik ; c’est également celle de Dāwūd et de ses disciples.
D’autres considèrent que refaire les ablutions après avoir touché son sexe est recommandé, et non obligatoire. Abū ‘Umar a dit : « C’est la position de Mālik qu’ont finalement retenue ses disciples du Maghreb. Les versions rapportées de lui sur cette question sont divergentes. »
Leur divergence tient à l’existence de deux hadiths contradictoires sur cette question.
Le premier est rapporté par Busra, qui entendit le Messager d’Allah — sur lui la prière et la paix — dire :
« Lorsque l’un de vous touche son sexe, qu’il fasse ses ablutions. »
C’est le plus connu des hadiths imposant de refaire les ablutions après avoir touché son sexe. Mālik l’a rapporté dans le Muwatta’. Yahyā ibn Ma‘īn et Ahmad ibn Hanbal l’ont déclaré authentique, tandis que les spécialistes de Kūfa l’ont jugé faible. Un hadith de même sens a également été rapporté par Umm Habība ; Ahmad ibn Hanbal le déclarait authentique. Un autre, de même sens, a été rapporté par Abū Hurayra ; Ibn al-Sakan le déclarait lui aussi authentique. Ni al-Bukhārī ni Muslim ne l’ont rapporté.
Le second hadith, qui s’oppose au premier, est celui de Talq ibn ‘Alī, qui a dit :
« Nous nous rendîmes auprès du Messager d’Allah — sur lui la prière et la paix. Un homme se trouvait auprès de lui et lui demanda : “Ô Messager d’Allah, que dis-tu de l’homme qui touche son sexe après avoir fait ses ablutions ?” Il répondit : “N’est-ce pas simplement une partie de ton corps ?” »
Abū Dāwūd et al-Tirmidhī l’ont également rapporté. De nombreux savants, de Kūfa et d’ailleurs, l’ont déclaré authentique.
Pour interpréter ces hadiths, les savants ont suivi l’une de deux voies : soit donner la prééminence à l’un d’eux ou considérer que l’un abroge l’autre, soit les concilier. Ceux qui ont donné la prééminence au hadith de Busra, ou estimé qu’il abrogeait celui de Talq ibn ‘Alī, ont conclu à l’obligation de refaire les ablutions après avoir touché son sexe. Ceux qui ont donné la prééminence au hadith de Talq ibn ‘Alī ont écarté cette obligation. Quant à ceux qui ont cherché à concilier les deux hadiths,