Quant à l’obligation de recommencer le rite, Mālik considère qu’elle ne lui incombe pas. D’autres estiment qu’il doit le recommencer. Abū Hanīfa considère que, s’il était entré en état de sacralisation pour le pèlerinage, il doit accomplir un pèlerinage et une ‘umra ; s’il avait associé le pèlerinage à la ‘umra, il doit accomplir un pèlerinage et deux ‘umra ; et s’il accomplissait une ‘umra, il doit la rattraper. Selon Abū Hanīfa et Muhammad ibn al-Hasan, il n’est pas tenu de se raccourcir les cheveux. Abū Yūsuf préconise, quant à lui, qu’il les raccourcisse.
Pour soutenir qu’il n’est pas tenu de recommencer, Mālik s’appuie principalement sur le fait que :
« Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — et ses Compagnons se désacralisèrent à al-Hudaybiya : ils immolèrent les bêtes destinées au sacrifice, se rasèrent la tête et furent libérés de tous les interdits liés à l’état de sacralisation, avant toute circumambulation autour de la Maison et avant que les bêtes destinées au sacrifice n’y parviennent. »
Or, on ne sait pas que le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — ait ordonné à quiconque parmi ses Compagnons ou les personnes qui l’accompagnaient de rattraper quoi que ce soit ou de revenir accomplir quelque rite que ce soit.
Ceux qui imposent de recommencer s’appuient principalement sur le fait que :
« Le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — accomplit une ‘umra l’année suivant celle d’al-Hudaybiya, en rattrapage de cette ‘umra. »
C’est pourquoi elle fut appelée la « ‘umra de rattrapage ». Ils invoquent également le consensus selon lequel celui qu’une maladie ou une cause semblable empêche de poursuivre est tenu de rattraper le rite.
La divergence porte donc sur deux questions : le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — a-t-il rattrapé ce rite ou non ? Et l’obligation de rattraper peut-elle être établie par analogie ou non ? En effet, la majorité des savants considère que le rattrapage exige un nouvel ordre, distinct de celui qui prescrit l’accomplissement du rite en son temps.
Quant à ceux qui imposent le sacrifice, ils se fondent soit sur le fait que le verset concerne le pèlerin empêché par un ennemi, soit sur sa portée générale, puisque le sacrifice y est expressément mentionné. Ils invoquent également le fait que le Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — et ses Compagnons immolèrent les bêtes destinées au sacrifice l’année d’al-Hudaybiya, lorsqu’ils furent empêchés de poursuivre. L’autre groupe répond que ces bêtes n’étaient pas sacrifiées pour permettre la désacralisation, mais avaient été conduites dès le départ en vue du sacrifice. Leur argument est que, par principe, aucun sacrifice ne lui incombe tant qu’une preuve ne vient pas l’imposer.
Quant à la divergence sur le lieu du sacrifice, chez ceux qui le rendent obligatoire, elle tient à leur désaccord sur l’endroit où le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — immola ses bêtes l’année d’al-Hudaybiya. Ibn Ishāq affirme qu’il les immola dans l’enceinte sacrée. D’autres soutiennent qu’il les immola en dehors de celle-ci, invoquant cette parole du Très-Haut :
« Ce sont eux qui ont mécru, qui vous ont empêchés d’accéder à la Mosquée sacrée et qui ont retenu les bêtes destinées au sacrifice, les empêchant de parvenir à leur lieu d’immolation. » [Al-Fath : 25]
Si Abū Hanīfa considère que celui qui est empêché d’accomplir le pèlerinage doit accomplir un pèlerinage et une ‘umra, c’est parce que ce pèlerin a transformé son pèlerinage en ‘umra sans avoir achevé ni l’un ni l’autre. Telles sont donc, chez les juristes, les règles applicables au pèlerin empêché par un ennemi.
Quant au pèlerin empêché par une maladie, al-Shāfi‘ī et les savants du Hijāz considèrent qu’il ne peut se désacraliser qu’en accomplissant les circumambulations autour de la Maison et le parcours entre al-Safā et al-Marwa ; en somme, il se désacralise en accomplissant une ‘umra. En effet, si la durée de sa maladie lui fait manquer le pèlerinage, celui-ci se transforme en ‘umra. C’est également la position d’Ibn ‘Umar, de ‘Ā’isha et d’Ibn ‘Abbās. Les savants d’Irak s’y opposent et disent qu’il se désacralise à l’endroit où il se trouve et relève des mêmes règles que le pèlerin empêché par un ennemi. Je veux dire qu’il envoie sa bête destinée au sacrifice, estime le jour où elle sera immolée et se désacralise le jour