De l’empêchement d’accomplir le pèlerinage
Le fondement de cette question est la parole d’Allah — exalté soit-Il — :
« Si vous en êtes empêchés, offrez une bête en sacrifice, selon vos moyens. » [Al-Baqara : 196]
Jusqu’à Sa parole :
« Lorsque vous êtes en sécurité, quiconque accomplit la ‘umra puis le pèlerinage en se désacralisant entre les deux doit offrir une bête en sacrifice, selon ses moyens. » [Al-Baqara : 196]
Nous disons donc : les savants ont considérablement divergé sur l’interprétation de ce verset, ce qui explique leurs divergences concernant les règles applicables au pèlerin empêché par une maladie ou par un ennemi. Leur première divergence consiste à déterminer si le pèlerin empêché dont il est ici question est celui qu’un ennemi empêche de poursuivre ou celui qu’une maladie en empêche. Les uns retiennent le premier sens ; les autres, le second.
Ceux qui considèrent qu’il s’agit du pèlerin empêché par un ennemi invoquent cette parole du Très-Haut :
« Si l’un de vous est malade ou souffre d’une affection de la tête. » [Al-Baqara : 196]
Ils disent que, si l’empêchement désignait ici la maladie, il n’y aurait aucune utilité à mentionner celle-ci ensuite. Ils invoquent également Sa parole — exalté soit-Il — :
« Lorsque vous êtes en sécurité, quiconque accomplit la ‘umra puis le pèlerinage en se désacralisant entre les deux. » [Al-Baqara : 196]
C’est là un argument manifeste.
Quant à ceux qui considèrent que le verset concerne uniquement le pèlerin empêché par la maladie, ils soutiennent que le terme muhsar désigne celui dont on dit : uhsira, « il a été empêché ». Or, selon eux, ce verbe ne s’emploie pas à propos de l’ennemi : on dit hasarahu al-‘aduww, « l’ennemi l’a empêché », et ahsarahu al-marad, « la maladie l’a empêché ».
Ils expliquent que la maladie est mentionnée ensuite parce qu’elle est de deux sortes : celle qui empêche de poursuivre le pèlerinage et celle qui ne l’empêche pas. Ils disent aussi que la parole :
« Lorsque vous êtes en sécurité. » [Al-Baqara : 196]
Signifie : lorsque vous êtes à l’abri de la maladie.
Le premier groupe soutient au contraire que, lorsqu’elles se rapportent à une même chose, les formes af‘ala et fa‘ala expriment toujours deux sens distincts : fa‘ala indique que l’on fait subir une action à autrui, tandis qu’af‘ala indique qu’on l’expose à subir cette action. Ainsi, on dit qatalahu lorsqu’on l’a tué, et aqtalahu lorsqu’on l’a exposé à être tué.
S’il en est ainsi, la forme ahsara convient davantage à l’action de l’ennemi, et hasara à celle de la maladie : l’ennemi ne fait qu’exposer à l’empêchement, tandis que la maladie le produit effectivement.
Ils disent encore que le terme « sécurité » ne s’emploie que pour désigner la disparition de la crainte de l’ennemi. S’il est employé à propos de la maladie, c’est par métaphore. Or, on ne recourt au sens métaphorique que si une raison impose de s’écarter du sens propre.
De même, la mention de la règle applicable au malade après celle de l’empêchement indique, selon le sens apparent du texte, que le pèlerin empêché est distinct du malade. Telle est la position d’al-Shāfi‘ī. La seconde position est celle de Mālik et d’Abū Hanīfa.
D’autres ont dit que le pèlerin empêché désigne ici toute personne qui ne peut accomplir le pèlerinage, quelle que soit la cause de cet empêchement : maladie, ennemi, erreur de décompte ou autre.
La majorité des savants distingue deux catégories de pèlerins empêchés d’accomplir le pèlerinage : ceux qui le sont par la maladie et ceux qui le sont par un ennemi. Concernant ces derniers, la majorité s’accorde à dire qu’ils se désacralisent de leur ‘umra ou de leur pèlerinage à l’endroit où ils ont été empêchés de poursuivre. Al-Thawrī et al-Hasan ibn Sālih ont dit :
« Ils ne se désacralisent que le jour du sacrifice. »
Ceux qui permettent au pèlerin de se désacraliser à l’endroit où il a été empêché divergent sur l’obligation de lui faire offrir une bête en sacrifice, sur le lieu où l’immoler si cette obligation est retenue, ainsi que sur la nécessité de recommencer le pèlerinage ou la ‘umra dont il a été empêché.
Mālik considère qu’aucun sacrifice ne lui incombe et que, s’il a avec lui une bête destinée au sacrifice, il l’immole là où il se désacralise. Al-Shāfi‘ī considère, quant à lui, que le sacrifice lui incombe ; Ashhab partage cet avis. Abū Hanīfa exige que la bête soit immolée dans l’enceinte sacrée. Al-Shāfi‘ī dit :
« Là où il se désacralise, quel que soit l’endroit. »