dans ce cas. Telle est la position de Mālik et de la majorité de ses disciples. D’autres nient que le fait de toucher une femme impose de refaire les ablutions : c’est la position d’Abū Hanīfa. Chacune de ces positions trouve des précédents parmi les Compagnons, sauf celle qui pose le plaisir comme condition : je ne me souviens d’aucun Compagnon qui l’ait exigé.
Leur divergence sur cette question tient à la pluralité des sens du mot « toucher » en arabe : les Arabes l’emploient tantôt pour désigner le toucher de la main, tantôt comme une manière indirecte de désigner les rapports sexuels.
S’agissant de la parole du Très-Haut :
« ou si vous avez touché les femmes »
[al-Nisā’ : 43]
d’autres ont considéré qu’il s’agissait du toucher de la main. Parmi eux, certains ont estimé que l’énoncé général visait un cas particulier et ont donc posé le plaisir comme condition ; d’autres ont estimé que sa portée générale devait être maintenue et n’ont pas posé cette condition. Ceux qui l’ont exigée y ont été conduits par les traditions qui s’opposent à la portée générale du verset : le Prophète — sur lui la prière et la paix — touchait ‘Ā’isha de la main lorsqu’il se prosternait, et il arrivait aussi qu’elle le touche.
Les spécialistes du hadith ont rapporté, par Habīb ibn Abī Thābit, d’après ‘Urwa, d’après ‘Ā’isha, au sujet du Prophète — sur lui la prière et la paix — :
« Il embrassa l’une de ses épouses, puis sortit pour la prière sans refaire ses ablutions. Je lui dis alors : “Qui cela pouvait-il être, sinon toi ?” Elle se mit à rire. »
Abū ‘Umar a dit : « Les spécialistes du Hedjaz ont jugé ce hadith faible, tandis que ceux de Kūfa l’ont déclaré authentique. » Abū ‘Umar ibn ‘Abd al-Barr penchait pour son authenticité. Il a dit : « Ce hadith a également été rapporté par la voie de Ma‘bad ibn Nabāta. » Al-Shāfi‘ī a dit : « Si le hadith de Ma‘bad ibn Nabāta relatif au baiser est établi, je ne considérerai ni le baiser ni le toucher comme imposant de refaire les ablutions. »
Ceux qui imposent de refaire les ablutions après un toucher de la main ont fait valoir que le mot « toucher » désigne au sens propre le contact de la main, et au sens figuré les rapports sexuels. Or, lorsqu’un terme peut être compris au sens propre ou au sens figuré, il convient de retenir le sens propre, à moins qu’une preuve n’indique le sens figuré.
Les tenants de l’autre position peuvent répondre que, lorsqu’un emploi figuré devient fréquent, le terme évoque plus directement ce sens figuré que son sens propre. Il en va ainsi du mot ghā’it, qui désigne plus immédiatement la défécation — son sens figuré — qu’un terrain en creux — son sens propre.
Pour ma part, même si le mot « toucher » renvoie aux deux sens de manière égale ou presque, j’estime qu’il désigne ici plus manifestement les rapports sexuels, bien qu’il s’agisse d’un sens figuré. En effet, Allah — béni et exalté soit-Il — a désigné indirectement les rapports sexuels par les termes mubāshara et mass, qui expriment tous deux l’idée de contact, comme le mot « toucher ». Selon cette interprétation, le verset permet d’établir que les ablutions sèches sont permises à la personne en état d’impureté majeure, sans qu’il soit nécessaire de supposer une inversion dans l’ordre de ses termes, comme nous le verrons plus loin. Cette interprétation fait également disparaître la contradiction entre les traditions et le verset qui résulte de l’autre interprétation.
Quant à l’interprétation selon laquelle le verset viserait simultanément les deux sens du toucher, elle est faible. En effet, lorsque les Arabes emploient un terme à plusieurs sens, ils ne visent qu’un seul de ces sens, et non tous ceux qu’il peut exprimer. Cela ressort avec évidence de leur manière de parler.