Ceux qui estiment que l’ifrād est préférable font valoir, par raisonnement, que le tamattu‘ et le qirān constituent des dispenses, raison pour laquelle ils imposent un sacrifice.
Nous avons traité du caractère obligatoire de ce rite, des personnes auxquelles il incombe, des conditions de son obligation, du moment où il devient obligatoire, de la période et du lieu à partir desquels il s’impose. Nous avons ensuite exposé ce que la personne en état de sacralisation doit éviter du fait de cet état, puis les différentes formes de ce rite. Il nous faut maintenant aborder le premier acte de celui qui accomplit le pèlerinage ou la ‘umra : l’entrée en sacralisation.
De l’entrée en sacralisation
La majorité des savants s’accorde à considérer le bain rituel précédant l’entrée en sacralisation comme une sunna et comme l’un des actes du pèlerin en état de sacralisation. Ibn Nawwār a même déclaré : « Selon Mālik, ce bain rituel est plus fortement recommandé que celui du vendredi. » Les littéralistes le tiennent pour obligatoire. Abū Hanīfa et al-Thawrī estiment que les ablutions suffisent à le remplacer.
Les littéralistes invoquent le récit à chaîne interrompue rapporté par Mālik au sujet d’Asmā’ bint ‘Umays :
« Elle donna naissance à Muhammad ibn Abī Bakr à al-Baydā’. Abū Bakr en fit part au Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix —, qui dit : “Ordonne-lui de prendre un bain rituel, puis d’entrer en sacralisation.” »
Or, selon eux, l’ordre implique l’obligation.
La majorité s’appuie principalement sur le principe selon lequel aucune obligation ne pèse sur la personne tant qu’elle n’est pas établie par une preuve incontestable. ‘Abd Allāh ibn ‘Umar prenait un bain rituel avant d’entrer en sacralisation, avant d’entrer à La Mecque et pour la station à ‘Arafa, dans l’après-midi de ce jour. Mālik considère ces trois bains rituels comme faisant partie des actes du pèlerin en état de sacralisation.
Les savants s’accordent sur le fait que l’entrée en sacralisation nécessite une intention. Ils divergent toutefois sur la question de savoir si l’intention suffit sans la talbiya, la formule de réponse à l’appel d’Allah. Mālik et al-Shāfi‘ī estiment qu’elle suffit. Abū Hanīfa considère que la talbiya joue, dans le pèlerinage, le même rôle que la proclamation de la grandeur d’Allah lors de l’entrée en prière. Il admet toutefois toute formule pouvant tenir lieu de talbiya, de même qu’il admet, pour commencer la prière, toute formule pouvant remplacer la proclamation de la grandeur d’Allah, c’est-à-dire toute expression de Sa glorification.
Les savants s’accordent sur le fait que la talbiya du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — était ainsi formulée :
« Me voici, ô Allah, me voici ! Me voici, Tu n’as aucun associé, me voici ! À Toi, certes, la louange, les bienfaits et la royauté. Tu n’as aucun associé ! »
Cette formule est rapportée par Mālik, d’après Nāfi‘, d’après Ibn ‘Umar, d’après le Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix —, par la chaîne de transmission la plus authentique.
Ils divergent sur la question de savoir s’il est obligatoire de s’en tenir à ces termes. Les littéralistes l’affirment. Au sein de la majorité, nul ne conteste qu’il soit recommandé d’employer cette formule ; la divergence porte uniquement sur le fait d’y ajouter quelque chose ou de la remplacer.
Les littéralistes considèrent également qu’il est obligatoire d’élever la voix en prononçant la talbiya, tandis que la majorité le tient pour recommandé, en raison du récit rapporté par Mālik :