Or, les tenants de l’école littéraliste ne jugent pas ce récit suffisamment authentique pour qu’il puisse être opposé à la pratique précédemment évoquée.
On rapporte de ‘Umar qu’il a dit :
« Deux pratiques avaient cours à l’époque du Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix —, que j’interdis et pour lesquelles je sanctionne : le mariage temporaire et le tamattu‘ du pèlerinage. »
On rapporte également de ‘Uthmān qu’il a dit : « Le tamattu‘ du pèlerinage nous était réservé ; il ne vous est pas accordé. » Abū Dharr a dit : « Nul après nous ne pouvait entrer en sacralisation pour le pèlerinage, puis le transformer en ‘umra. »
À tout cela s’ajoute cette parole du Très-Haut :
« Et accomplissez jusqu’à leur terme le pèlerinage et la ‘umra pour Allah. »
[al-Baqara : 196]
Les tenants de l’école littéraliste considèrent cependant que le principe est de suivre la pratique des Compagnons, tant qu’une preuve tirée du Livre d’Allah ou d’une sunna authentiquement établie ne montre pas qu’elle leur était exclusivement réservée. La divergence tient donc à cette question : faut-il donner à la pratique des Compagnons une portée générale ou la tenir pour une disposition qui leur était propre ?
Quant à la seconde forme de tamattu‘, elle correspond à l’avis d’Ibn al-Zubayr, selon lequel le tamattu‘ mentionné par Allah est celui du pèlerin empêché par une maladie ou un ennemi. Il s’agit du cas où un homme part accomplir le pèlerinage, mais se trouve retenu par un ennemi ou par une circonstance qui le met dans l’impossibilité de l’accomplir jusqu’à ce que les jours du pèlerinage soient passés. Il se rend alors à la Maison sacrée, accomplit les circumambulations et les allers-retours entre al-Safā et al-Marwa, puis se désacralise. Il bénéficie ensuite de cet état de désacralisation jusqu’à l’année suivante, où il accomplit le pèlerinage et présente une offrande. Selon cet avis, la forme bien connue du tamattu‘ ne fait donc pas l’objet d’un consensus.
Tāwūs a également soutenu un avis isolé : lorsqu’un Mecquois accomplit un tamattu‘ en partant d’une localité autre que La Mecque, une offrande lui incombe.
Les savants divergent au sujet de celui qui entame une ‘umra en dehors des mois du pèlerinage, puis en accomplit les rites durant ces mois et effectue le pèlerinage la même année. Mālik a dit : « Sa ‘umra est rattachée au mois durant lequel il s’en est désacralisé. S’il s’en est désacralisé durant les mois du pèlerinage, il accomplit un tamattu‘ ; si c’est en dehors de ces mois, il n’en accomplit pas. » Abū Hanīfa, al-Shāfi‘ī et al-Thawrī ont exprimé un avis proche, à cette différence qu’al-Thawrī exige que la totalité des circumambulations soit accomplie durant le mois de Shawwāl. Al-Shāfi‘ī partage cet avis.
Abū Hanīfa a dit : « S’il accomplit trois tours durant le mois de Ramadan et quatre durant celui de Shawwāl, il accomplit un tamattu‘. Dans le cas inverse, il n’en accomplit pas », c’est-à-dire s’il effectue quatre tours durant Ramadan et trois durant Shawwāl.
Abū Thawr a dit : « S’il entre en sacralisation pour la ‘umra en dehors des mois du pèlerinage, qu’il en accomplisse les circumambulations en dehors de ces mois ou durant ceux-ci, il n’accomplit pas de tamattu‘. »
La divergence tient à la question suivante : la qualification de tamattu‘ dépend-elle uniquement de l’entrée en sacralisation pour la ‘umra durant les mois du pèlerinage, ou également de l’accomplissement des circumambulations durant ces mois ? Dans ce dernier cas, faut-il y accomplir la totalité des tours ou seulement la majeure partie ?
Abū Thawr dit : « Il n’accomplit un tamattu‘ que s’il entre en sacralisation durant les mois du pèlerinage, car c’est par l’entrée en sacralisation que la ‘umra est engagée. » Al-Shāfi‘ī dit : « Les circumambulations constituent le plus important de ses piliers ; c’est donc leur accomplissement qui doit déterminer la qualification de tamattu‘. » La majorité des savants considèrent ainsi que celui qui accomplit une partie de la ‘umra durant les mois du pèlerinage est assimilé à celui qui l’y accomplit entièrement.
Les conditions du tamattu‘ sont au nombre de six selon Mālik :