Bidayat al-MujtahidIbn Rushd

Deuxième question

Les savants ont adopté trois positions au sujet du sommeil.

Certains considèrent qu’il constitue en lui-même une cause de rupture des ablutions ; ils imposent donc de refaire celles-ci après tout sommeil, bref ou prolongé. D’autres estiment qu’il ne constitue pas une telle cause : ils n’imposent de refaire les ablutions que si leur rupture est certaine, selon la position de ceux qui ne tiennent pas compte du doute, ou en cas de doute, selon celle de ceux qui en tiennent compte. Certains Anciens allaient jusqu’à charger quelqu’un de les surveiller pendant leur sommeil pour vérifier leur état — j’entends : pour voir si leurs ablutions étaient rompues ou non.

D’autres encore distinguent le sommeil bref et léger du sommeil prolongé et profond : ils imposent de refaire les ablutions après le second, mais non après le premier. Telle est la position des jurisconsultes des grandes cités et de la majorité des savants.

Comme certaines positions du corps favorisent davantage que d’autres le sommeil profond, ainsi que l’émission de ce qui rompt les ablutions, les jurisconsultes ont divergé sur ce point.

Mālik dit ainsi : celui qui dort allongé ou prosterné doit refaire ses ablutions, que son sommeil soit long ou court. Celui qui dort assis n’a pas à les refaire, à moins que son sommeil ne se prolonge. Deux avis sont rapportés de lui concernant celui qui dort debout : tantôt il lui applique la même règle qu’à celui qui dort incliné, tantôt la même qu’à celui qui dort prosterné.

Al-Shāfi‘ī, quant à lui, dit : toute personne qui dort doit refaire ses ablutions, quelle que soit sa position, sauf si elle dort assise.

Abū Hanīfa et ses disciples disent : seul celui qui dort allongé doit refaire ses ablutions.

Leur divergence sur cette question tient à la diversité des traditions rapportées à ce sujet. Certains hadiths indiquent, par leur sens apparent, que le sommeil n’impose aucunement de refaire les ablutions, comme celui d’Ibn ‘Abbās :

« Le Prophète — sur lui la prière et la paix — entra chez Maymūna et dormit auprès d’elle jusqu’à ce que nous entendions son ronflement. Puis il pria sans refaire ses ablutions. »

Il y a aussi cette parole du Prophète — sur lui la prière et la paix :

« Lorsque l’un de vous somnole pendant la prière, qu’il dorme jusqu’à ce que le sommeil se dissipe. Car il pourrait, en voulant demander pardon à son Seigneur, s’injurier lui-même. »

Il est également rapporté :

« Les Compagnons du Prophète — sur lui la prière et la paix — dormaient dans la mosquée au point que leurs têtes dodelinaient, puis ils priaient sans refaire leurs ablutions. »

Toutes ces traditions sont solidement établies. Mais il existe aussi des hadiths dont le sens apparent indique que le sommeil constitue une cause de rupture des ablutions. Le plus explicite à cet égard est celui de Safwān ibn ‘Assāl, qui rapporte :

« Nous étions en voyage avec le Prophète — sur lui la prière et la paix. Il nous ordonna de ne pas retirer nos chaussons de cuir après avoir déféqué, uriné ou dormi, et de ne les retirer qu’en cas d’impureté majeure. »

Il a donc placé sur le même plan l’urine, les selles et le sommeil. Al-Tirmidhī a déclaré ce hadith authentique.

Parmi ces traditions figure aussi le hadith d’Abū Hurayra cité précédemment, dans lequel le Prophète — sur lui la prière et la paix — dit :

« Lorsque l’un de vous se réveille, qu’il se lave la main avant de la plonger dans l’eau de ses ablutions. »

Son sens apparent indique en effet que le sommeil impose de refaire les ablutions, qu’il soit bref ou prolongé. C’est également ce qu’indique le sens apparent de

الْمَسْأَلَةُ الثَّانِيَةُ اخْتَلَفَ الْعُلَمَاءُ فِي النَّوْمِ عَلَى ثَلَاثَةِ مَذَاهِبَ: فَقَوْمٌ رَأَوْا أَنَّهُ حَدَثٌ، فَأَوْجَبُوا مِنْ قَلِيلِهِ وَكَثِيرِهِ الْوُضُوءَ، وَقَوْمٌ رَأَوْا أَنَّهُ لَيْسَ بِحَدَثٍ فَلَمْ يُوجِبُوا مِنْهُ الْوُضُوءَ إِلَّا إِذَا تُيُقِّنَ بِالْحَدَثِ عَلَى مَذْهَبِ مَنْ لَا يَعْتَبِرُ الشَّكَّ، وَإِذَا شَكَّ عَلَى مَذْهَبِ مَنْ يَعْتَبِرُ الشَّكَّ حَتَّى إِنَّ بَعْضَ السَّلَفِ كَانَ يُوكِلُ بِنَفْسِهِ إِذَا نَامَ مَنْ يَتَفَقَّدُ حَالَهُ (أَعْنِي: هَلْ يَكُونُ مِنْهُ حَدَثٌ أَمْ لَا؟) وَقَوْمٌ فَرَّقُوا بَيْنَ النَّوْمِ الْقَلِيلِ الْخَفِيفِ وَالْكَثِيرِ الْمُسْتَثْقِلِ، فَأَوْجَبُوا فِي الْكَثِيرِ الْمُسْتَثْقِلِ الْوُضُوءَ دُونَ الْقَلِيلِ، وَعَلَى هَذَا فُقَهَاءُ الْأَمْصَارِ وَالْجُمْهُورُ. وَلَمَّا كَانَتْ بَعْضُ الْهَيْئَاتِ يَعْرِضُ فِيهَا الِاسْتِثْقَالُ مِنَ النَّوْمِ أَكْثَرَ مِنْ بَعْضٍ، وَكَذَلِكَ خُرُوجُ الْحَدَثِ، اخْتَلَفَ الْفُقَهَاءُ فِي ذَلِكَ، فَقَالَ مَالِكٌ: مَنْ نَامَ مُضْطَجِعًا أَوْ سَاجِدًا فَعَلَيْهِ الْوُضُوءُ، طَوِيلًا كَانَ النَّوْمُ أَوْ قَصِيرًا. وَمَنْ نَامَ جَالِسًا فَلَا وُضُوءَ عَلَيْهِ إِلَّا أَنْ يَطُولَ ذَلِكَ بِهِ. وَاخْتَلَفَ الْقَوْلُ فِي مَذْهَبِهِ فِي الْقَائِمِ، فَمَرَّةً قَالَ: حُكْمُهُ حُكْمُ الراكع، وَمَرَّةً قَالَ: حُكْمُهُ حُكْمُ السَّاجِدِ. وَأَمَّا الشَّافِعِيُّ فَقَالَ: عَلَى كُلِّ نَائِمٍ كَيْفَمَا نَامَ الْوُضُوءُ إِلَّا مَنْ نَامَ جَالِسًا، وَقَالَ أَبُو حَنِيفَةَ وَأَصْحَابُهُ: لَا وُضُوءَ إِلَّا عَلَى مَنْ نَامَ مُضْطَجِعًا. وَأَصْلُ اخْتِلَافِهِمْ فِي هَذِهِ الْمَسْأَلَةِ اخْتِلَافُ الْآثَارِ الْوَارِدَةِ فِي ذَلِكَ، وَذَلِكَ أَنَّ هَاهُنَا أَحَادِيثَ يُوجِبُ ظَاهِرُهَا أَنَّهُ لَيْسَ فِي النَّوْمِ وُضَوْءٌ أَصْلًا، كَحَدِيثِ ابْنِ عَبَّاسٍ «أَنَّ النَّبِيَّ - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ - دَخَلَ إِلَى مَيْمُونَةَ فَنَامَ عِنْدَهَا حَتَّى سَمِعْنَا غَطِيطَهُ، ثُمَّ صَلَّى وَلَمْ يَتَوَضَّأْ» وَقَوْلِهِ - عَلَيْهِ الصَّلَاةُ وَالسَّلَامُ -: «إِذَا نَعَسَ أَحَدُكُمْ فِي الصَّلَاةِ فَلْيَرْقُدْ حَتَّى يَذْهَبَ عَنْهُ النَّوْمُ، فَإِنَّهُ لَعَلَّهُ يَذْهَبُ أَنْ يَسْتَغْفِرَ رَبَّهُ فَيَسُبَّ نَفْسَهُ» وَمَا رُوِيَ أَيْضًا " أَنَّ أَصْحَابَ النَّبِيِّ - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ - كَانُوا يَنَامُونَ فِي الْمَسْجِدِ حَتَّى تَخْفِقَ رُءُوسُهُمْ، ثُمَّ يُصَلُّونَ وَلَا يَتَوَضَّئُونَ " وَكُلُّهَا آثَارٌ ثَابِتَةٌ، وَهَهُنَا أَيْضًا أَحَادِيثُ يُوجِبُ ظَاهِرُهَا أَنَّ النُّوَّمَ حَدَثٌ، وَأَبْيَنُهَا فِي ذَلِكَ حَدِيثُ صَفْوَانَ بْنِ عَسَّالٍ، وَذَلِكَ أَنَّهُ قَالَ: «كُنَّا فِي سَفَرٍ مَعَ النَّبِيِّ - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ - فَأَمَرَنَا أَنْ لَا نَنْزِعَ خِفَافَنَا مِنْ غَائِطٍ وَبَوْلٍ وَنَوْمٍ، وَلَا نَنْزِعَهَا إِلَّا مِنْ جَنَابَةٍ» فَسَوَّى بَيْنَ الْبَوْلِ وَالْغَائِطِ وَالنَّوْمِ، صَحَّحَهُ التِّرْمِذِيُّ. وَفِيهَا حَدِيثُ أَبِي هُرَيْرَةَ الْمُتَقَدِّمُ، وَهُوَ قَوْلُهُ - عَلَيْهِ الصَّلَاةُ وَالسَّلَامُ -: «إِذَا اسْتَيْقَظَ أَحَدُكُمْ مِنْ نَوْمِهِ فَلْيَغْسِلْ يَدَهُ قَبْلَ أَنْ يُدْخِلَهَا فِي وَضُوئِهِ» فَإِنَّ ظَاهِرَهُ أَنَّ النَّوْمَ يُوجِبُ الْوُضُوءَ قَلِيلَهُ وَكَثِيرَهُ، وَكَذَلِكَ يَدُلُّ ظَاهِرُ

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