mahram (homme avec lequel le mariage lui est définitivement interdit) qui accepte de l’accompagner dans son voyage pour le pèlerinage ?
Mālik et al-Shāfi‘ī estiment que cela ne constitue pas une condition de l’obligation : la femme peut partir en pèlerinage si elle trouve des compagnons de voyage dignes de confiance. Abū Hanīfa, Ahmad et plusieurs autres considèrent, en revanche, que la présence d’un mahram et son consentement à l’accompagner sont une condition de cette obligation.
Cette divergence tient à l’opposition entre l’ordre d’accomplir le pèlerinage et d’entreprendre le voyage nécessaire, d’une part, et l’interdiction faite à la femme de voyager trois jours sans mahram, d’autre part. Il est en effet établi, d’après les hadiths d’Abū Sa‘īd al-Khudrī, d’Abū Hurayra, d’Ibn ‘Abbās et d’Ibn ‘Umar, que le Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — a dit :
« Il n’est pas permis à une femme qui croit en Allah et au Jour dernier de voyager sans être accompagnée d’un mahram. »
Ceux qui donnent la priorité à la portée générale de l’ordre estiment qu’elle peut voyager pour le pèlerinage même sans mahram. Ceux qui restreignent cette portée générale en vertu de ce hadith, ou considèrent que celui-ci précise le sens de la capacité requise, estiment qu’elle ne peut voyager pour le pèlerinage qu’accompagnée d’un mahram.
Nous avons ainsi traité de l’obligation de ce rite qu’est le pèlerinage, de ce qui le rend obligatoire, des personnes auxquelles il incombe et du moment où il devient exigible.
Il reste, dans ce chapitre, à examiner le statut du rite qu’est la ‘umra. Certains la tiennent pour obligatoire : c’est l’avis d’al-Shāfi‘ī, d’Ahmad, d’Abū Thawr, d’Abū ‘Ubayd, d’al-Thawrī et d’al-Awzā‘ī. Parmi les Compagnons, c’est aussi celui d’Ibn ‘Abbās et d’Ibn ‘Umar, ainsi que de plusieurs membres de la génération suivante. Mālik et plusieurs autres estiment qu’elle relève de la sunna. Abū Hanīfa la considère comme un acte surérogatoire ; tel est également l’avis d’Abū Thawr et de Dāwūd.
Ceux qui la rendent obligatoire invoquent cette parole du Très-Haut :
« Accomplissez intégralement le pèlerinage et la ‘umra pour Allah. »
[Al-Baqara : 196]
Ils invoquent aussi plusieurs récits transmis, dont celui que rapporte Ibn ‘Umar d’après son père :
« Un Bédouin au beau visage, vêtu de blanc, se présenta au Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — et demanda : “Qu’est-ce que l’islam, ô Messager d’Allah ?” Il répondit : “Que tu attestes qu’il n’est de divinité digne d’adoration qu’Allah et que Muhammad est le Messager d’Allah, que tu accomplisses la prière, que tu verses la zakat, que tu jeûnes le mois de Ramadan, que tu accomplisses le pèlerinage et la ‘umra, et que tu prennes un bain rituel pour te purifier de l’état d’impureté majeure.” »
‘Abd al-Razzāq rapporte : « Ma‘mar nous a informés, d’après Qatāda, que celui-ci relatait : “Lorsque fut révélé le verset :
‘Les gens ont envers Allah le devoir d’accomplir le pèlerinage à la Maison, pour quiconque en a les moyens.’
[Āl ‘Imrān : 97]
le Messager d’Allah — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — déclara : ‘Par deux actes : un pèlerinage et une ‘umra. Quiconque les a accomplis s’est acquitté de l’obligation.’” »
Il est également rapporté, d’après Zayd ibn Thābit, que le Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — a dit :
« Le pèlerinage et la ‘umra sont deux obligations ; peu importe celle par laquelle tu commences. »
Il est rapporté d’Ibn ‘Abbās :
« La ‘umra est obligatoire. »
Certains transmetteurs font remonter cette parole au Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix.