Bidayat al-MujtahidIbn Rushd

Leur divergence tient à l’opposition entre le sens apparent du récit et le raisonnement par analogie. En effet, dans le hadith, le Prophète — qu’Allah le couvre d’éloges et lui accorde le salut — n’a pas ordonné à la femme d’accomplir une expiation. L’analogie conduit toutefois à lui appliquer la même règle qu’à l’homme, puisque tous deux sont soumis aux obligations religieuses.

Quant à la quatrième question, elle consiste à déterminer si les modalités de cette expiation doivent être suivies dans un ordre obligatoire, comme pour l’expiation du zihār (formule assimilant l’épouse au dos de sa mère), ou si elles sont laissées au choix de l’intéressé. Par ordre obligatoire, j’entends que la personne soumise à l’obligation ne peut passer à l’une des modalités proposées qu’après s’être trouvée dans l’incapacité d’accomplir la précédente. Par libre choix, j’entends qu’elle peut d’emblée accomplir celle qu’elle souhaite, sans être incapable d’accomplir les autres. Sur ce point également, les avis divergent.

Al-Shāfi‘ī, Abū Hanīfa, al-Thawrī et les autres juristes de Koufa estiment qu’un ordre doit être respecté : d’abord l’affranchissement d’un esclave ; à défaut d’en avoir les moyens, le jeûne ; et, si l’on ne peut jeûner, la nourriture donnée aux pauvres. Mālik estime que ces modalités sont laissées au choix. Ibn al-Qāsim rapporte néanmoins de lui qu’il recommande de nourrir les pauvres plutôt que d’affranchir un esclave ou de jeûner.

Leur divergence sur le caractère obligatoire de cet ordre tient à l’opposition entre les sens apparents des récits, ainsi qu’entre les raisonnements par analogie. En effet, le sens apparent du hadith du Bédouin cité précédemment implique le respect d’un ordre, puisque le Prophète — qu’Allah le couvre d’éloges et lui accorde le salut — l’a interrogé successivement sur sa capacité à accomplir chacune de ces modalités.

En revanche, le sens apparent du récit rapporté par Mālik laisse le choix :

« Un homme avait rompu son jeûne pendant le ramadan. Le Messager d’Allah — qu’Allah le couvre d’éloges et lui accorde le salut — lui ordonna d’affranchir un esclave, ou de jeûner deux mois consécutifs, ou de nourrir soixante pauvres. »

En effet, dans la langue arabe, la conjonction « ou » exprime le choix, même si cette formulation est celle du Compagnon qui rapporte le récit : les Compagnons étaient les mieux à même de saisir le sens des circonstances et la portée des paroles.

Quant aux raisonnements par analogie qui s’opposent ici, ils consistent à rapprocher cette expiation tantôt de celle du zihār, tantôt de celle du serment. Elle ressemble toutefois davantage à l’expiation du zihār qu’à celle du serment. L’ordre obligatoire est, quant à lui, déduit de la formulation rapportée par le transmetteur.

La recommandation de Mālik de commencer par nourrir les pauvres va cependant à l’encontre du sens apparent des récits. Il n’a adopté cette position que par analogie, ayant constaté que, dans plusieurs dispositions de la Loi religieuse, le don de nourriture se substitue au jeûne, et qu’il lui correspond mieux que les autres modalités. En témoigne la lecture de ceux qui récitent :

« À ceux qui peuvent l’accomplir incombe une compensation : nourrir un pauvre. »
[Al-Baqara : 184]

C’est pourquoi Mālik et un groupe de savants recommandent aussi d’accomplir une expiation en nourrissant des pauvres pour le compte d’une personne décédée qui avait des jours de jeûne à rattraper. Cela semble relever de la préférence donnée à une analogie appuyée par les principes établis sur un récit que ces principes ne viennent pas corroborer.

Quant à la cinquième question, elle porte sur la quantité de nourriture à donner. Mālik, al-Shāfi‘ī et leurs disciples estiment qu’il faut donner à chaque pauvre un mudd, selon la mesure du Prophète — qu’Allah le couvre d’éloges et lui accorde le salut. Abū Hanīfa estime qu’une quantité inférieure à deux mudd, selon la mesure du Prophète — qu’Allah le couvre d’éloges et lui accorde le salut — ne suffit pas, soit un sā‘ pour chaque pauvre.

Leur divergence tient à l’opposition entre le raisonnement par analogie et le récit transmis.

L’analogie consiste à assimiler cette compensation à celle qui est expressément prescrite en cas de gêne.

Quant au récit transmis, il s’agit de ce qui figure dans certaines versions du hadith relatif à l’expiation : le récipient appelé faraq contenait cinq

وَسَبَبُ اخْتِلَافِهِمْ: مُعَارَضَةُ ظَاهِرِ الْأَثَرِ لِلْقِيَاسِ، وَذَلِكَ أَنَّهُ - عَلَيْهِ الصَّلَاةُ وَالسَّلَامُ - لَمْ يَأْمُرِ الْمَرْأَةَ فِي الْحَدِيثِ بِكَفَّارَةٍ، وَالْقِيَاسُ أَنَّهَا مِثْلُ الرَّجُلِ إِذْ كَانَ كِلَاهُمَا مُكَلَّفًا. وَأَمَّا الْمَسْأَلَةُ الرَّابِعَةُ: وَهِيَ هَلْ هَذِهِ الْكَفَّارَةُ مُرَتَّبَةٌ كَكَفَّارَةِ الظِّهَارِ أَوْ عَلَى التَّخْيِيرِ؟ - وَأَعْنِي بِالتَّرْتِيبِ: أَنْ لَا يَنْتَقِلَ الْمُكَلَّفُ إِلَى وَاحِدٍ مِنَ الْوَاجِبَاتِ الْمُخَيَّرَةِ إِلَّا بَعْدَ الْعَجْزِ عَنِ الَّذِي قَبْلَهُ، وَبِالتَّخْيِيرِ: أَنْ يَفْعَلَ مِنْهَا مَا شَاءَ ابْتِدَاءً مِنْ غَيْرِ عَجْزٍ عَنِ الْآخَرِ - فَإِنَّهُمْ أَيْضًا اخْتَلَفُوا فِي ذَلِكَ، فَقَالَ الشَّافِعِيُّ وَأَبُو حَنِيفَةَ وَالثَّوْرِيُّ وَسَائِرُ الْكُوفِيِّينَ: هِيَ مُرَتَّبَةٌ، فَالْعِتْقُ أَوَّلًا، فَإِنْ لَمْ يَجِدْ فَالصِّيَامُ، فَإِنْ لَمْ يَسْتَطِعْ فَالْإِطْعَامُ. وَقَالَ مَالِكٌ: هِيَ عَلَى التَّخْيِيرِ. وَرَوَى عَنْهُ ابْنُ الْقَاسِمِ مَعَ ذَلِكَ أَنَّهُ يُسْتَحَبُّ الْإِطْعَامُ أَكْثَرُ مِنَ الْعِتْقِ وَمِنَ الصِّيَامِ. وَسَبَبُ اخْتِلَافِهِمْ فِي وُجُوبِ التَّرْتِيبِ تَعَارُضُ ظَوَاهِرِ الْآثَارِ فِي ذَلِكَ وَالْأَقْيِسَةِ، وَذَلِكَ أَنَّ ظَاهِرَ حَدِيثِ الْأَعْرَابِيِّ الْمُتَقَدِّمِ يُوجِبُ أَنَّهَا عَلَى التَّرْتِيبِ إِذْ سَأَلَهُ النَّبِيُّ - عَلَيْهِ الصَّلَاةُ وَالسَّلَامُ - عَنِ الِاسْتِطَاعَةِ عَلَيْهَا مُرَتَّبًا. وَظَاهِرُ مَا رَوَاهُ مَالِكٌ مِنْ: «أَنَّ رَجُلًا أَفْطَرَ فِي رَمَضَانَ فَأَمَرَهُ رَسُولُ اللَّهِ - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ - أَنْ يُعْتِقَ رَقَبَةً، أَوْ يَصُومَ شَهْرَيْنِ مُتَتَابِعِينَ، أَوْ يُطْعِمُ سِتِّينَ مِسْكِينًا» أَنَّهَا عَلَى التَّخْيِيرِ، إِذْ (أَوْ) إِنَّمَا يَقْتَضِي فِي لِسَانِ الْعَرَبِ التَّخْيِيرَ، وَإِنْ كَانَ ذَلِكَ مِنْ لَفْظِ الرَّاوِي الصَّاحِبِ، إِذْ كَانُوا أَقْعَدَ بِمَفْهُومِ الْأَحْوَالِ وَدَلَالَاتِ الْأَقْوَالِ. وَأَمَّا الْأَقْيِسَةُ الْمُعَارِضَةُ فِي ذَلِكَ: فَتَشْبِيهُهَا تَارَةً بِكَفَّارَةِ الظِّهَارِ، وَتَارَةً بِكَفَّارَةِ الْيَمِينِ، لَكِنَّهَا أَشْبَهُ بِكَفَّارَةِ الظِّهَارِ مِنْهَا بِكَفَّارَةِ الْيَمِينِ، وَأَخْذُ التَّرْتِيبِ مِنْ حِكَايَةِ لَفْظِ الرَّاوِي. وَأَمَّا اسْتِحْبَابُ مَالِكٍ الِابْتِدَاءَ بِالْإِطْعَامِ فَمُخَالِفٌ لِظَوَاهِرِ الْآثَارِ، وَإِنَّمَا ذَهَبَ إِلَى هَذَا مِنْ طَرِيقِ الْقِيَاسِ، لِأَنَّهُ رَأَى الصِّيَامَ قَدْ وَقَعَ بَدَلَهُ الْإِطْعَامُ فِي مَوَاضِعَ شَتَّى مِنَ الشَّرْعِ، وَأَِنَّهُ مُنَاسِبٌ لَهُ أَكْثَرُ مِنْ غَيْرِهِ بِدَلِيلِ قِرَاءَةِ مَنْ قَرَأَ: {وَعَلَى الَّذِينَ يُطِيقُونَهُ فِدْيَةٌ طَعَامُ مِسْكِينٍ} [البقرة: ١٨٤] وَلِذَلِكَ اسْتَحَبَّ هُوَ وَجَمَاعَةٌ مِنَ الْعُلَمَاءِ لِمَنْ مَاتَ وَعَلَيْهِ صَوْمٌ أَنْ يُكَفَّرَ بِالْإِطْعَامِ عَنْهُ، وَهَذَا كَأَنَّهُ مِنْ بَابِ تَرْجِيحِ الْقِيَاسِ الَّذِي تَشْهَدُ لَهُ الْأُصُولُ عَلَى الْأَثَرِ الَّذِي لَا تَشْهَدُ لَهُ الْأُصُولُ. وَأَمَّا الْمَسْأَلَةُ الخَامِسَةُ - وَهُوَ اخْتِلَافُهُمْ فِي مِقْدَارِ الْإِطْعَامِ -: فَإِنَّ مَالِكًا وَالشَّافِعِيَّ وَأَصْحَابَهُمَا قَالُوا: يُطْعِمُ لِكُلِّ مِسْكِينٍ مُدًّا بِمُدِّ النَّبِيِّ - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ -. وَقَالَ أَبُو حَنِيفَةَ: لَا يُجْزِئُ أَقَلُّ مِنْ مُدَّيْنِ بِمُدِّ النَّبِيِّ - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ - وَذَلِكَ صَاعٌ لِكُلِّ مِسْكِينٍ. وَسَبَبُ اخْتِلَافِهِمْ: مُعَارَضَةُ الْقِيَاسِ لِلْأَثَرِ. أَمَّا الْقِيَاسُ: فَتَشْبِيهُ هَذِهِ الْفِدْيَةِ بِفِدْيَةِ الْأَذَى الْمَنْصُوصِ عَلَيْهَا. وَأَمَّا الْأَثَرُ: فَمَا رُوِيَ فِي بَعْضِ طُرُقِ حَدِيثِ الْكَفَّارَةِ: أَنَّ الْفَرْقَ كَانَ فِيهِ خَمْسَةَ

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