Bidayat al-MujtahidIbn Rushd

Quant à la première question : l’expiation est-elle obligatoire lorsque l’on rompt délibérément le jeûne en mangeant ou en buvant ?

Mālik et ses disciples, Abū Hanīfa et ses disciples, al-Thawrī ainsi qu’un groupe de savants estiment que celui qui rompt délibérément le jeûne en mangeant ou en buvant doit rattraper ce jour et accomplir l’expiation mentionnée dans ce hadith. Al-Shāfi‘ī, Ahmad et les littéralistes estiment, quant à eux, que l’expiation n’est obligatoire que lorsque le jeûne est rompu par un rapport sexuel.

Leur divergence tient à la possibilité d’assimiler, par raisonnement analogique, celui qui rompt le jeûne en mangeant ou en buvant à celui qui le rompt par un rapport sexuel. Celui qui considère que ces deux cas présentent une même caractéristique, à savoir la violation du caractère sacré du jeûne, leur applique une même règle.

En revanche, celui qui estime que l’expiation, bien qu’elle sanctionne cette violation, convient davantage au rapport sexuel qu’aux autres actes, conclut que cette lourde expiation est propre au rapport sexuel. En effet, la sanction vise à dissuader ; une sanction plus lourde peut donc être prévue pour les infractions vers lesquelles l’âme incline davantage et dont la tentation la domine plus fortement, même si ces infractions sont d’une gravité comparable. Le but est que les hommes respectent les prescriptions religieuses et soient vertueux et intègres, comme le dit le Très-Haut :

« Le jeûne vous a été prescrit comme il a été prescrit à ceux qui vous ont précédés. »

[Al-Baqara : 183]

Cela concerne celui qui admet le raisonnement par analogie. Quant à celui qui ne l’admet pas, sa position est claire : il n’étend pas à la consommation de nourriture ou de boisson la règle applicable au rapport sexuel.

Quant au récit rapporté par Mālik dans le Muwatta’, selon lequel un homme avait rompu le jeûne pendant le ramadan et le Prophète — qu’Allah le couvre d’éloges et lui accorde le salut — lui avait ordonné l’expiation mentionnée, il ne constitue pas une preuve en ce sens. En effet, les mots du rapporteur : « Il rompit le jeûne » restent indéterminés ; or une formulation indéterminée n’a pas de portée générale dont on puisse se prévaloir. Toutefois, cette formulation laisse entendre que le rapporteur considérait que l’expiation était due au fait même d’avoir rompu le jeûne. Sans cela, il ne se serait pas exprimé en ces termes et aurait précisé de quelle manière le jeûne avait été rompu.

Quant à la deuxième question : qu’en est-il de celui qui a un rapport sexuel en oubliant qu’il jeûne ?

Al-Shāfi‘ī et Abū Hanīfa estiment qu’il n’est tenu ni au rattrapage ni à l’expiation. Mālik estime qu’il doit rattraper ce jour, sans expiation. Ahmad et les littéralistes estiment qu’il est tenu au rattrapage et à l’expiation.

Leur divergence sur le rattrapage incombant à celui qui a oublié tient à l’opposition entre le sens apparent du hadith relatif à cette question et le raisonnement par analogie.

Ce raisonnement consiste à assimiler celui qui oublie son jeûne à celui qui oublie une prière. Celui qui les assimile impose au premier le rattrapage, de même qu’un texte l’impose à celui qui oublie une prière.

Quant au hadith dont le sens apparent s’oppose à cette analogie, il s’agit de celui qu’al-Bukhārī et Muslim ont rapporté d’après Abū Hurayra, qui a dit : le Messager d’Allah — qu’Allah le couvre d’éloges et lui accorde le salut — a dit :

« Que celui qui, par oubli, mange ou boit alors qu’il jeûne poursuive son jeûne, car celui qui l’a nourri, c’est

وَأَمَّا الْمَسْأَلَةُ الأُولَى: وَهِيَ هَلْ تَجِبُ الْكَفَّارَةُ بِالْإِفْطَارِ بِالْأَكْلِ وَالشُّرْبِ مُتَعَمَّدًا؟ فَإِنَّ مَالِكًا وَأَصْحَابَهُ وَأَبَا حَنِيفَةَ وَأَصْحَابَهُ وَالثَّوْرِيَّ وَجَمَاعَةً ذَهَبُوا إِلَى أَنَّ مَنْ أَفْطَرَ مُتَعَمِّدًا بِأَكْلٍ أَوْ شُرْبٍ أَنَّ عَلَيْهِ الْقَضَاءَ وَالْكَفَّارَةَ الْمَذْكُورَةَ فِي هَذَا الْحَدِيثِ. وَذَهَبَ الشَّافِعِيُّ وَأَحْمَدُ وَأَهْلُ الظَّاهِرِ إِلَى أَنَّ الْكَفَّارَةَ إِنَّمَا تَلْزَمُ فِي الْإِفْطَارِ مِنَ الْجِمَاعِ فَقَطْ. وَالسَّبَبُ فِي اخْتِلَافِهِمُ: اخْتِلَافُهُمْ فِي جَوَازِ قِيَاسِ الْمُفْطِرِ بِالْأَكْلِ وَالشُّرْبِ عَلَى الْمُفْطِرِ بِالْجِمَاعِ، فَمَنْ رَأَى أَنَّ شَبَهَهُمَا فِيهِ وَاحِدٌ وَهُوَ انْتِهَاكُ حُرْمَةِ الصَّوْمِ جَعَلَ حُكْمَهُمَا وَاحِدًا. وَمَنْ رَأَى أَنَّهُ وَإِنْ كَانَتِ الْكَفَّارَةُ عِقَابًا لِانْتِهَاكِ الْحُرْمَةِ فَإِنَّهَا أَشَدُّ مُنَاسَبَةً لِلْجِمَاعِ مِنْهَا لِغَيْرِهِ، وَذَلِكَ أَنَّ الْعِقَابَ الْمَقْصُودَ بِهِ الرَّدْعُ، وَالْعِقَابُ الْأَكْبَرُ قَدْ يُوضَعُ لِمَا إِلَيْهِ النَّفْسُ أَمْيَلُ، وَهُوَ لَهَا أَغْلَبُ مِنَ الْجِنَايَاتِ، وَإِنْ كَانَتِ الْجِنَايَةُ مُتَقَارِبَةً; إِذْ كَانَ الْمَقْصُودُ مِنْ ذَلِكَ الْتِزَامَ النَّاسِ الشَّرَائِعَ، وَأَنْ يَكُونُوا أَخْيَارًا عُدُولًا كَمَا قَالَ تَعَالَى: {كُتِبَ عَلَيْكُمُ الصِّيَامُ كَمَا كُتِبَ عَلَى الَّذِينَ مِنْ قَبْلِكُمْ} [البقرة: ١٨٣] قَالَ: هَذِهِ الْكَفَّارَةُ الْمُغَلَّظَةُ خَاصَّةٌ بِالْجِمَاعِ، وَهَذَا إِذَا كَانَ مِمَّنْ يَرَى الْقِيَاسَ. وَأَمَّا مَنْ لَا يَرَى الْقِيَاسَ فَأَمْرُهُ بَيِّنٌ أَنَّهُ لَيْسَ يُعَدَّى حُكْمَ الْجِمَاعِ إِلَى الْأَكْلِ وَالشُّرْبِ. وَأَمَّا مَا رَوَى مَالِكٌ فِي الْمُوَطَّأِ أَنَّ رَجُلًا أَفْطَرَ فِي رَمَضَانَ فَأَمَرَهُ النَّبِيُّ - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ - بِالْكَفَّارَةِ الْمَذْكُورَةِ فَلَيْسَ بِحُجَّةٍ ; لِأَنَّ قَوْلَ الرَّاوِي فَأَفْطَرَ هُوَ مُجْمَلٌ، وَالْمُجْمَلُ لَيْسَ لَهُ عُمُومٌ فَيُؤْخَذُ بِهِ، لَكِنَّ هَذَا قَوْلٌ عَلَى أَنَّ الرَّاوِيَ كَانَ يَرَى أَنَّ الْكَفَّارَةَ كَانَتْ لِمَوْضِعِ الْإِفْطَارِ، وَلَوْلَا ذَلِكَ لَمَا عَبَّرَ بِهَذَا اللَّفْظِ، وَلَذَكَرَ النَّوْعَ مِنَ الْفِطْرِ الَّذِي أَفْطَرَ بِهِ. وَأَمَّا الْمَسْأَلَةُ الثَّانِيَةُ: وَهُوَ إِذَا جَامَعَ نَاسِيًا لِصَوْمِهِ -: فَإِنَّ الشَّافِعِيَّ وَأَبَا حَنِيفَةَ يَقُولَانِ: لَا قَضَاءَ عَلَيْهِ وَلَا كَفَّارَةَ. وَقَالَ مَالِكٌ: عَلَيْهِ الْقَضَاءُ دُونَ الْكَفَّارَةِ. وَقَالَ أَحْمَدُ وَأَهْلُ الظَّاهِرُ: عَلَيْهِ الْقَضَاءُ وَالْكَفَّارَةُ. وَسَبَبُ اخْتِلَافِهِمْ فِي قَضَاءِ النَّاسِي مُعَارَضَةُ ظَاهِرِ الْأَثَرِ فِي ذَلِكَ لِلْقِيَاسِ. أَمَّا الْقِيَاسُ: فَهُوَ تَشْبِيهُ نَاسِي الصَّوْمِ بِنَاسِي الصَّلَاةِ. فَمَنْ شَبَّهَهُ بِنَاسِي الصَّلَاةِ أَوْجَبَ عَلَيْهِ الْقَضَاءَ كَوُجُوبِهِ بِالنَّصِّ عَلَى نَاسِي الصَّلَاةِ. وَأَمَّا الْأَثَرُ الْمُعَارِضُ بِظَاهِرِهِ لِهَذَا الْقِيَاسِ: فَهُوَ مَا أَخْرَجَهُ الْبُخَارِيُّ وَمُسْلِمٌ عَنْ أَبِي هُرَيْرَةَ قَالَ: قَالَ رَسُولُ اللَّهِ - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ -: «مَنْ نَسِيَ وَهُوَ صَائِمٌ فَأَكَلَ أَوْ شَرِبَ فَلْيُتِمَّ صَوْمَهُ فَإِنَّمَا أَطْعَمَهُ

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