Bidayat al-MujtahidIbn Rushd

à une autre période, s’il ne jeûne pas. Chacun des deux groupes étaye son interprétation par les traditions qui appuient sa compréhension du texte, même si le principe est de retenir le sens propre tant qu’aucune preuve ne justifie de passer au sens figuré.

La majorité invoque à l’appui de sa position ce récit authentiquement rapporté d’Anas :

« Nous avons voyagé avec le Messager d’Allah — qu’Allah le couvre d’éloges et lui accorde la paix — durant Ramadan. Celui qui jeûnait ne faisait aucun reproche à celui qui ne jeûnait pas, et celui qui ne jeûnait pas n’en faisait aucun à celui qui jeûnait. »

Elle invoque également cet autre propos authentiquement rapporté de lui :

« Les Compagnons du Messager d’Allah — qu’Allah le couvre d’éloges et lui accorde la paix — voyageaient ; certains jeûnaient et d’autres ne jeûnaient pas. »

Les tenants de l’école littéraliste invoquent, quant à eux, ce récit authentiquement rapporté d’Ibn ‘Abbās :

« Le Messager d’Allah — qu’Allah le couvre d’éloges et lui accorde la paix — partit pour La Mecque durant Ramadan, l’année de la conquête. Il jeûna jusqu’à son arrivée à al-Kadīd, puis rompit son jeûne, et les gens firent de même. »

Ils s’en tenaient toujours à la plus récente des directives du Messager d’Allah — qu’Allah le couvre d’éloges et lui accorde la paix.

Ces juristes disent : « Cela indique que le jeûne en voyage a été abrogé. »

Abū ‘Umar dit : « L’argument opposable aux tenants de l’école littéraliste est leur accord unanime sur le fait que, si le malade jeûne, son jeûne l’acquitte de son obligation. »

La deuxième question est de savoir s’il vaut mieux jeûner ou s’en abstenir, dès lors que l’on admet, conformément à la position de la majorité, que le voyageur fait partie de ceux qui sont autorisés à ne pas jeûner. Les juristes ont trois avis à ce sujet :

Certains considèrent qu’il vaut mieux jeûner. C’est notamment l’avis de Mālik et d’Abū Hanīfa.

D’autres considèrent qu’il vaut mieux ne pas jeûner. C’est notamment l’avis d’Ahmad et d’un groupe de juristes.

D’autres encore estiment que les deux possibilités sont laissées au choix de chacun, sans que l’une soit préférable à l’autre.

Leur divergence tient à l’opposition entre la raison que l’on peut déduire de cette permission et le sens apparent de certaines traditions, ainsi qu’à l’opposition des traditions entre elles. En effet, la raison qui se dégage de la permission accordée au jeûneur de ne pas jeûner est qu’il s’agit d’une dispense destinée à lui épargner la difficulté. Or, lorsqu’il s’agit d’une dispense, il est préférable de ne pas y recourir.

Cela est appuyé par le hadith de Hamza ibn ‘Amr al-Aslamī, rapporté par Muslim, dans lequel il dit :

« Ô Messager d’Allah, je me sens capable de jeûner en voyage. Y a-t-il un mal à cela ? » Le Messager d’Allah — qu’Allah le couvre d’éloges et lui accorde la paix — répondit : « C’est une dispense accordée par Allah. Celui qui en bénéficie fait bien, et celui qui préfère jeûner ne commet aucune faute. »

Quant à cette parole rapportée du Prophète — qu’Allah le couvre d’éloges et lui accorde la paix — :

« La piété ne consiste pas à jeûner en voyage »,

ainsi qu’au fait que sa dernière pratique — qu’Allah le couvre d’éloges et lui accorde la paix — fut de ne pas jeûner, ils laissent penser qu’il est préférable de ne pas jeûner. Toutefois, puisque s’abstenir de jeûner ne constitue pas une prescription, mais relève simplement de ce qui est permis, la majorité a eu du mal à considérer un acte permis comme préférable à ce qui est prescrit.

أُخَرَ إِذَا أَفْطَرَ. وَكِلَا الْفَرِيقَيْنِ يُرَجِّحُ تَأْوِيلَهُ بِالْآثَارِ الشَّاهِدَةِ لِكِلَا الْمَفْهُومَيْنِ. وَإِنْ كَانَ الْأَصْلُ هُوَ أَنْ يُحْمَلَ الشَّيْءُ عَلَى الْحَقِيقَةِ حَتَّى يَدُلَّ الدَّلِيلُ عَلَى حَمْلِهِ عَلَى الْمَجَازِ. أَمَّا الْجُمْهُورُ فَيَحْتَجُّونَ لِمَذْهَبِهِمْ بِمَا ثَبَتَ مِنْ حَدِيثِ أَنَسٍ قَالَ: «سَافَرْنَا مَعَ رَسُولِ اللَّهِ - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ - فِي رَمَضَانَ فَلَمْ يَعِبِ الصَّائِمُ عَلَى الْمُفْطِرِ وَلَا الْمُفْطِرُ عَلَى الصَّائِمِ» . وَبِمَا ثَبَتَ عَنْهُ أَيْضًا أَنَّهُ قَالَ: كَانَ أَصْحَابُ رَسُولِ اللَّهِ - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ - يُسَافِرُونَ فَيَصُومُ بَعْضُهُمْ وَيُفْطِرُ بَعْضُهُمْ. وَأَهْلُ الظَّاهِرِ يَحْتَجُّونَ لِمَذْهَبِهِمْ بِمَا ثَبَتَ عَنِ ابْنِ عَبَّاسٍ: «أَنَّ رَسُولَ اللَّهِ - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ - سَافَرَ إِلَى مَكَّةَ عَاَمَ الْفَتْحِ فِي رَمَضَانَ، فَصَامَ حَتَّى بَلَغَ الْكَدِيدَ ثُمَّ أَفْطَرَ فَأَفْطَرَ النَّاسُ» . وَكَانُوا يَأْخُذُونَ بِالْأَحْدَثِ فَالْأَحْدَثِ مِنْ أَمْرِ رَسُولِ اللَّهِ - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ -. قَالُوا: وَهَذَا يَدُلُّ عَلَى نَسْخِ الصَّوْمِ. قَالَ أَبُو عُمَرَ: وَالْحُجَّةُ عَلَى أَهْلِ الظَّاهِرِ إِجْمَاعُهُمْ عَلَى أَنَّ الْمَرِيضَ إِذَا صَامَ أَجْزَأَهُ صَوْمُهُ. وَأَمَّا الْمَسْأَلَةُ الثَّانِيَةُ: وَهِيَ هَلِ الصَّوْمُ أَفْضَلُ أَوِ الْفِطْرُ؟ إِذَا قُلْنَا: إِنَّهُ مِنْ أَهْلِ الْفِطَرِ عَلَى مَذْهَبِ الْجُمْهُورِ; فَإِنَّهُمُ اخْتَلَفُوا فِي ذَلِكَ عَلَى ثَلَاثَةِ مَذَاهِبَ: فَبَعْضُهُمْ رَأَى أَنَّ الصَّوْمَ أَفْضَلُ، وَمِمَّنْ قَالَ بِهَذَا الْقَوْلِ مَالِكٌ وَأَبُو حَنِيفَةَ. وَبَعْضُهُمْ رَأَى أَنَّ الْفِطْرَ أَفْضَلُ، وَمِمَّنْ قَالَ بِهَذَا الْقَوْلِ أَحْمَدُ وَجَمَاعَةٌ. وَبَعْضُهُمْ رَأَى أَنَّ ذَلِكَ عَلَى التَّخْيِيرِ، وَأَنَّهُ لَيْسَ أَحَدُهُمَا أَفْضَلَ. وَالسَّبَبُ فِي اخْتِلَافِهِمْ: مُعَارَضَةُ الْمَفْهُومِ مِنْ ذَلِكَ لِظَاهِرِ بَعْضِ الْمَنْقُولِ، وَمُعَارَضَةُ الْمَنْقُولِ بَعْضِهِ لِبَعْضٍ، وَذَلِكَ أَنَّ الْمَعْنَى الْمَعْقُولَ مِنْ إِجَازَةِ الْفِطْرِ لِلصَّائِمِ إِنَّمَا هُوَ الرُّخْصَةُ لَهُ لِمَكَانِ رَفْعِ الْمَشَقَّةِ عَنْهُ، وَمَا كَانَ رُخْصَةً فَالْأَفْضَلُ تَرْكُ الرُّخْصَةِ، وَيَشْهَدُ لِهَذَا حَدِيثُ حَمْزَةَ بْنِ عَمْرٍو الْأَسْلَمِيِّ خَرَّجَهُ مُسْلِمٌ أَنَّهُ قَالَ: «يَا رَسُولَ اللَّهِ أَجِدُ فِيَّ قُوَّةً عَلَى الصِّيَامِ فِي السَّفَرِ فَهَلْ عَلَيَّ مِنْ جُنَاحٌ؟ فَقَالَ رَسُولُ اللَّهِ - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ -: هِيَ رُخْصَةٌ مِنَ اللَّهِ فَمَنْ أَخَذَ بِهَا فَحَسَنٌ، وَمَنْ أَحَبَّ أَنْ يَصُومَ فَلَا جُنَاحَ عَلَيْهِ» وَأَمَّا مَا وَرَدَ مِنْ قَوْلِهِ - عَلَيْهِ الصَّلَاةُ وَالسَّلَامُ -: «لَيْسَ الْبَرَّ أَنْ تَصُومَ فِي السَّفَرِ» ، وَمِنْ أَنَّ آخِرَ فِعْلِهِ - عَلَيْهِ الصَّلَاةُ وَالسَّلَامُ - كَانَ الْفِطْرُ، فَيُوهِمُ أَنَّ الْفِطْرَ أَفْضَلُ، لَكِنَّ الْفِطْرَ لَمَّا كَانَ لَيْسَ حُكْمًا وَإِنَّمَا هُوَ مِنْ فِعْلِ الْمُبَاحِ عَسُرَ عَلَى الْجُمْهُورِ أَنْ يَضَعُوا الْمُبَاحَ أَفْضَلَ مِنَ الْحُكْمِ.

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