Bidayat al-MujtahidIbn Rushd

elle est formulée, le jeûne est valide, tandis qu’il est nul si elle ne l’est pas à ce moment-là ? Renoncer à l’intention de jeûner invalide-t-il le jeûne, même sans accomplir d’acte qui le rompe ? Toutes ces questions font l’objet de divergences entre les savants.

Quant au fait que l’intention soit une condition de validité du jeûne, c’est l’avis de la majorité. Zufar se singularise toutefois en affirmant que le jeûne de Ramadan ne nécessite pas d’intention, sauf lorsque Ramadan survient alors que la personne est malade ou en voyage et qu’elle souhaite jeûner.

Leur divergence tient à une interrogation concernant le jeûne : s’agit-il d’un acte d’adoration dont la raison d’être est intelligible ou non ? Ceux qui considèrent qu’elle ne l’est pas exigent l’intention. Ceux qui estiment qu’elle l’est disent que le but est atteint dès lors que la personne jeûne, même sans en avoir eu l’intention. Toutefois, la distinction que Zufar établit ainsi entre le jeûne de Ramadan et les autres formes de jeûne est peu solide. Il semble que, considérant qu’il n’est pas permis de s’abstenir de jeûner durant les jours de Ramadan, il ait estimé que tout jeûne accompli pendant ces jours devient un jeûne conforme à la Loi, et que cela leur est propre.

Concernant le degré de précision requis dans l’intention pour qu’elle soit suffisante, Mālik affirme qu’il faut expressément avoir l’intention d’accomplir le jeûne de Ramadan. La simple intention de jeûner ne suffit pas, pas plus que l’intention d’accomplir un jeûne déterminé autre que celui de Ramadan.

Abū Hanīfa considère, quant à lui, que la simple intention de jeûner suffit. De même, si la personne a l’intention d’accomplir pendant Ramadan un autre jeûne, celui-ci est valable et compte comme jeûne de Ramadan, sauf si elle est en voyage. En effet, selon lui, lorsqu’un voyageur a l’intention, durant Ramadan, d’accomplir un autre jeûne, celui-ci conserve la nature qu’il lui a assignée par son intention, car le jeûne de Ramadan ne s’impose pas à lui de manière déterminée. Ses deux disciples ne distinguent cependant pas le voyageur du résident. Ils affirment que tout jeûne envisagé durant Ramadan compte comme jeûne de Ramadan.

Leur divergence porte sur la question suivante : pour déterminer suffisamment l’intention dans cet acte d’adoration, suffit-il d’en préciser la catégorie générale, ou faut-il désigner l’acte particulier ? Ces deux modalités existent en effet dans la Loi. Ainsi, pour les ablutions, il suffit d’avoir l’intention de lever l’état d’impureté rituelle en vue d’un quelconque acte d’adoration dont la validité exige les ablutions. À chaque acte d’adoration ne correspondent pas des ablutions distinctes. En revanche, pour la prière, il faut déterminer l’acte particulier : si l’on veut accomplir la prière de l’après-midi, il faut en avoir précisément l’intention ; de même pour la prière de midi. Tout cela correspond aux positions communément admises parmi les savants. Le jeûne se trouve donc, à leurs yeux, entre ces deux catégories. Ceux qui le rattachent à la première considèrent que la seule intention de jeûner suffit ; ceux qui le rattachent à la seconde exigent de préciser le jeûne que l’on entend accomplir.

Ils divergent également sur le cas de celui qui, pendant les jours de Ramadan, a l’intention d’accomplir un autre jeûne : celui-ci compte-t-il alors comme jeûne de Ramadan ou non ? Cette divergence tient, elle aussi, au fait que, selon eux, certains actes d’adoration changent de qualification parce que le temps où ils sont accomplis est réservé à l’acte d’adoration dont ils prennent alors la qualification, tandis que d’autres ne changent pas de qualification. La plupart relèvent de cette seconde catégorie. Quant à l’acte qui change de qualification selon leur accord unanime, il s’agit du pèlerinage. Ils disent en effet que, lorsqu’une personne tenue d’accomplir le pèlerinage l’entreprend à titre surérogatoire, ce pèlerinage vaut alors comme pèlerinage obligatoire. Ils n’ont pas affirmé cela pour la prière ni pour les autres actes d’adoration.

وَقَعَتْ فِيهِ صَحَّ الصَّوْمُ؟ وَإِذَا لَمْ تَقَعْ فِيهِ بَطَلَ الصَّوْمُ؟ وَهَلْ رَفْضُ النِّيَّةِ يُوجِبُ الْفِطْرَ وَإِنْ لَمْ يُفْطِرْ؟ وَكُلُّ هَذِهِ الْمَطَالِبِ قَدِ اخْتَلَفَ الْعُلَمَاءُ فِيهَا. أَمَّا كَوْنُ النِّيَّةِ شَرْطًا فِي صِحَّةِ الصِّيَامِ: فَإِنَّهُ قَوْلُ الْجُمْهُورِ; وَشَذَّ زُفَرُ فَقَالَ: لَا يَحْتَاجُ رَمَضَانُ إِلَى نِّيَّةٍ إِلَّا أَنْ يَكُونَ الَّذِي يُدْرِكُهُ صِيَامُ رَمَضَانَ مَرِيضًا أَوْ مُسَافِرًا فَيُرِيدُ الصَّوْمَ. وَالسَّبَبُ فِي اخْتِلَافِهِمُ: الِاحْتِمَالُ الْمُتَطَرِّقُ إِلَى الصَّوْمِ؛ هَلْ هُوَ عِبَادَةٌ مَعْقُولَةُ الْمَعْنَى أَوْ غَيْرُ مَعْقُولَةِ الْمَعْنَى؟ فَمَنْ رَأَى أَنَّهَا غَيْرُ مَعْقُولَةِ الْمَعْنَى أَوْجَبَ النِّيَّةَ، وَمَنْ رَأَى أَنَّهَا مَعْقُولَةُ الْمَعْنَى قَالَ: قَدْ حَصَلَ الْمَعْنَى إِذَا صَامَ وَإِنْ لَمْ يَنْوِ، لَكِنَّ تَخْصِيصَ زُفَرَ رَمَضَانَ بِذَلِكَ مِنْ بَيْنِ أَنْوَاعِ الصَّوْمِ فِيهِ ضَعْفٌ، وَكَأَنَّهُ لَمَّا رَأَى أَنَّ أَيَّامَ رَمَضَانَ لَا يَجُوزُ فِيهَا الْفِطْرُ، رَأَى أَنَّ كُلَّ صَوْمٍ يَقَعُ فِيهَا يَنْقَلِبُ صَوْمًا شَرْعِيًّا، وَأَنَّ هَذَا شَيْءٌ يَخُصُّ هَذِهِ الْأَيَّامَ. وَأَمَّا اخْتِلَافُهُمْ فِي تَعْيِينِ النِّيَّةِ الْمُجْزِيَةِ فِي ذَلِكَ، فَإِنَّ مَالِكًا قَالَ: لَا بُدَّ فِي ذَلِكَ مِنْ تَعْيِينِ صَوْمِ رَمَضَانَ، وَلَا يَكْفِيهِ اعْتِقَادُ الصَّوْمِ مُطْلَقًا وَلَا اعْتِقَادُ صَوْمٍ مُعَيَّنٍ غَيْرِ صَوْمِ رَمَضَانَ. وَقَالَ أَبُو حَنِيفَةَ: إِنِ اعْتَقَدَ مُطْلَقَ الصَّوْمِ أَجْزَأَهُ، وَكَذَلِكَ إِنْ نَوَى فِيهِ صِيَامَ غَيْرِ رَمَضَانَ أَجْزَأَهُ، وَانْقَلَبَ إِلَى صِيَامِ رَمَضَانَ إِلَّا أَنْ يَكُونَ مُسَافِرًا، فَإِنَّهُ إِذَا نَوَى الْمُسَافِرُ عِنْدَهُ فِي رَمَضَانَ صِيَامَ غَيْرِ رَمَضَانَ كَانَ مَا نَوَى، لِأَنَّهُ لَمْ يَجِبْ عَلَيْهِ صَوْمُ رَمَضَانَ وُجُوبًا مُعَيَّنًا، وَلَمْ يُفَرِّقْ صَاحِبَاهُ بَيْنَ الْمُسَافِرِ وَالْحَاضِرِ، وَقَالَا: كُلُّ صَوْمٍ نُوِيَ فِي رَمَضَانَ انْقَلَبَ إِلَى رَمَضَانَ. وَسَبَبُ اخْتِلَافِهِمْ: هَلِ الْكَافِي فِي تَعْيِينِ النِّيَّةِ فِي هَذِهِ الْعِبَادَةِ هُوَ تَعْيِينُ جِنْسِ الْعِبَادَةِ أَوْ تَعْيِينُ شَخْصِهَا؟ وَذَلِكَ أَنَّ كِلَا الْأَمْرَيْنِ مَوْجُودٌ فِي الشَّرْعِ، مِثَالُ ذَلِكَ: أَنَّ النِّيَّةَ فِي الْوُضُوءِ يَكْفِي مِنْهَا اعْتِقَادُ رَفْعِ الْحَدَثِ لِأَيِّ شَيْءٍ كَانَ مِنَ الْعِبَادَةِ الَّتِي الْوُضُوءُ شَرْطٌ فِي صِحَّتِهَا، وَلَيْسَ يَخْتَصُّ عِبَادَةً عِبَادَةً بِوُضُوءٍ وُضُوءٍ. وَأَمَّا الصَّلَاةُ فَلَا بُدَّ فِيهَا مِنْ تَعْيِينِ شَخْصٍ الْعِبَادَةَ، فَلَا بُدَّ مِنْ تَعْيِينِ الصَّلَاةِ إِنْ عَصْرًا فَعَصْرًا، وَإِنْ ظُهْرًا فَظُهْرًا، وَهَذَا كُلُّهُ عَلَى الْمَشْهُورِ عِنْدَ الْعُلَمَاءِ، فَتَرَدَّدَ الصَّوْمُ عِنْدَ هَؤُلَاءِ بَيْنَ هَذَيْنِ الْجِنْسَيْنِ، فَمَنْ أَلْحَقَهُ بِالْجِنْسِ الْوَاحِدِ قَالَ: يَكْفِي فِي ذَلِكَ اعْتِقَادُ الصَّوْمِ فَقَطْ، وَمَنْ أَلْحَقَهُ بِالْجِنْسِ الثَّانِي اشْتَرَطَ تَعْيِينَ الصَّوْمِ. وَاخْتِلَافُهُمْ أَيْضًا فِي إِذَا نَوَى فِي أَيَّامِ رَمَضَانَ صَوْمًا آخَرَ هَلْ يَنْقَلِبُ أَوْ لَا يَنْقَلِبُ؟ سَبَبُهُ أَيْضًا: أَنَّ مِنَ الْعِبَادَةِ عِنْدَهُمْ مَنْ يَنْقَلِبُ مِنْ قِبَلِ أَنَّ الْوَقْتَ الَّذِي تُوقَعُ فِيهِ مُخْتَصٌّ بِالْعِبَادَةِ الَّتِي تَنْقَلِبُ إِلَيْهِ، وَمِنْهَا مَا لَيْسَ يَنْقَلِبُ: أَمَّا الَّتِي لَا تَنْقَلِبُ فَأَكْثَرُهَا، وَأَمَّا الَّتِي تَنْقَلِبُ بِاتِّفَاقٍ فَالْحَجُّ. وَذَلِكَ أَنَّهُمْ قَالُوا: إِذَا ابْتَدَأَ الْحَجَّ تَطَوُّعًا مَنْ وَجَبَ عَلَيْهِ الْحَجُّ انْقَلَبَ التَّطَوُّعُ إِلَى الْفَرْضِ، وَلَمْ يَقُولُوا ذَلِكَ فِي الصَّلَاةِ وَلَا فِي غَيْرِهَا.

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