elle-même et se distinguer sans que nous la percevions. Le sens apparent du texte fait dépendre l’abstention de la connaissance que l’on a de l’apparition de l’aube, tandis que le raisonnement analogique la fait dépendre de cette apparition même — je veux dire : par analogie avec le coucher du soleil et les autres limites temporelles fixées par la Loi religieuse, comme le passage du soleil au-delà du zénith. Dans tous ces cas, en effet, la Loi prend en considération l’événement lui-même, et non la connaissance que l’on en a.
L’avis le plus connu de Mālik, également retenu par la majorité, est qu’il est permis de continuer à manger jusqu’à l’apparition de l’aube. Selon un autre avis, il faut au contraire commencer à s’abstenir avant son apparition.
Le premier avis s’appuie sur ce qui figure dans le recueil d’al-Bukhārī — dans certaines de ses recensions, me semble-t-il —, où le Prophète — sur lui la prière et la paix — dit :
« Mangez et buvez jusqu’à ce qu’Ibn Umm Maktūm lance l’appel à la prière, car il ne le lance qu’une fois l’aube apparue. »
Ce texte est explicite, ou presque, sur le point controversé. Il concorde avec le sens apparent de cette parole du Très-Haut :
« Mangez et buvez » [al-Baqara : 187], et la suite du verset.
Ceux qui imposent de commencer à s’abstenir avant l’aube le font par précaution et pour prévenir ce qui pourrait conduire à transgresser l’interdit. C’est le plus scrupuleux des deux avis, tandis que le premier est plus conforme au raisonnement analogique. Allah sait mieux.
[Deuxième pilier du jeûne : l’abstention]
Deuxième pilier
L’abstention
Les savants s’accordent à dire que le jeûneur doit, pendant la durée du jeûne, s’abstenir de nourriture, de boisson et de rapports sexuels, conformément à cette parole du Très-Haut :
« Désormais, ayez des rapports avec elles et recherchez ce qu’Allah a prescrit pour vous. Mangez et buvez jusqu’à ce que se distingue pour vous le fil blanc de l’aube du fil noir de la nuit. » [al-Baqara : 187]
Ils divergent toutefois sur plusieurs questions : certaines ne sont pas expressément abordées par les textes, tandis que d’autres le sont.
Quant aux questions que les textes n’abordent pas expressément, la première concerne les substances non nutritives qui pénètrent dans la cavité interne du corps ; ce qui y pénètre par une autre voie que celle des aliments et des boissons, comme dans le cas d’un lavement ; et ce qui pénètre à l’intérieur des autres organes sans atteindre cette cavité, par exemple ce qui atteint le cerveau sans parvenir à l’estomac.
Leur divergence sur ces questions tient à l’assimilation, par analogie, du nutritif au non nutritif, car les textes ne mentionnent expressément que le nutritif. Ceux qui considèrent que le jeûne poursuit une finalité intelligible n’assimilent pas le nutritif au non nutritif. Ceux qui y voient un acte d’adoration dont la raison n’est pas accessible, et dont le seul objet est de s’abstenir de tout ce qui pénètre dans la cavité interne, traitent de la même manière le nutritif et le non nutritif.
En somme, selon la doctrine de Mālik, il faut s’abstenir de toute substance qui atteint la gorge, quelle que soit la voie par laquelle elle y parvient, qu’elle soit nutritive ou non.
Quant aux causes d’invalidation du jeûne autres que la nourriture et la boisson, tous considèrent que celui qui embrasse et éjacule a rompu son jeûne. En revanche, s’il émet du liquide pré-séminal, son jeûne n’est pas rompu, sauf selon Mālik.
Ils divergent sur le baiser donné par le jeûneur : certains l’autorisent, tandis que d’autres