Bidayat al-MujtahidIbn Rushd

le début du jeûne qu’en raison du soupçon qui peut entacher l’annonce du croissant de la fin du jeûne, mais non celle du croissant de son début. Abū Bakr ibn al-Mundhir partage l’avis d’Abū Thawr, et je pense que telle est aussi la position des tenants de l’école littéraliste. Pour appuyer ce hadith, Abū Bakr ibn al-Mundhir invoque le consensus selon lequel la déclaration d’une seule personne suffit à rendre obligatoires la rupture du jeûne et l’abstention de nourriture. Il doit donc en aller de même pour le début et la fin du mois, puisque, dans les deux cas, il s’agit d’un signe séparant le temps où l’on peut manger de celui où l’on doit jeûner.

Si nous admettons que l’observation du croissant peut être établie par une information transmise à celui qui ne l’a pas vu, cette règle s’étend-elle d’une localité à une autre ? Autrement dit, les habitants d’une localité qui n’ont pas aperçu le croissant doivent-ils se fonder sur l’observation faite ailleurs, ou chaque localité doit-elle s’en tenir à sa propre observation ? Cette question fait l’objet d’une divergence.

Concernant Mālik, Ibn al-Qāsim et ses disciples égyptiens rapportent de lui que, lorsqu’il est établi pour les habitants d’une localité que ceux d’une autre ont aperçu le croissant, ils doivent rattraper le jour durant lequel ils n’ont pas jeûné, alors que les autres l’ont fait. Al-Shāfi‘ī et Ahmad soutiennent également cet avis. Les Médinois rapportent toutefois de Mālik que l’annonce d’une observation n’a pas de caractère contraignant pour les habitants d’une autre localité que celle où elle a eu lieu, à moins que le dirigeant ne l’impose aux gens. Ibn al-Mājishūn et al-Mughīra, parmi les disciples de Mālik, partagent cet avis. Ils sont unanimes à considérer que l’observation d’une contrée ne s’impose pas à une autre lorsqu’elles sont très éloignées l’une de l’autre, comme al-Andalus et le Hedjaz.

Cette divergence tient à l’opposition entre le récit transmis et le raisonnement.

Selon le raisonnement, lorsque les lieux d’apparition du croissant ne diffèrent pas considérablement d’une contrée à une autre, il faut appliquer à chacune la même règle, car elles sont assimilables à un même horizon. En revanche, lorsque ces lieux diffèrent beaucoup, il n’est pas nécessaire de leur appliquer une règle commune.

Quant au récit transmis, il s’agit de celui que Muslim rapporte d’après Kurayb : Umm al-Fadl bint al-Hārith l’avait envoyé auprès de Mu‘āwiya, au Shām. Il raconte :

« Je me rendis au Shām et m’acquittai de sa demande. Le mois de Ramadan commença alors que je m’y trouvais, et j’aperçus le croissant dans la nuit du jeudi au vendredi. Puis je revins à Médine vers la fin du mois. ‘Abd Allāh ibn ‘Abbās me questionna, puis évoqua le croissant et me demanda : “Quand avez-vous aperçu le croissant ?”

Je répondis : “Je l’ai aperçu dans la nuit du jeudi au vendredi.”

Il demanda : “L’as-tu vu toi-même ?”

Je répondis : “Oui, les gens l’ont vu également et ont jeûné, et Mu‘āwiya a jeûné lui aussi.”

Il dit : “Quant à nous, nous l’avons aperçu dans la nuit du vendredi au samedi. Nous continuerons donc à jeûner jusqu’à avoir accompli trente jours ou jusqu’à l’apercevoir.”

Je lui demandai : “L’observation de Mu‘āwiya ne te suffit-elle pas ?”

Il répondit : “Non. C’est ainsi que le Prophète — sur lui la prière et la paix — nous l’a ordonné.” »

Le sens apparent de ce récit implique donc que chaque localité s’en tient à sa propre observation, qu’elle soit proche ou éloignée des autres. Le raisonnement conduit, quant à lui, à distinguer les contrées éloignées les unes des autres, tout particulièrement lorsque leur éloignement est important en longitude et en latitude. Lorsque l’information est transmise par des voies si nombreuses qu’elles en établissent la certitude, il n’est plus nécessaire de recourir à un témoignage.

Telles sont les questions relatives au moment où le jeûne devient obligatoire.

الصَّوْمِ لِلتُّهْمَةِ الَّتِي تَعْرِضُ لِلنَّاسِ فِي هِلَالِ الْفِطْرِ وَلَا تَعْرِضَ فِي هِلَالِ الصَّوْمِ، وَمَذْهَبُ أَبِي بَكْرِ بْنِ الْمُنْذِرِ هُوَ مَذْهَبُ أَبِي ثَوْرٍ وَأَحْسَبُهُ هُوَ مَذْهَبُ أَهْلِ الظَّاهِرِ وَقَدِ احْتَجَّ أَبُو بَكْرِ بْنُ الْمُنْذِرِ لِهَذَا الْحَدِيثِ بِانْعِقَادِ الْإِجْمَاعِ عَلَى وُجُوبِ الْفِطْرِ وَالْإِمْسَاكِ عَنِ الْأَكْلِ بِقَوْلٍ وَاحِدٍ، فَوَجَبَ أَنْ يَكُونَ الْأَمْرُ كَذَلِكَ فِي دُخُولِ الشَّهْرِ وَخُرُوجِهِ، إِذْ كِلَاهُمَا عَلَامَةٌ تَفْصِلُ زَمَانَ الْفِطْرِ مِنْ زَمَانِ الصَّوْمِ. وَإِذَا قُلْنَا: إِنَّ الرُّؤْيَةَ تَثْبُتُ بِالْخَبَرِ فِي حَقِّ مَنْ لَمْ يَرَهُ، فَهَلْ يَتَعَدَّى ذَلِكَ مِنْ بَلَدٍ إِلَى بَلَدٍ؟ - أَعْنِي: هَلْ يَجِبُ عَلَى أَهْلِ بَلَدٍ مَا إِذَا لَمْ يَرَوْهُ أَنْ يَأْخُذُوا فِي ذَلِكَ بِرُؤْيَةِ بَلَدٍ آخَرَ أَمْ لِكُلِّ بَلَدٍ رُؤْيَةٌ؟ - فِيهِ خِلَافٌ، فَأَمَّا مَالِكٌ فَإِنَّ ابْنَ الْقَاسِمِ وَالْمِصْرِيِّينَ رَوَوْا عَنْهُ أَنَّهُ إِذَا ثَبَتَ عِنْدَ أَهْلِ بَلَدٍ أَنَّ أَهْلَ بَلَدٍ آخَرَ رَأَوُا الْهِلَالَ أَنَّ عَلَيْهِمْ قَضَاءَ ذَلِكَ الْيَوْمِ الَّذِي أَفْطَرُوهُ وَصَامَهُ غَيْرُهُمْ، وَبِهِ قَالَ الشَّافِعِيُّ وَأَحْمَدُ. وَرَوَى الْمَدَنِيُّونَ عَنْ مَالِكٍ أَنَّ الرُّؤْيَةَ لَا تَلْزَمُ بِالْخَبَرِ عِنْدَ غَيْرِ أَهْلِ الْبَلَدِ الَّذِي وَقَعَتْ فِيهِ الرُّؤْيَةُ، إِلَّا أَنْ يَكُونَ الْإِمَامُ يَحْمِلُ النَّاسَ عَلَى ذَلِكَ، وَبِهِ قَالَ ابْنُ الْمَاجِشُونِ وَالْمُغِيرَةُ مِنْ أَصْحَابِ مَالِكٍ، وَأَجْمَعُوا أَنَّهُ لَا يُرَاعَى ذَلِكَ فِي الْبُلْدَانِ النَّائِيَةِ كَالْأَنْدَلُسِ وَالْحِجَازِ. وَالسَّبَبُ فِي هَذَا الْخِلَافِ: تَعَارُضُ الْأَثَرِ وَالنَّظَرِ. أَمَّا النَّظَرُ: فَهُوَ أَنَّ الْبِلَادَ إِذَا لَمْ تَخْتَلِفْ مَطَالِعُهَا كُلَّ الِاخْتِلَافِ فَيَجِبُ أَنْ يُحْمَلَ بَعْضُهَا عَلَى بَعْضٍ لِأَنَّهَا فِي قِيَاسِ الْأُفُقِ الْوَاحِدِ. وَأَمَّا إِذَا اخْتَلَفَتِ اخْتِلَافًا كَثِيرًا فَلَيْسَ يَجِبُ أَنْ يُحْمَلَ بَعْضُهَا عَلَى بَعْضٍ. وَأَمَّا الْأَثَرُ: فَمَا رَوَاهُ مُسْلِمٌ عَنْ كُرَيْبٍ أَنَّ أُمَّ الْفَضْلِ بَنَتَ الْحَرْثِ بَعَثَتْهُ إِلَى مُعَاوِيَةَ بِالشَّامِ فَقَالَ: قَدِمْتُ الشَّامَ فَقَضَيْتُ حَاجَتَهَا، وَاسْتَهَلَّ عَلَيَّ رَمَضَانُ وَأَنَا بِالشَّامِ، فَرَأَيْتُ الْهِلَالَ لَيْلَةَ الْجُمُعَةِ، ثُمَّ قَدِمْتُ الْمَدِينَةَ فِي آخِرِ الشَّهْرِ فَسَأَلَنِي عَبْدُ اللَّهِ بْنُ عَبَّاسٍ، ثُمَّ ذَكَرَ الْهِلَالَ فَقَالَ: مَتَى رَأَيْتُمُ الْهِلَالَ؟ فَقُلْتُ: رَأَيْتُهُ لَيْلَةَ الْجُمُعَةِ، فَقَالَ: أَنْتَ رَأَيْتَهُ؟ فَقُلْتُ: نَعَمْ وَرَآهُ النَّاسُ وَصَامُوا وَصَامَ مُعَاوِيَةُ قَالَ: لَكِنَّا رَأَيْنَاهُ لَيْلَةَ السَّبْتِ فَلَا نَزَالُ نَصُومُ حَتَّى نُكْمِلَ ثَلَاثِينَ يَوْمًا أَوْ نَرَاهُ، فَقُلْتُ: أَلَا تَكْتَفِي بِرُؤْيَةِ مُعَاوِيَةَ؟ فَقَالَ: لَا، هَكَذَا أَمَرَنَا النَّبِيُّ - عَلَيْهِ الصَّلَاةُ وَالسَّلَامُ -. فَظَاهِرُ هَذَا الْأَثَرِ يَقْتَضِي أَنَّ لِكُلِّ بَلَدٍ رُؤْيَتَهُ قَرُبَ أَوْ بَعُدَ، وَالنَّظَرُ يُعْطِي الْفَرْقَ بَيْنَ الْبِلَادِ النَّائِيَةِ، وَبِخَاصَّةٍ مَا كَانَ نَأْيُهُ فِي الطُّولِ وَالْعَرْضِ كَثِيرًا. وَإِذَا بَلَغَ الْخَبَرُ مَبْلَغَ التَّوَاتُرِ لَمْ يُحْتَجْ فِيهِ إِلَى شَهَادَةٍ. فَهَذِهِ هِيَ الْمَسَائِلُ الَّتِي تَتَعَلَّقُ بِزَمَانِ الْوُجُوبِ.

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