Bidayat al-MujtahidIbn Rushd

a dit :

“Jeûnez à la vue du croissant et mettez fin au jeûne à sa vue. S’il vous est caché par les nuages, complétez trente jours. Si deux témoins attestent l’avoir vu, commencez le jeûne ou mettez-y fin.” »

Parmi ces récits figure également le hadith d’Ibn ‘Abbās :

« Un Bédouin vint trouver le Prophète — sur lui la prière et la paix — et lui dit : “J’ai aperçu le croissant cette nuit.” Il lui demanda : “Attestes-tu qu’il n’y a de divinité digne d’adoration qu’Allah et que Muhammad est Son serviteur et Son Messager ?” Il répondit : “Oui.” Le Prophète dit alors : “Ô Bilāl, annonce aux gens qu’ils doivent jeûner demain.” »

Ce hadith est rapporté par al-Tirmidhī, qui précise : « Sa chaîne de transmission fait l’objet d’une divergence, car plusieurs transmetteurs l’ont rapporté sous une forme mursal, sans mention du Compagnon. »

Il y a aussi le hadith de Rib‘ī ibn Hirāsh, rapporté par Abū Dāwūd d’après Rib‘ī ibn Hirāsh, qui le tient d’un homme parmi les Compagnons du Messager d’Allah — sur lui la prière et la paix :

« Alors que les gens passaient le dernier jour de Ramadan, deux Bédouins se levèrent et attestèrent devant le Prophète — sur lui la prière et la paix — que le croissant était apparu la veille au soir. Le Messager d’Allah — sur lui la prière et la paix — ordonna alors aux gens de mettre fin au jeûne et de revenir au lieu de prière. »

Face à ces récits, les savants ont suivi deux démarches : donner la prépondérance à certains d’entre eux, ou les concilier. Al-Shāfi‘ī a concilié le hadith d’Ibn ‘Abbās et celui de Rib‘ī ibn Hirāsh en retenant leur sens apparent : il a ainsi rendu obligatoire le début du jeûne sur le témoignage d’une seule personne, et sa fin sur celui de deux personnes.

Mālik a donné la prépondérance au hadith de ‘Abd al-Rahmān ibn Zayd en raison du raisonnement analogique, c’est-à-dire en assimilant cette déclaration au témoignage portant sur les droits.

Il semble qu’Abū Thawr n’ait pas vu de contradiction entre le hadith d’Ibn ‘Abbās et celui de Rib‘ī ibn Khirāsh. En effet, le hadith de Rib‘ī ibn Khirāsh rapporte que le Prophète a statué sur le témoignage de deux personnes, tandis que celui d’Ibn ‘Abbās rapporte qu’il a statué sur celui d’une seule personne. Cela indique que les deux possibilités sont recevables, et non qu’il y a contradiction, ni que le premier jugement concerne exclusivement le début du jeûne et le second sa fin. Une telle distinction ne repose que sur une contradiction supposée.

De même, il semble qu’il n’y ait de contradiction entre le hadith de ‘Abd al-Rahmān ibn Zayd et celui d’Ibn ‘Abbās qu’en recourant au raisonnement a contrario, lequel est faible lorsqu’un énoncé explicite s’y oppose. Il nous apparaît donc que l’avis d’Abū Thawr, malgré son caractère isolé, est plus probant. D’autant qu’il est plus pertinent d’assimiler celui qui observe le croissant à un transmetteur de hadiths qu’à un témoin judiciaire.

En effet, concernant le témoignage, de deux choses l’une. Soit on considère que l’exigence d’un nombre déterminé de témoins est une prescription cultuelle sans raison juridique déterminée : on ne peut alors la prendre pour fondement d’un raisonnement analogique. Soit on considère que cette exigence tient aux contestations relatives aux droits et au doute que peuvent susciter les déclarations de l’une des parties adverses. Plusieurs témoins sont alors requis pour renforcer la probabilité et donner davantage de poids à la preuve de l’une des deux parties. On n’a toutefois pas exigé plus de deux témoins, afin de ne pas rendre le témoignage trop difficile à produire et de ne pas laisser ainsi les droits se perdre. Or, dans l’observation du croissant, aucune partie adverse ne suscite un doute qui imposerait de renforcer la déclaration par le nombre des témoins.

Il semble qu’al-Shāfi‘ī n’ait distingué le croissant annonçant la fin du jeûne du croissant annonçant

قَالَ: «صُومُوا لِرُؤْيَتِهِ وَأَفْطِرُوا لِرُؤْيَتِهِ، فَإِنْ غُمَّ عَلَيْكُمْ فَأَتِمُّوا ثَلَاثِينَ، فَإِنْ شَهِدَ شَاهِدَانِ فَصُومُوا وَأَفْطِرُوا» . وَمِنْهَا حَدِيثُ ابْنِ عَبَّاسٍ أَنَّهُ قَالَ: «جَاءَ أَعْرَابِيٌّ إِلَى النَّبِيِّ - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ - فَقَالَ: أَبْصَرْتُ الْهِلَالَ اللَّيْلَةَ، فَقَالَ أَتَشْهَدُ أَنْ لَا إِلَهَ إِلَّا اللَّهُ وَأَنَّ مُحَمَّدًا عَبْدُهُ وَرَسُولُهُ؟ قَالَ: نَعَمْ، قَالَ: يَا بِلَالُ أَذِّنْ فِي النَّاسِ فَلْيَصُومُوا غَدًا» خَرَّجَهُ التِّرْمِذِيُّ. قَالَ: وَفِي إِسْنَادِهِ خِلَافٌ لِأَنَّهُ رَوَاهُ جَمَاعَةٌ مُرْسَلًا. وَمِنْهَا حَدِيثُ رِبْعِيِّ بْنِ حِرَاشٍ خَرَّجَهُ أَبُو دَاوُدَ عَنْ رِبْعِيِّ بْنِ حِرَاشٍ عَنْ رَجُلٍ مِنْ أَصْحَابِ رَسُولِ اللَّهِ - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ - قَالَ: «كَانَ النَّاسُ فِي آخِرِ يَوْمٍ مِنْ رَمَضَانَ فَقَامَ أَعْرَابِيَّانِ فَشَهِدَا عِنْدَ النَّبِيِّ - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ - لَأَهَلَّ الْهِلَالُ أَمْسِ عَشِيَّةً، فَأَمَرَ رَسُولُ اللَّهِ - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ - النَّاسَ أَنْ يُفْطِرُوا وَأَنْ يَعُودُوا إِلَى الْمُصَلَّى» . فَذَهَبَ النَّاسُ فِي هَذِهِ الْآثَارِ مَذْهَبَ التَّرْجِيحِ وَمَذْهَبَ الْجَمْعِ، فَالشَّافِعِيُّ جَمَعَ بَيْنَ حَدِيثِ ابْنِ عَبَّاسٍ وَحَدِيثِ رِبْعِيِّ بْنِ حِرَاشٍ عَلَى ظَاهِرِهِمَا، فَأَوْجَبَ الصَّوْمَ بِشَهَادَةِ وَاحِدٍ وَالْفِطْرَ بِاثْنَيْنِ. وَمَالِكٌ رَجَّحَ حَدِيثَ عَبْدِ الرَّحْمَنِ بْنِ زَيْدٍ لِمَكَانِ الْقِيَاسِ - أَعْنِي: تَشْبِيهَ ذَلِكَ بِالشَّهَادَةِ فِي الْحُقُوقِ. وَيُشْبِهُ أَنْ يَكُونَ أَبُو ثَوْرٍ لَمْ يَرَ تَعَارُضًا بَيْنَ حَدِيثِ ابْنِ عَبَّاسٍ وَحَدِيثِ رِبْعِيِّ بْنِ خِرَاشٍ، وَذَلِكَ أَنَّ الَّذِي فِي حَدِيثِ رِبْعِيِّ بْنِ خِرَاشٍ أَنَّهُ قَضَى بِشَهَادَةِ اثْنَيْنِ، وَفِي حَدِيثِ ابْنِ عَبَّاسٍ أَنَّهُ قَضَى بِشَهَادَةِ وَاحِدٍ، وَذَلِكَ مِمَّا يَدُلُّ عَلَى جَوَازِ الْأَمْرَيْنِ جَمِيعًا، لَا أَنَّ ذَلِكَ تَعَارُضٌ، وَلَا أَنَّ الْقَضَاءَ الْأَوَّلَ مُخْتَصٌّ بِالصَّوْمِ وَالثَّانِيَ بِالْفِطْرِ، فَإِنَّ الْقَوْلَ بِهَذَا إِنَّمَا يَنْبَنِي عَلَى تَوَهُّمِ التَّعَارُضِ، وَكَذَلِكَ يُشْبِهُ أَلَّا يَكُونَ تَعَارُضٌ بَيْنَ حَدِيثِ عَبْدِ الرَّحْمَنِ بْنِ زَيْدٍ وَبَيْنَ حَدِيثِ ابْنِ عَبَّاسٍ إِلَّا بِدَلِيلِ الْخِطَابِ، وَهُوَ ضَعِيفٌ إِذَا عَارَضَهُ النَّصُّ، فَقَدْ نَرَى أَنَّ قَوْلَ أَبِي ثَوْرٍ عَلَى شُذُوذِهِ هُوَ أَبْيَنُ، مَعَ أَنَّ تَشْبِيهَ الرَّائِي بِالرَّاوِي هُوَ أَمْثَلُ مِنْ تَشْبِيهِهِ بِالشَّاهِدِ، لِأَنَّ الشَّهَادَةَ إِمَّا أَنْ يَقُولَ: إِنَّ اشْتِرَاطَ الْعَدَدِ فِيهَا عِبَادَةٌ غَيْرُ مُعَلَّلَةٍ فَلَا يَجُوزُ أَنْ يَقِيسَ عَلَيْهَا، وَإِمَّا أَنْ يَقُولَ: إِنَّ اشْتِرَاطَ الْعَدَدِ فِيهَا لِمَوْضِعِ التَّنَازُعِ الَّذِي فِي الْحُقُوقِ، وَالشُّبْهَةِ الَّتِي تَعْرِضُ مِنْ قِبَلِ قَوْلِ أَحَدِ الْخَصْمَيْنِ فَاشْتَرَطَ فِيهَا الْعَدَدَ وَلِيَكُونَ الظَّنُّ أَغْلَبَ وَالْمَيْلُ إِلَى حُجَّةِ أَحَدِ الشَّخْصَيْنِ أَقْوَى، وَلَمْ يَتَعَدَّ بِذَلِكَ الِاثْنَيْنِ لِئَلَّا يَعْسُرَ قِيَامُ الشَّهَادَةِ فَتَبْطُلَ الْحُقُوقُ، وَلَيْسَ فِي رُؤْيَةِ الْقَمَرِ شُبْهَةٌ مِنْ مُخَالِفٍ تُوجِبُ الِاسْتِظْهَارَ بِالْعَدَدِ. وَيُشْبِهُ أَنْ يَكُونَ الشَّافِعِيُّ إِنَّمَا فَرَّقَ بَيْنَ هِلَالِ الْفِطْرِ وَهِلَالِ

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