Leur divergence tient à l’ambiguïté de cette parole du Prophète — sur lui la prière et la paix :
« Commencez le jeûne à la vue du croissant et mettez-y fin à sa vue. S’il vous est masqué, évaluez-en la durée. »
La majorité a compris cette dernière expression dans le sens suivant : complétez le compte à trente jours. D’autres ont estimé qu’elle signifiait déterminer cette durée par le calcul. D’autres encore ont considéré qu’elle signifiait commencer la journée en jeûnant : telle est la position d’Ibn ‘Umar, comme nous l’avons mentionné. Cette dernière interprétation s’accorde toutefois difficilement avec les termes employés.
La majorité a retenu son interprétation en raison du hadith authentiquement rapporté par Ibn ‘Abbās, selon lequel le Prophète — sur lui la prière et la paix — a dit :
« S’il vous est masqué, complétez le compte à trente jours. »
La première formulation étant indéterminée et la seconde explicite, il faut comprendre la première à la lumière de la seconde. Cette méthode ne fait l’objet d’aucune divergence entre les spécialistes des fondements du droit : ils ne considèrent nullement qu’il y ait contradiction entre un texte au sens indéterminé et celui qui l’explicite. La position de la majorité apparaît donc clairement fondée — et Allah sait mieux.
Quant à leur divergence sur le moment de l’observation à prendre en considération, ils s’accordent à dire que, lorsque le croissant est aperçu le soir, le mois commence le lendemain. Ils divergent cependant lorsqu’il est aperçu à un autre moment de la journée — je parle de sa toute première observation. Selon la majorité, quelle que soit l’heure de la journée où la lune est aperçue pour la première fois, elle annonce le mois pour le lendemain, comme lorsqu’elle est aperçue le soir. Telle est la position de Mālik, d’al-Shāfi‘ī, d’Abū Hanīfa et de la majorité de leurs disciples.
Abū Yūsuf, parmi les disciples d’Abū Hanīfa, al-Thawrī et Ibn Habīb, parmi les disciples de Mālik, ont dit : si le croissant est aperçu avant le passage du soleil au zénith, il se rapporte à la nuit précédente ; s’il est aperçu après, il se rapporte à la nuit suivante.
Leur divergence vient de ce qu’ils ont délaissé l’expérience dans une question qui relève de celle-ci, pour s’en remettre aux récits transmis. Or, il n’existe à ce sujet aucun récit du Prophète — sur lui la prière et la paix — auquel on puisse se référer. Deux récits sont toutefois rapportés de ‘Umar — qu’Allah l’agrée : l’un est de portée générale, l’autre est explicite. Certains ont retenu le premier, d’autres le second.
Le récit de portée générale est celui qu’al-A‘mash rapporte d’Abū Wā’il, Shaqīq ibn Salama, qui a dit :
« Une lettre de ‘Umar nous parvint alors que nous étions à Khāniqīn : “Les croissants peuvent être plus ou moins grands. Si vous apercevez le croissant en plein jour, ne mettez pas fin au jeûne tant que deux hommes n’auront pas témoigné l’avoir aperçu la veille.” »
Quant au récit de portée particulière, c’est celui qu’al-Thawrī rapporte de lui : ‘Umar ibn al-Khattāb apprit que des gens avaient aperçu le croissant après le passage du soleil au zénith et avaient rompu le jeûne. Il leur écrivit pour les blâmer et leur dit :
« Si vous apercevez le croissant en plein jour, avant le passage du soleil au zénith, rompez le jeûne ; si vous l’apercevez après, ne le rompez pas. »
Le juge dit : ce qu’indiquent le raisonnement et l’expérience, c’est que la lune ne peut être vue alors que le soleil n’est pas encore couché que