Bidayat al-MujtahidIbn Rushd

[Chapitre deuxième — À qui incombe la zakat al-fitr et pour qui doit-elle être acquittée ?]

Chapitre deuxième
À qui incombe-t-elle et pour qui doit-elle être acquittée ?

Les juristes s’accordent à considérer que les musulmans sont concernés par cette obligation, hommes ou femmes, enfants ou adultes, esclaves ou personnes libres, conformément au hadith d’Ibn ‘Umar précédemment cité. Seul al-Layth s’est singularisé en affirmant : « La zakat al-fitr n’incombe pas à ceux qui vivent sous la tente, mais seulement aux habitants des localités. » Il ne dispose toutefois d’aucun argument à l’appui. L’avis de ceux qui n’en font pas une obligation pour l’orphelin est également isolé.

Quant aux personnes pour lesquelles elle doit être acquittée, les juristes s’accordent à dire que chacun doit la verser pour lui-même, qu’il s’agit d’une zakat attachée à la personne et non aux biens, et qu’un homme doit l’acquitter pour ses jeunes enfants lorsqu’ils ne possèdent pas de biens, ainsi que pour ses esclaves lorsqu’ils n’en possèdent pas non plus. Leurs divergences portent sur les autres cas.

La position de Mālik se résume ainsi : l’homme doit l’acquitter pour toute personne dont la Loi lui impose l’entretien. Al-Shāfi‘ī partage cet avis. Leur divergence tient seulement à leur désaccord sur les personnes dont l’entretien incombe ou non à un homme lorsqu’elles sont démunies. Abū Hanīfa s’oppose à Mālik au sujet de l’épouse : selon lui, elle l’acquitte pour elle-même. Abū Thawr s’oppose à eux concernant l’esclave qui possède des biens : selon lui, celui-ci l’acquitte pour lui-même et son maître ne la verse pas pour lui. Les tenants de l’école littéraliste partagent cet avis.

La majorité considère qu’un homme n’est pas tenu d’acquitter la zakat al-fitr pour ses jeunes enfants lorsqu’ils possèdent des biens. Tel est l’avis d’al-Shāfi‘ī, d’Abū Hanīfa et de Mālik. Al-Hasan affirme cependant : « Elle incombe au père ; s’il la prélève sur les biens de l’enfant, il doit lui en rembourser le montant. »

Pour la plupart des juristes, cette zakat n’est subordonnée ni à l’aisance ni à la possession d’un patrimoine atteignant un seuil déterminé : il suffit de disposer de quoi l’acquitter en sus de sa propre subsistance et de celle des personnes à sa charge. Abū Hanīfa et ses disciples déclarent : « Elle n’incombe pas à celui qui peut recevoir l’aumône, car on ne saurait être à la fois autorisé à la recevoir et tenu de la verser. » Cela est clair — et Allah sait mieux.

La majorité s’accorde à considérer que cette zakat n’incombe pas seulement à la personne assujettie aux obligations religieuses pour elle-même, comme c’est le cas des autres actes cultuels, mais également pour autrui, puisqu’elle est prescrite pour les enfants et les esclaves. Ceux qui en déduisent que la raison déterminante de cette règle est la tutelle affirment que le tuteur doit acquitter cette aumône pour toute personne placée sous sa tutelle. Ceux qui y voient plutôt l’obligation d’entretien estiment que celui à qui cet entretien incombe doit acquitter la zakat pour toute personne dont la Loi lui impose la charge.

Cette divergence tient à l’accord concernant l’enfant et l’esclave : ces deux cas montrent que cette zakat n’est pas exclusivement attachée à la personne de celui qui en est redevable, mais qu’elle lui incombe également pour autrui, si la tutelle et l’obligation d’entretien s’y trouvent réunies. Mālik considère donc que la raison déterminante est l’obligation d’entretien, tandis qu’Abū Hanīfa estime qu’il s’agit de la tutelle. De là vient leur divergence au sujet de l’épouse.

On rapporte également ce propos comme remontant au Prophète :

« Acquittez la zakat al-fitr pour toute personne dont vous assurez l’entretien. »

Ce récit est toutefois peu connu.

[الْفَصْلُ الثَّانِي فِي مَنْ تَجِبُ عَلَيْهِ زكاة الفطر وَعَنْ مَنْ تَجِبُ] الْفَصْلُ الثَّانِي فِي مَنْ تَجِبُ عَلَيْهِ، وَعَنْ مَنْ تَجِبُ؟ وَأَجْمَعُوا عَلَى أَنَّ الْمُسْلِمِينَ مُخَاطَبُونَ بِهَا ذُكْرَانًا كَانُوا أَوْ إِنَاثًا، صِغَارًا أَوْ كِبَارًا، عَبِيدًا أَوْ أَحْرَارًا لِحَدِيثِ ابْنِ عُمَرَ الْمُتَقَدِّمِ إِلَّا مَا شَذَّ فِيهِ اللَّيْثُ فَقَالَ: لَيْسَ عَلَى أَهْلِ الْعَمُودِ زَكَاةُ الْفِطْرِ، وَإِنَّمَا هِيَ عَلَى أَهْلِ الْقُرَى وَلَا حُجَّةَ لَهُ، وَمَا شَذَّ أَيْضًا مِنْ قَوْلِ مَنْ لَمْ يُوجِبْهَا عَلَى الْيَتِيمِ. وَأَمَّا عَنْ مَنْ تَجِبُ؟ فَإِنَّهُمُ اتَّفَقُوا عَلَى أَنَّهَا تَجِبُ عَلَى الْمَرْءِ فِي نَفْسِهِ، وَأَنَّهَا زَكَاةُ بَدَنٍ لَا زَكَاةُ مَالٍ، وَأَنَّهَا تَجِبُ فِي وَلَدِهِ الصِّغَارِ عَلَيْهِ إِذَا لَمْ يَكُنْ لَهُمْ مَالٌ، وَكَذَلِكَ فِي عَبِيدِهِ إِذَا لَمْ يَكُنْ لَهُمْ مَالٌ وَاخْتَلَفُوا فِيمَا سِوَى ذَلِكَ. وَتَلْخِيصُ مَذْهَبِ مَالِكٍ فِي ذَلِكَ: أَنَّهَا تَلْزَمُ الرَّجُلَ عَنْ مَنْ أَلْزَمَهُ الشَّرْعُ النَّفَقَةَ عَلَيْهِ، وَوَافَقَهُ فِي ذَلِكَ الشَّافِعِيُّ. وَإِنَّمَا يَخْتَلِفَانِ مِنْ قِبَلِ اخْتِلَافِهِمْ فِيمَنْ تَلْزَمُ الْمَرْءَ نَفَقَتُهُ إِذَا كَانَ مُعْسِرًا وَمَنْ لَيْسَ تَلْزَمُهُ، وَخَالَفَهُ أَبُو حَنِيفَةَ فِي الزَّوْجَةِ وَقَالَ تُؤَدِّي عَنْ نَفْسِهَا، وَخَالَفَهُمْ أَبُو ثَوْرٍ فِي الْعَبْدِ إِذَا كَانَ لَهُ مَالٌ، فَقَالَ: إِذَا كَانَ لَهُ مَالٌ زَكَّى عَنْ نَفْسِهِ وَلَمْ يُزَكِّ عَنْهُ سَيِّدُهُ، وَبِهِ قَالَ أَهْلُ الظَّاهِرِ. وَالْجُمْهُورُ عَلَى أَنَّهُ لَا تَجِبُ عَلَى الْمَرْءِ فِي أَوْلَادِهِ الصِّغَارِ إِذَا كَانَ لَهُمْ مَالٌ زَكَاةُ فِطْرٍ، وَبِهِ قَالَ الشَّافِعِيُّ وَأَبُو حَنِيفَةَ وَمَالِكٌ، وَقَالَ الْحَسَنُ: هِيَ عَلَى الْأَبِ وَإِنْ أَعْطَاهَا مِنْ مَالِ الِابْنِ فَهُوَ ضَامِنٌ. وَلَيْسَ مِنْ شَرْطِ هَذِهِ الزَّكَاةِ الْغِنَى عِنْدَ أَكْثَرِهِمْ وَلَا نِصَابٌ، بَلْ أَنْ تَكُونَ فَضْلًا عَنْ قُوتِهِ وَقُوتِ عِيَالِهِ. وَقَالَ أَبُو حَنِيفَةَ وَأَصْحَابُهُ: لَا تَجِبُ عَلَى مَنْ تَجُوزُ لَهُ الصَّدَقَةُ، لِأَنَّهُ لَا يَجْتَمِعُ أَنْ تَجُوزَ لَهُ وَأَنْ تَجِبَ عَلَيْهِ، وَذَلِكَ بَيِّنٌ - وَاللَّهُ أَعْلَمُ. وَإِنَّمَا اتَّفَقَ الْجُمْهُورُ عَلَى أَنَّ هَذِهِ الزَّكَاةَ لَيْسَتْ بِلَازِمَةٍ لِمُكَلَّفٍ مُكَلَّفٍ فِي ذَاتِهِ فَقَطْ كَالْحَالِ فِي سَائِرِ الْعِبَادَاتِ، بَلْ وَمِنْ قِبَلِ غَيْرِهِ لِإِيجَابِهَا عَلَى الصَّغِيرِ وَالْعَبِيدِ، فَمَنْ فَهِمَ مِنْ هَذَا أَنَّ عِلَّةَ الْحُكْمِ الْوِلَايَةُ قَالَ: الْوَلِيُّ يَلْزَمُهُ إِخْرَاجُ الصَّدَقَةِ عَلَى كُلِّ مَنْ يَلِيهِ، وَمَنْ فَهِمَ مِنْ هَذِهِ النَّفَقَةِ قَالَ: الْمُنْفِقُ يَجِبُ أَنْ يُخْرِجَ الزَّكَاةَ عَنْ كُلِّ مَنْ يُنْفِقُ عَلَيْهِ بِالشَّرْعِ. وَإِنَّمَا عَرَضَ هَذَا الِاخْتِلَافُ لِأَنَّهُ اتُّفِقَ فِي الصَّغِيرِ وَالْعَبْدِ، وَهُمَا اللَّذَانِ نَبَّهَا عَلَى أَنَّ هَذِهِ الزَّكَاةَ لَيْسَتْ مُعَلَّقَةً بِذَاتِ الْمُكَلَّفِ فَقَطْ بَلْ وَمِنْ قِبَلِ غَيْرِهِ إِنْ وُجِدَتِ الْوَلَايَةُ فِيهَا وَوُجُوبُ النَّفَقَةِ، فَذَهَبَ مَالِكٌ إِلَى أَنَّ الْعِلَّةَ فِي ذَلِكَ وُجُوبُ النَّفَقَةِ، وَذَهَبَ أَبُو حَنِيفَةَ إِلَى أَنَّ الْعِلَّةَ فِي ذَلِكَ الْوِلَايَةُ، وَلِذَلِكَ اخْتَلَفُوا فِي الزَّوْجَةِ. وَقَدْ رُوِيَ مَرْفُوعًا: «أَدُّوا زَكَاةَ الْفِطْرِ عَنْ كُلِّ مَنْ تَمُونُونَ» . وَلَكِنَّهُ غَيْرُ مَشْهُورٍ.

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