Bidayat al-MujtahidIbn Rushd

et, si nous l’exigeons, il faut tenir compte du nombre d’années écoulées. À moins de soutenir que, chaque fois qu’une année s’achève sans que le propriétaire ait pu acquitter la zakat, l’obligation afférente à cette année s’éteint : la zakat serait en effet exigible à deux conditions, la présence effective du bien et l’écoulement d’une année. Seule subsisterait alors l’obligation relative à la dernière année.

Mālik assimile ce cas à celui des marchandises destinées au commerce : selon lui, leur zakat n’est exigible qu’au moment de leur vente, même si elles sont demeurées de nombreuses années chez leur propriétaire. Ce cas présente aussi une certaine ressemblance avec celui du bétail auprès duquel le collecteur ne se rend pas pendant plusieurs années, puis qu’il trouve, à son arrivée, ayant dépéri. Selon la doctrine de Mālik, la zakat n’est alors calculée que sur les bêtes encore présentes. En effet, lorsque les années précédentes s’étaient achevées, le propriétaire n’avait pas pu acquitter la zakat, puisque Mālik pose comme condition à son versement, outre l’écoulement de l’année, la venue du collecteur. L’obligation afférente à l’année alors en cours s’était donc éteinte. Le calcul des années antérieures se fait sur la base du troupeau présent, que le montant alors dû ait été inférieur ou supérieur, dès lors que ce troupeau est soumis à la zakat. Cette solution ne procède pas du raisonnement analogique : Mālik s’y est uniquement fondé sur la pratique établie.

Quant à al-Shāfi'ī, il tient le propriétaire pour responsable du paiement, car la venue du collecteur n’est pas, selon lui, une condition de l’obligation. Dans cette même logique, celui qui estime qu’on ne peut acquitter la zakat de ses biens qu’en la remettant à l’imam doit considérer le cas où il n’existe aucun imam — ou aucun imam juste, s’il exige cette qualité. Si les biens périssent après l’écoulement de l’année, mais avant qu’il ait été possible de remettre la zakat à l’imam, leur propriétaire ne doit alors rien.

Chez Mālik, les créances se répartissent entre les trois régimes précédemment évoqués. Certaines ne sont soumises à la zakat que pour une seule année, telles les créances commerciales ; pour d’autres, telles les créances provenant d’un héritage, une nouvelle année commence à courir ; la troisième catégorie est celle des créances du commerçant exerçant une activité continue. Nous n’avons toutefois pas pour objet d’exposer en détail sa doctrine relative aux créances.

Cinquième question : l’année applicable aux marchandises

Cette question a déjà été traitée à propos du seuil d’imposition des marchandises.

Quant à la sixième question, celle du bétail nouvellement acquis, Mālik adopte à son sujet une position différente de celle qu’il retient pour les espèces monétaires nouvellement acquises. Il rattache en effet la nouvelle acquisition au troupeau initial lorsque celui-ci atteint le seuil d’imposition, comme le fait Abū Hanīfa tant pour les dirhams nouvellement acquis que pour le bétail nouvellement acquis.

Abū Hanīfa applique donc une règle unique aux nouvelles acquisitions : elles sont rattachées au bien initial dès lors que celui-ci atteint le seuil d’imposition, qu’il s’agisse d’ovins ou de caprins nouvellement acquis, ou encore d’espèces monétaires. Selon lui, les bénéfices et les petits nés dans le troupeau suivent le même régime que les nouvelles acquisitions.

Quant à Mālik, il applique une même règle aux bénéfices et aux petits nés dans le troupeau, mais distingue les espèces monétaires nouvellement acquises du bétail nouvellement acquis.

Quant à al-Shāfi'ī, il applique une même règle aux bénéfices et aux nouvelles acquisitions : une année propre est prise en compte pour chacun. Il applique également une même règle au bétail nouvellement acquis et aux petits nés dans le troupeau : leur année est celle du troupeau initial, lorsque celui-ci atteint le seuil d’imposition.

Tel est, en résumé, l’avis de ces trois jurisconsultes. Il semble que Mālik n’ait distingué le bétail des espèces monétaires que pour suivre Omar ; autrement, le raisonnement analogique est le même dans les deux cas : le bénéfice est comparable aux petits nés dans le troupeau, et une nouvelle acquisition à une autre.

Le récit d’Omar auquel il est fait référence rapporte qu’il ordonna de compter les petits dans le bétail des propriétaires, sans toutefois en prélever aucun. Ce récit a déjà été cité au chapitre consacré au seuil d’imposition.

فَإِنِ اشْتَرَطْنَا وَجَبَ أَنْ يُعْتَبَرَ عَدَدُ الْأَحْوَالِ إِلَّا أَنْ يَقُولَ كُلَّمَا انْقَضَى حَوْلٌ فَلَمْ يَتَمَكَّنْ مِنْ أَدَائِهِ سَقَطَ عَنْهُ ذَلِكَ الْحَقُّ اللَّازِمُ فِي ذَلِكَ الْحَوْلِ، فَإِنَّ الزَّكَاةَ وَجَبَتْ بِشَرْطَيْنِ: حُضُورِ عَيْنِ الْمَالِ، وَحُلُولِ الْحَوْلِ، فَلَمْ يَبْقَ إِلَّا حَقُّ الْعَامِ الْأَخِيرِ، وَهَذَا يُشَبِّهُهُ مَالِكٌ بِالْعُرُوضِ الَّتِي لِلتِّجَارَةِ، فَإِنَّهَا لَا تَجِبُ عِنْدَهُ فِيهَا زَكَاةٌ إِلَّا إِذَا بَاعَهَا وَإِنْ أَقَامَتْ عِنْدَهُ أَحْوَالًا كَثِيرَةً، وَفِيهِ شُبِّهَ مَا بِالْمَاشِيَةِ الَّتِي لَا يَأْتِي السَّاعِي أَعْوَامًا إِلَيْهَا ثُمَّ يَأْتِي فَيَجِدُهَا قَدِ انْقَضَتْ، فَإِنَّهُ يُزَكِّي عَلَى مَذْهَبِ مَالَكٍ الَّذِي وُجِدَ فَقَطْ؛ لِأَنَّهُ لَمَّا حَالَ عَلَيْهَا الْحَوْلُ فِيمَا تَقَدَّمَ وَلَمْ يَتَمَكَّنْ مِنْ إِخْرَاجِ الزَّكَاةِ إِذْ كَانَ مَجِيءُ السَّاعِي شَرْطًا عِنْدَهُ فِي إِخْرَاجِهَا مَعَ حُلُولِ الْحَوْلِ سَقَطَ عَنْهُ حَقُّ ذَلِكَ الْحَوْلِ الْحَاضِرِ وَحُوسِبَ بِهِ فِي الْأَعْوَامِ السَّالِفَةِ، كَانَ الْوَاجِبُ فِيهَا أَقَلَّ أَوْ أَكْثَرَ إِذَا كَانَتْ مِمَّا تَجِبُ فِيهِ الزَّكَاةُ، وَهُوَ شَيْءٌ يَجْرِي عَلَى غَيْرِ قِيَاسٍ، وَإِنَّمَا اعْتَبَرَ مَالِكٌ فِيهِ الْعَمَلَ. وَأَمَّا الشَّافِعِيُّ: فَيَرَاهُ ضَامِنًا لِأَنَّهُ لَيْسَ مَجِيءُ السَّاعِي شَرْطًا عِنْدَهُ فِي الْوُجُوبِ، وَعَلَى هَذَا كُلُّ مَنْ رَأَى أَنَّهُ لَا يَجُوزُ أَنْ يُخْرِجَ زَكَاةَ مَالِهِ إِلَّا بِأَنْ يَدْفَعَهَا إِلَى الْإِمَامِ فَعُدِمَ الْإِمَامُ، أَوْ عُدِمَ الْإِمَامُ الْعَادِلُ إِنْ كَانَ مِمَّنْ شَرَطَ الْعَدَالَةَ فِي ذَلِكَ، أَنَّهُ إِنْ هَلَكَتْ بَعْدَ انْقِضَاءِ الْحَوْلِ وَقَبْلَ التَّمَكُّنِ مِنْ دَفْعِهَا إِلَى الْإِمَامِ فَلَا شَيْءَ عَلَيْهِ. وَمَالِكٌ تَنْقَسِمُ عِنْدَهُ الدُّيُونِ لِهَذِهِ الْأَحْوَالِ الثَّلَاثَةِ - أَعْنِي: أَنَّ مِنَ الدُّيُونِ عِنْدَهُ مَا يُزَكَّى لِعَامٍ وَاحِدٍ فَقَطْ مِثْلُ دُيُونِ التِّجَارَةِ، وَمِنْهَا مَا يُسْتَقْبَلُ بِهَا الْحَوْلُ مِثْلُ دُيُونِ الْمَوَارِيثِ وَالثَّالِثُ دَيْنُ الْمُدِيرِ - وَتَحْصِيلُ قَوْلِهِ فِي الدُّيُونِ لَيْسَ بِغَرَضِنَا. الْمَسْأَلَةُ الخَامِسَةُ وَهِيَ حَوْلُ الْعُرُوضِ وَقَدْ تَقَدَّمَ الْقَوْلُ فِيهَا عِنْدَ الْقَوْلِ فِي نِصَابِ الْعُرُوضِ. ; وَأَمَّا الْمَسْأَلَةُ السَّادِسَةُ - وَهِيَ فَوَائِدُ الْمَاشِيَةِ -: فَإِنَّ مَذْهَبَ مَالِكٍ فِيهَا خِلَافُ مَذْهَبِهِ فِي فَوَائِدِ النَّاضِّ، وَذَلِكَ أَنَّهُ يَبْنِي الْفَائِدَةَ عَلَى الْأَصْلِ إِذَا كَانَ الْأَصْلُ نِصَابًا كَمَا يَفْعَلُ أَبُو حَنِيفَةَ فِي فَائِدَةِ الدَّرَاهِمِ وَفِي فَائِدَةِ الْمَاشِيَةِ، فَأَبُو حَنِيفَةَ مَذْهَبُهُ فِي الْفَوَائِدِ حُكْمٌ وَاحِدٌ - أَعْنِي: أَنَّهَا تُبْنَى عَلَى الْأَصْلِ إِذَا كَانَتْ نِصَابًا، كَانَتْ فَائِدَةَ غَنَمٍ أَوْ فَائِدَةَ نَاضٍّ، وَالْأَرْبَاحُ عِنْدَهُ وَالنَّسْلُ كَالْفَوَائِدِ، وَأَمَّا مَالِكٌ فَالرِّبْحُ وَالنَّسْلُ عِنْدَهُ حُكْمُهُمَا وَاحِدٌ، وَيُفَرِّقُ بَيْنَ فَوَائِدِ النَّاضِّ وَفَوَائِدِ الْمَاشِيَةِ. وَأَمَّا الشَّافِعِيُّ فَالْأَرْبَاحُ وَالْفَوَائِدُ عِنْدَهُ حُكْمُهُمَا وَاحِدٌ بِاعْتِبَارِ حَوْلِهِمَا بِأَنْفُسِهِمَا، وَفَوَائِدُ الْمَاشِيَةِ وَنَسْلُهَا وَاحِدٌ باعْتِبَارِ حَوْلِهِمَا بِالْأَصْلِ إِذَا كَانَ نِصَابًا. فَهَذَا هُوَ حَصِيلُ مَذَاهِبِ هَؤُلَاءِ الْفُقَهَاءِ الثَّلَاثَةِ، وَكَأَنَّهُ إِنَّمَا فَرَّقَ مَالِكٌ بَيْنَ الْمَاشِيَةِ وَالنَّاضِّ اتِّبَاعًا لِعُمَرَ، وَإِلَّا فَالْقِيَاسُ فِيهِمَا وَاحِدٌ - أَعْنِي: أَنَّ الرِّبْحَ شَبِيهٌ بِالنَّسْلِ وَالْفَائِدَةَ بِالْفَائِدَةِ -. وَحَدِيثُ عُمَرَ هَذَا هُوَ أَنَّهُ أَمَرَ أَنْ يَعُدَّ عَلَيْهِمْ بِالسِّخَالِ وَلَا يَأْخُذَ مِنْهَا شَيْئًا، وَقَدْ تَقَدَّمَ الْحَدِيثُ فِي بَابِ النِّصَابِ.

Entreprise

  • À propos
  • Tarifs
  • Pourquoi traduire ?

Support

  • Contactez-nous
  • Signaler un bug
  • Nous soutenir
  • Faire un don
  • Arène de combat IA

Suivez-nous

© 2026 Kutub. Tous droits réservés.
Conditions d'utilisationPolitique de confidentialitéCookies