Bidayat al-MujtahidIbn Rushd

Les savants ont donc divergé sur l’interprétation de ces traditions et sur la manière de les concilier avec le raisonnement par analogie mentionné. Mālik a compris l’ordre de jeter ce qui reste après qu’un chien a bu et de laver le récipient comme une prescription purement cultuelle, non motivée par une cause juridique ; selon lui, l’eau dans laquelle le chien a lapé n’est pas impure. Selon l’avis communément rapporté de lui, il n’estimait pas qu’il faille jeter les substances autres que l’eau dans lesquelles un chien a lapé. Cela tient, comme nous l’avons dit, à l’opposition entre cet ordre et le raisonnement par analogie précité. Il considérait également que, si l’on comprenait de cet ordre que le chien est impur en lui-même, cette interprétation se heurterait au sens apparent du Livre, à savoir cette parole du Très-Haut :

« Mangez donc de ce qu’ils ont capturé pour vous. »

[La Table servie : 4]

Il entend par là que, si le chien était impur en lui-même, il rendrait le gibier impur par son contact. Il a conforté cette interprétation par le nombre de lavages prescrit, alors qu’aucun nombre déterminé n’est requis pour laver les impuretés. Il a donc affirmé que ce lavage relevait uniquement d’une prescription cultuelle. Il n’a pas retenu les autres traditions, qu’il jugeait faibles.

Quant à al-Shāfi‘ī, il a fait du chien une exception parmi les animaux vivants. Il a considéré que le sens apparent de ce hadith impliquait l’impureté de ses restes de boisson et que — à ce qu’il me semble — c’était sa salive qui était impure, et non le chien lui-même. Il estimait aussi qu’il fallait laver le gibier pour en retirer cette salive. De même, il a fait du porc une exception, en raison du verset précédemment cité.

Abū Hanīfa, pour sa part, a soutenu que l’impureté des restes de boisson des bêtes de proie, du chat et du chien, telle qu’elle ressort de ces traditions, tenait à l’interdiction de consommer leur chair. Selon lui, il s’agit d’un énoncé particulier dont la portée voulue est générale. Il a donc affirmé : « Le statut des restes de boisson des animaux suit celui de leur chair. » D’autres ont exclu de cette règle le chien, le chat et les bêtes de proie, en s’en tenant au sens apparent des hadiths rapportés à leur sujet.

D’autres encore ont jugé purs les restes de boisson du chien et du chat, ne faisant exception que pour les bêtes de proie.

Pour le chien, ils se sont fondés sur le nombre de lavages prescrit, sur le sens apparent du Livre qui s’oppose à l’impureté de ses restes de boisson, ainsi que sur le hadith d’Abū Qatāda, qui s’y oppose également : l’absence d’impureté chez la chatte y est justifiée par le fait qu’elle va et vient parmi les hommes ; or, le chien va et vient lui aussi parmi eux.

Quant à la chatte, ils ont donné la prééminence au hadith d’Abū Qatāda sur celui que Qurra rapporte d’après Ibn Sīrīn. Ils ont également donné la prééminence au hadith d’Ibn ‘Umar sur celui de ‘Umar et sur les récits de même sens, car le hadith d’Abū Qatāda s’oppose à celui de ‘Umar par ce qu’il implique a contrario. En effet, puisque l’absence d’impureté chez la chatte est justifiée par ses allées et venues parmi les hommes, on en déduit que les restes de boisson des animaux qui ne les fréquentent pas ainsi, à savoir les bêtes de proie, sont interdits. Ibn al-Qāsim figure parmi ceux qui ont adopté cette position.

Quant à Abū Hanīfa, il a affirmé, comme nous l’avons dit, l’impureté des restes de boisson du chien. Il n’a toutefois pas considéré le nombre de lavages comme une condition de purification du récipient dans lequel le chien a lapé, car, à ses yeux, cette exigence se heurtait au raisonnement par analogie relatif au lavage des impuretés (je veux dire que seule compte, dans ce cas, l’élimination de la substance impure elle-même). Cela correspond à sa manière habituelle d’écarter les traditions transmises par des voies isolées lorsqu’elles se heurtent aux principes généraux.

Le juge dit :

Il a donc retenu une partie de ce hadith et laissé de côté ce qui s’y heurtait aux principes généraux. Il a conforté cette position en faisant valoir qu’elle était aussi celle d’Abū Hurayra, le rapporteur du hadith.

Tels sont les éléments qui ont amené les juristes à tant diverger sur cette question et les ont conduits à adopter des positions différentes. Cette question relève entièrement de l’effort d’interprétation juridique, et il est difficile d’y établir la prééminence d’un avis.

Peut-être l’avis le plus solide consiste-t-il à exclure le chien, le porc et l’associateur de la règle de pureté des restes de boisson des animaux, en raison de l’authenticité

فَاخْتَلَفَ الْعُلَمَاءُ فِي تَأْوِيلِ هَذِهِ الْآثَارِ وَوَجْهِ جَمْعِهَا مَعَ الْقِيَاسِ الْمَذْكُورِ، فَذَهَبَ مَالِكٌ بِالْأَمْرِ بِإِرَاقَةِ سُؤْرِ الْكَلْبِ وَغَسْلِ الْإِنَاءِ مِنْهُ، إِلَى أَنَّ ذَلِكَ عِبَادَةٌ غَيْرُ مُعَلَّلَةٍ، وَأَنَّ الْمَاءَ الَّذِي يَلِغُ فِيهِ لَيْسَ بِنَجِسٍ، وَلَمْ يَرَ إِرَاقَةَ مَا عَدَا الْمَاءَ مِنَ الْأَشْيَاءِ الَّتِي يَلِغُ فِيهَا الْكَلْبُ فِي الْمَشْهُورِ عَنْهُ، وَذَلِكَ كَمَا قُلْنَا لِمُعَارَضَةِ ذَلِكَ الْقِيَاسِ لَهُ، وَلِأَنَّهُ ظَنَّ أَيْضًا أَنَّهُ إِنْ فُهِمَ مِنْهُ أَنَّ الْكَلْبَ نَجِسُ الْعَيْنِ عَارَضَهُ ظَاهِرُ الْكِتَابِ، وَهُوَ قَوْله تَعَالَى: {فَكُلُوا مِمَّا أَمْسَكْنَ عَلَيْكُمْ} [المائدة: ٤] يُرِيدُ أَنَّهُ لَوْ كَانَ نَجِسَ الْعَيْنِ لَنَجَّسَ الصَّيْدَ بِمُمَاسَّتِهِ، وَأَيَّدَ هَذَا التَّأْوِيلَ بِمَا جَاءَ فِي غَسْلِهِ مِنَ الْعَدَدِ، وَالنَّجَاسَاتُ لَيْسَ يُشْتَرَطُ فِي غَسْلِهَا الْعَدَدُ فَقَالَ: إِنَّ هَذَا الْغَسْلَ إِنَّمَا هُوَ عِبَادَةٌ، وَلَمْ يُعَرِّجْ عَلَى سَائِرِ تِلْكَ الْآثَارِ لِضَعْفِهَا عِنْدَهُ. وَأَمَّا الشَّافِعِيُّ فَاسْتَثْنَى الْكَلْبَ مِنَ الْحَيَوَانِ الْحَيِّ وَرَأَى أَنَّ ظَاهِرَ هَذَا الْحَدِيثِ يُوجِبُ نَجَاسَةَ سُؤْرِهِ، وَأَنَّ لُعَابَهُ هُوَ النَّجِسُ لَا عَيْنُهُ فِيمَا أَحْسَبُ، وَأَنَّهُ يَجِبُ أَنْ يُغْسَلَ الصَّيْدُ مِنْهُ، وَكَذَلِكَ اسْتَثْنَى الْخِنْزِيرَ لِمَكَانِ الْآيَةِ الْمَذْكُورَةِ. وَأَمَّا أَبُو حَنِيفَةَ: فَإِنَّهُ زَعَمَ أَنَّ الْمَفْهُومَ مِنْ تلك الْآثَارِ الْوَارِدَةِ بِنَجَاسَةِ سُؤْرِ السِّبَاعِ وَالْهِرِّ وَالْكَلْبِ هُوَ مِنْ قِبَلِ تَحْرِيمِ لُحُومِهَا، وَأَنَّ هَذَا مِنْ بَابِ الْخَاصِّ أُرِيدَ بِهِ الْعَامُّ فَقَالَ: الْأَسْآرُ تَابِعَةٌ لِلُحُومِ الْحَيَوَانِ، وَأَمَّا بَعْضُ النَّاسِ فَاسْتَثْنَى مِنْ ذَلِكَ الْكَلْبَ وَالْهِرَّ وَالسِّبَاعَ عَلَى ظَاهِرِ الْأَحَادِيثِ الْوَارِدَةِ فِي ذَلِكَ. وَأَمَّا بَعْضُهُمْ فَحَكَمَ بِطَهَارَةِ سُؤْرِ الْكَلْبِ وَالْهِرِّ، فَاسْتَثْنَى مِنْ ذَلِكَ السِّبَاعَ فَقَطْ. أَمَّا سُؤْرُ الْكَلْبِ فَلِلْعَدَدِ الْمُشْتَرَطِ فِي غَسْلِهِ، وَلِمُعَارَضَةِ ظَاهِرِ الْكِتَابِ لَهُ، وَلِمُعَارَضَةِ حَدِيثِ أَبِي قَتَادَةَ لَهُ، إِذْ عَلَّلَ عَدَمَ نَجَاسَةِ الْهِرَّةِ مِنْ قِبَلِ أَنَّهَا مِنَ الطَّوَّافِينَ، وَالْكَلْبُ طَوَّافٌ. وَأَمَّا الْهِرَّةُ فَمَصِيرًا إِلَى تَرْجِيحِ حَدِيثِ أَبِي قَتَادَةَ عَلَى حَدِيثِ قُرَّةَ عَنِ ابْنِ سِيرِينَ، وَتَرْجِيحِ حَدِيثِ ابْنِ عُمَرَ عَلَى حَدِيثِ عُمَرَ وَمَا وَرَدَ فِي مَعْنَاهُ، لِمُعَارَضَةِ حَدِيثِ أَبِي قَتَادَةَ لَهُ بِدَلِيلِ الْخِطَابِ ; وَذَلِكَ أَنَّهُ لَمَّا عَلَّلَ عَدَمَ النَّجَاسَةِ فِي الْهِرَّةِ بِسَبَبِ الطَّوَافِ فُهِمَ مِنْهُ أَنَّ مَا لَيْسَ بِطَوَّافٍ وَهِيَ السِّبَاعُ فَأَسْآرُهَا مُحَرَّمَةٌ، وَمِمَّنْ ذَهَبَ هَذَا الْمَذْهَبَ ابْنُ الْقَاسِمِ. وَأَمَّا أَبُو حَنِيفَةَ فَقَالَ كَمَا قُلْنَا بِنَجَاسَةِ سُؤْرِ الْكَلْبِ، وَلَمْ يَرَ الْعَدَدَ فِي غَسْلِهِ شَرْطًا فِي طَهَارَةِ الْإِنَاءِ الَّذِي وَلَغَ فِيهِ ; لِأَنَّهُ عَارَضَ ذَلِكَ عِنْدَهُ الْقِيَاسُ فِي غَسْلِ النَّجَاسَاتِ، (أَعْنِي: أَنَّ الْمُعْتَبَرَ فِيهَا إِنَّمَا هُوَ إِزَالَةُ الْعَيْنِ فَقَطْ) وَهَذَا عَلَى عَادَتِهِ فِي رَدِّ أَخْبَارِ الْآحَادِ لِمَكَانِ مُعَارَضَةِ الْأُصُولِ لَهَا. قَالَ الْقَاضِي: فَاسْتَعْمَلَ مِنْ هَذَا الْحَدِيثِ بَعْضًا، وَلَمْ يَسْتَعْمِلْ مَا عَارَضَتْهُ مِنْهُ الْأُصُولُ وَعَضَّدَ ذَلِكَ بِأَنَّهُ مَذْهَبُ أَبِي هُرَيْرَةَ الَّذِي رَوَى الْحَدِيثَ. فَهَذِهِ هِيَ الْأَشْيَاءُ الَّتِي حَرَّكَتِ الْفُقَهَاءَ إِلَى هَذَا الِاخْتِلَافِ الْكَثِيرِ فِي هَذِهِ الْمَسْأَلَةِ، وَقَادَتْهُمْ إِلَى الِافْتِرَاقِ فِيهَا، وَالْمَسْأَلَةُ اجْتِهَادِيَّةٌ مَحْضَةٌ يَعْسُرُ أَنْ يُوجَدَ فِيهَا تَرْجِيحٌ. وَلَعَلَّ الْأَرْجَحَ أَنْ يُسْتَثْنَى مِنْ طَهَارَةِ أَسْآرِ الْحَيَوَانِ الْكَلْبُ وَالْخِنْزِيرُ وَالْمُشْرِكُ لِصِحَّةِ

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