Bidayat al-MujtahidIbn Rushd

Quant aux principes juridiques qui s’opposent à cette tradition, l’estimation relève de la vente dite muzābana, qui est interdite : il s’agit d’échanger des fruits encore sur les palmiers contre une quantité de fruits mesurée. Elle relève aussi de l’échange à terme de dattes fraîches contre des dattes sèches. Elle tombe ainsi sous l’interdiction de l’inégalité des quantités et du paiement différé, deux causes fondamentales de l’usure. Considérant cela, ainsi que le fait que l’estimation pratiquée à Khaybar ne concernait pas la zakat, puisque ses habitants n’y étaient pas assujettis, les juristes de Koufa ont dit : « Il se peut qu’il se soit agi d’une évaluation destinée à connaître la quantité de fruits détenue par chaque groupe. »

Le cadi dit :

D’après le récit transmis par Mālik, il apparaît que cette estimation servait au partage. Il est en effet rapporté que, lorsqu’il avait achevé l’estimation, ‘Abd Allāh ibn Rawāha disait : « Si vous le souhaitez, cette part est pour vous ; si vous le souhaitez, elle est pour moi. » Je parle ici du partage des fruits, non de celui des grains.

En revanche, d’après le hadith de ‘Ā’isha rapporté par Abū Dāwūd, l’estimation visait à déterminer la part dont ils étaient redevables. Voici ce hadith : évoquant l’affaire de Khaybar, elle dit :

« Le Prophète — sur lui la prière et le salut — envoyait ‘Abd Allāh ibn Rawāha auprès des juifs de Khaybar pour estimer la récolte de leurs palmiers lorsque les dattes arrivaient à maturité, avant qu’on en mange. »

Ni al-Bukhārī ni Muslim n’ont rapporté le récit relatif à l’estimation des fruits sur pied. Quoi qu’il en soit, cette estimation constitue une exception aux principes mentionnés, à condition qu’il soit établi que le Prophète — sur lui la prière et le salut — en ait fait une règle applicable aux musulmans. En effet, si une règle était établie pour les non-musulmans sous protection, il ne s’ensuivrait pas nécessairement qu’elle s’applique à l’ensemble des musulmans, sauf preuve à l’appui. Allah est le plus savant.

Si le hadith de ‘Attāb ibn Asīd était authentique, la licéité de l’estimation serait clairement établie. Allah est le plus savant. Dans ce hadith, ‘Attāb ibn Asīd dit :

« Le Messager d’Allah — sur lui la prière et le salut — m’a ordonné d’estimer la récolte de raisins et d’en percevoir la zakat sous forme de raisins secs, de même que la zakat des palmiers est perçue sous forme de dattes sèches. »

L’authenticité du hadith de ‘Attāb ibn Asīd a toutefois été contestée, car celui qui le rapporte de lui est Sa‘īd ibn al-Musayyab, lequel ne l’a pas entendu de lui. C’est pourquoi Dāwūd n’a pas autorisé l’estimation des raisins sur pied. Ceux qui considèrent la zakat comme obligatoire sur les olives ont également divergé sur la licéité de leur estimation sur pied.

Leur divergence tient à l’application, en cette matière, d’une analogie entre les olives, d’une part, et les dattes et les raisins, d’autre part. Tous s’accordent pour dire que la zakat des palmiers se prélève en dattes sèches, non en dattes fraîches ; de même, celle des vignes se prélève en raisins secs, non en raisins frais. De même encore, ceux qui rendent la zakat obligatoire sur les olives considèrent qu’elle se prélève en huile, non en olives, par analogie avec les dattes sèches et les raisins secs.

Mālik a dit, à propos des raisins qui ne se prêtent pas au séchage et des olives dont on ne peut extraire d’huile : « J’estime qu’il faut en prélever les fruits eux-mêmes. »

وَأَمَّا الْأُصُولُ الَّتِي تُعَارِضُهُ: فَلِأَنَّهُ مِنْ بَابِ الْمُزَابَنَةِ الْمَنْهِيِّ عَنْهَا - وَهُوَ بَيْعُ الثَّمَرِ فِي رُءُوسِ النَّخْلِ بِالثَّمَرِ كَيْلًا -، وَلِأَنَّهُ أَيْضًا مِنْ بَابِ بَيْعِ الرُّطَبِ بِالتَّمْرِ نَسِيئَةً، فَيَدْخُلُهُ الْمَنْعُ مِنَ التَّفَاضُلِ وَمِنَ النَّسِيئَةِ، وَكِلَاهُمَا مِنْ أُصُولِ الرِّبَا، فَلَمَّا رَأَى الْكُوفِيُّونَ هَذَا مَعَ أَنَّ الْخَرْصَ الَّذِي كَانَ يُخْرَصُ عَلَى أَهْلِ خَيْبَرَ لَمْ يَكُنْ لِلزَّكَاةِ، إِذْ كَانُوا لَيْسُوا بِأَهْلِ زَكَاةٍ، قَالُوا: يُحْتَمَلُ أَنْ يَكُونَ تَخْمِينًا لِيُعْلَمَ مَا بِأَيْدِي كُلِّ قَوْمٍ مِنَ الثِّمَارِ. قَالَ الْقَاضِي: أَمَّا بِحَسَبِ خَبَرِ مَالِكٍ: فَالظَّاهِرُ أَنَّهُ كَانَ فِي الْقِسْمَةِ، لِمَا رُوِيَ أَنَّ عَبْدَ اللَّهِ بْنَ رَوَاحَةَ كَانَ إِذَا فَرَغَ مِنَ الْخَرْصِ قَالَ: إِنْ شِئْتُمْ فَلَكُمْ وَإِنْ شِئْتُمْ فَلِي - أَعْنِي: فِي قِسْمَةِ الثِّمَارِ لَا فِي قِسْمَةِ الْحَبِّ. وَأَمَّا بِحَسَبِ حَدِيثِ عَائِشَةَ الَّذِي رَوَاهُ أَبُو دَاوُدَ: فَإِنَّمَا الْخَرْصُ لِمَوْضِعِ النَّصِيبِ الْوَاجِبِ عَلَيْهِمْ فِي ذَلِكَ، وَالْحَدِيثُ هُوَ: أَنَّهَا قَالَتْ - وَهِيَ تَذْكُرُ شَأْنَ خَيْبَرَ -: «كَانَ النَّبِيُّ - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ - يَبْعَثُ عَبْدَ اللَّهِ بْنَ رَوَاحَةَ إِلَى يَهُودِ خَيْبَرَ فَيَخْرُصُ عَلَيْهِمُ النَّخْلَ حِينَ يَطِيبُ قَبْلَ أَنْ يُؤْكَلَ مِنْهُ» . وَخَرْصُ الثِّمَارِ لَمْ يُخَرِّجْهُ الشَّيْخَانِ، وَكَيْفَمَا كَانَ فَالْخَرْصُ مُسْتَثْنًى مِنْ تِلْكَ الْأُصُولِ، هَذَا إِنْ ثَبَتَ أَنَّهُ كَانَ مِنْهُ - عَلَيْهِ الصَّلَاةُ وَالسَّلَامُ - حُكْمًا مِنْهُ عَلَى الْمُسْلِمِينَ، فَإِنَّ الْحُكْمَ لَوْ ثَبَتَ عَلَى أَهْلِ الذِّمَّةِ لَيْسَ يَجِبُ أَنْ يَكُونَ حُكْمًا عَامًّا عَلَى الْمُسْلِمِينَ إِلَّا بِدَلِيلٍ، وَاللَّهُ أَعْلَمُ. وَلَوْ صَحَّ حَدِيثُ عَتَّابِ بْنِ أَسِيدٍ لَكَانَ جَوَازُ الْخَرْصِ بَيِّنًا - وَاللَّهُ أَعْلَمُ. وَحَدِيثُ عَتَّابِ بْنِ أَسِيدٍ هُوَ أَنَّهُ قَالَ: «أَمَرَنِي رَسُولُ اللَّهِ - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ - أَنْ أَخْرُصَ الْعِنَبَ وَآخُذَ زَكَاتَهُ زَبِيبًا، كَمَا تُؤْخَذُ زَكَاةُ النَّخْلِ تَمْرًا» . وَحَدِيثُ عَتَّابِ بْنِ أَسِيدٍ طُعِنَ فِيهِ، لِأَنَّ رَاوِيَهُ عَنْهُ هُوَ سَعِيدُ بْنُ الْمُسَيَّبِ، وَهُوَ لَمْ يَسْمَعْ مِنْهُ، وَلِذَلِكَ لَمْ يُجِزْ دَاوُدُ خَرْصَ الْعِنَبِ. وَاخْتَلَفَ مَنْ أَوْجَبَ الزَّكَاةَ فِي الزَّيْتُونِ فِي جَوَازِ خَرْصِهِ. وَالسَّبَبُ فِي اخْتِلَافِهِمْ فِي قِيَاسِهِ فِي ذَلِكَ عَلَى النَّخْلِ وَالْعِنَبِ ; وَالْمُخْرَجُ عِنْدَ الْجَمِيعِ مِنَ النَّخْلِ فِي الزَّكَاةِ هُوَ التَّمْرُ لَا الرُّطَبُ، وَكَذَلِكَ الزَّبِيبُ مِنَ الْعِنَبِ لَا الْعِنَبُ نَفْسُهُ، وَكَذَلِكَ عِنْدَ الْقَائِلِينَ بِوُجُوبِ الزَّكَاةِ فِي الزَّيْتُونِ هُوَ الزَّيْتُ لَا الْحَبُّ قِيَاسًا عَلَى التَّمْرِ وَالزَّبِيبِ. وَقَالَ مَالِكٌ فِي الْعِنَبِ الَّذِي لَا يَتَزَبَّبُ وَالزَّيْتُونِ الَّذِي لَا يَعتصِرُ، أَرَى أَنْ يُؤْخَذَ مِنْهُ حَبًّا.

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