Bidayat al-MujtahidIbn Rushd

Quant à la première question :

Ils sont unanimes sur le fait que, pour une même sorte de grains ou de fruits, les produits de bonne et de médiocre qualité sont réunis. La zakat est prélevée sur l’ensemble, en proportion des quantités respectives de chacune des deux qualités. Si les fruits comportent plusieurs variétés, le prélèvement s’effectue sur ceux de qualité moyenne.

Ils divergent toutefois sur le regroupement des différentes sortes de légumes secs, ainsi que sur celui du blé, de l’orge et de l’orge nue. Mālik considère que tous les légumes secs constituent une seule catégorie, et qu’il en va de même du blé, de l’orge et de l’orge nue. Al-Shāfi‘ī, Abū Hanīfa, Ahmad et un groupe de savants considèrent, quant à eux, que les légumes secs constituent plusieurs catégories, selon leurs dénominations : aucune ne doit être ajoutée à une autre dans le calcul du seuil d’imposition. De même, l’orge, l’orge nue et le blé constituent, selon eux, trois catégories distinctes, dont aucune ne doit être réunie à une autre pour atteindre ce seuil.

Leur divergence tient au critère qui définit une même catégorie : est-ce l’identité des usages ou celle des dénominations ? Ceux qui retiennent les dénominations considèrent que des noms différents correspondent à des catégories distinctes. Ceux qui retiennent les usages considèrent que des produits ayant les mêmes usages constituent une seule catégorie, même si leurs noms diffèrent.

Chacun des deux camps s’efforce d’établir son principe par un examen inductif des dispositions de la Loi : l’un invoque, à l’appui de sa doctrine, les cas où la Loi tient compte des dénominations, et l’autre ceux où elle tient compte des usages. Il semble toutefois qu’en matière de zakat, la Loi fournisse davantage d’appuis au critère des dénominations qu’à celui des usages, bien que les deux critères soient présents dans ses dispositions. Allah est le plus savant.

Quant à la deuxième question — déterminer le seuil d’imposition au moyen d’une estimation des fruits sur pied, plutôt que par une mesure de capacité —, la majorité des savants autorise cette estimation pour les dattes et les raisins dès que les signes de leur maturation apparaissent. Il est en effet nécessaire de laisser les fruits à la disposition de leurs propriétaires pour qu’ils puissent les consommer frais.

Dāwūd ne permet cette estimation que pour les dattes. Abū Hanīfa et ses deux disciples la considèrent comme non valable : le propriétaire doit acquitter le dixième de la récolte effectivement recueillie, qu’elle soit supérieure ou inférieure à l’estimation.

Leur divergence sur la validité de cette estimation tient à l’opposition entre les principes juridiques et la tradition rapportée à ce sujet. Cette tradition, sur laquelle s’appuie la majorité, est la suivante :

« Le Messager d’Allah — sur lui la prière et le salut — envoyait ‘Abd Allāh ibn Rawāha et d’autres à Khaybar pour estimer sur pied la récolte de dattes de ses habitants. »

أَمَّا الْمَسْأَلَةُ الأُولَى: فَإِنَّهُمْ أَجْمَعُوا عَلَى أَنَّ الصِّنْفَ الْوَاحِدَ مِنَ الْحُبُوبِ وَالثَّمَرِ يُجْمَعُ جِيِّدُهُ إِلَى رَدِيئِهِ، وَتُؤْخَذُ الزَّكَاةُ عَنْ جَمِيعِهِ بِحَسَبِ قَدْرِ كُلِّ وَاحِدٍ مِنْهُمَا - أَعْنِي: مِنَ الْجَيِّدِ والرَّدِئِ -، فَإِنْ كَانَ الثَّمَرُ أَصْنَافًا أُخِذَ مِنْ وَسَطِهِ. وَاخْتَلَفُوا فِي ضَمِّ الْقَطَانِيِّ بَعْضِهَا إِلَى بَعْضٍ، وَفِي ضَمِّ الْحِنْطَةِ وَالشَّعِيرِ وَالسُّلْتِ فَقَالَ مَالِكٌ: الْقِطْنِيَّةُ كُلُّهَا صِنْفٌ وَاحِدٌ، الْحِنْطَةُ وَالشَّعِيرُ وَالسُّلْتُ أَيْضًا. وَقَالَ الشَّافِعِيُّ وَأَبُو حَنِيفَةَ وَأَحْمَدُ وَجَمَاعَةٌ: الْقَطَانِيُّ كُلُّهَا أَصْنَافٌ كَثِيرَةٌ بِحَسَبِ أَسْمَائِهَا، وَلَا يُضَمُّ مِنْهَا شَيْءٌ إِلَى غَيْرِهِ فِي حِسَابِ النِّصَابِ. وَكَذَلِكَ الشَّعِيرُ وَالسُّلْتُ وَالْحِنْطَةُ عِنْدَهُمْ أَصْنَافٌ ثَلَاثَةٌ لَا يُضَمُّ وَاحِدٌ مِنْهَا إِلَى الْآخَرِ لِتَكْمِيلِ النِّصَابِ. وَسَبَبُ الْخِلَافِ: هَلِ الْمُرَاعَاةُ فِي الصِّنْفِ الْوَاحِدِ هُوَ اتِّفَاقُ الْمَنَافِعِ أَوِ اتِّفَاقُ الْأَسْمَاءِ؟ فَمَنْ قَالَ: اتِّفَاقُ الْأَسْمَاءِ، قَالَ: كُلَّمَا اخْتَلَفَتْ أَسْمَاؤُهَا فَهِيَ أَصْنَافٌ كَثِيرَةٌ، وَمَنْ قَالَ: اتِّفَاقُ الْمَنَافِعِ، قَالَ: كُلَّمَا اتَّفَقَتْ مَنَافِعُهَا فَهِيَ صِنْفٌ وَاحِدٌ وَإِنِ اخْتَلَفَتْ أَسْمَاؤُهَا. فَكُلُّ وَاحِدٍ مِنْهُمَا يَرُومُ قَاعِدَتَهُ بِاسْتِقْرَاءِ الشَّرْعِ - أَعْنِي: أَنَّ أَحَدَهُمَا يَحْتَجُّ لِمَذْهَبِهِ بِالْأَشْيَاءِ الَّتِي اعْتَبَرَ فِيهَا الشَّرْعُ الْأَسْمَاءَ، وَالْآخَرُ بِالْأَشْيَاءِ الَّتِي اعْتَبَرَ الشَّرْعُ فِيهَا الْمَنَافِعَ -، وَيُشْبِهُ أَنْ يَكُونَ شَهَادَةُ الشَّرْعِ لِلْأَسْمَاءِ فِي الزَّكَاةِ أَكْثَرَ مِنْ شَهَادَتِهِ لِلْمَنَافِعِ، وَإِنْ كَانَ كِلَا الِاعْتِبَارَيْنِ مَوْجُودًا فِي الشَّرْعِ. وَاللَّهُ أَعْلَمُ. وَأَمَّا الْمَسْأَلَةُ الثَّانِيَةُ - وَهِيَ تَقْدِيرُ النِّصَابِ بِالْخَرْصِ وَاعْتِبَارُهُ بِهِ دُونَ الْكَيْلِ -: فَإِنَّ جُمْهُورَ الْعُلَمَاءِ عَلَى إِجَازَةِ الْخَرْصِ فِي النَّخِيلِ وَالْأَعْنَابِ حِينَ يَبْدُو صَلَاحُهَا لِضَرُورَةِ أَنْ يُخَلَّى بَيْنَهَا وَبَيْنَ أَهْلِهَا يَأْكُلُونَهَا رُطَبًا. وَقَالَ دَاوُدُ: لَا خَرْصَ إِلَّا فِي النَّخِيلِ فَقَطْ. وَقَالَ أَبُو حَنِيفَةَ وَصَاحِبَاهُ: الْخَرْصُ بَاطِلٌ، وَعَلَى رَبِّ الْمَالِ أَنْ يُؤَدِّيَ عُشْرَ مَا تَحَصَّلَ يَده زَادَ الْخَرْص أَوْ نَقَصَ مِنْهُ. وَالسَّبَبُ فِي اخْتِلَافِهِمْ فِي جَوَازِ الْخَرْصِ: مُعَارَضَةُ الْأُصُولِ لِلْأَثَرِ الْوَارِدِ فِي ذَلِكَ: أَمَّا الْأَثَرُ الْوَارِدُ فِي ذَلِكَ - وَهُوَ الَّذِي تَمَسَّكَ بِهِ الْجُمْهُورُ - فَهُوَ مَا رُوِيَ: «أَنَّ رَسُولَ اللَّهِ - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ - كَانَ يُرْسِلُ عَبْدَ اللَّهِ بْنَ رَوَاحَةَ وغيره إِلَى خَيْبَرَ فَيَخْرُصُ عَلَيْهِمُ النَّخْلَ» .

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