Bidayat al-MujtahidIbn Rushd

L’avis qui soumet à la zakat les biens constitués en mainmorte au profit des pauvres est sans fondement, car deux éléments se conjuguent ici : d’une part, la propriété de ces biens est incomplète ; d’autre part, leurs bénéficiaires sont des personnes non déterminées, appartenant à la catégorie de ceux auxquels la zakat est destinée, et non de ceux auxquels elle incombe.

Quant à la deuxième question, celle de savoir à qui incombe la zakat sur la production d’une terre louée, certains estiment qu’elle incombe au propriétaire des cultures. C’est l’avis de Mālik, d’al-Shāfi‘ī, d’al-Thawrī, d’Ibn al-Mubārak, d’Abū Thawr et d’un groupe de savants. Abū Hanīfa et ses disciples estiment, quant à eux, qu’elle incombe au propriétaire de la terre et que le locataire n’en doit rien.

Leur divergence tient à la question suivante : la dîme est-elle un droit attaché à la terre, aux cultures, ou à leur réunion ? Personne n’a toutefois soutenu qu’elle était un droit attaché à leur réunion, alors que tel est bien le cas en réalité. Puisqu’ils considéraient qu’elle se rattachait à l’un de ces deux éléments, ils ont divergé sur celui auquel il convenait le mieux de l’attribuer dans le cas qui fait l’unanimité : celui où les cultures et la terre appartiennent à un même propriétaire. La majorité a donc estimé qu’elle se rattachait au bien sur lequel la zakat est due, à savoir le grain. Abū Hanīfa a estimé qu’elle se rattachait à ce qui fonde l’obligation, à savoir la terre.

Quant à leur divergence concernant les terres soumises à l’impôt foncier, le kharāj, lorsqu’elles passent aux musulmans — faut-il y acquitter la dîme en plus du kharāj, ou non ? —, la majorité estime que la dîme, c’est-à-dire la zakat, y est due. Abū Hanīfa et ses disciples estiment qu’elle ne l’est pas.

Comme nous l’avons dit, leur divergence tient à la question de savoir si la zakat est un droit attaché à la terre ou au grain. Si nous disons qu’elle est attachée à la terre, deux droits ne peuvent s’y cumuler : la dîme et le kharāj. Si nous disons qu’elle est attachée au grain, le kharāj constitue alors un droit attaché à la terre, et la zakat un droit attaché au grain. Cette divergence ne se présente à propos de ces terres que parce que leur propriété est incomplète, comme nous l’avons dit. C’est aussi pourquoi les savants ont divergé sur la licéité de vendre les terres soumises au kharāj.

Lorsqu’une terre soumise à la dîme passe à un non-musulman bénéficiant du pacte de protection, qui la cultive, la majorité estime qu’aucun prélèvement n’y est dû. Al-Nu‘mān estime que, lorsqu’un tel non-musulman achète une terre soumise à la dîme, celle-ci devient une terre soumise au kharāj. Il semble donc considérer la dîme comme le droit attaché aux terres des musulmans, et le kharāj comme celui attaché aux terres des non-musulmans bénéficiant du pacte de protection. Pourtant, selon ce principe, lorsqu’une terre soumise au kharāj passe aux musulmans, elle devrait devenir une terre soumise à la dîme, de même que, selon lui, une terre soumise à la dîme devient une terre soumise au kharāj lorsqu’elle passe à un non-musulman bénéficiant du pacte de protection.

Certaines questions relatives au propriétaire trouvent tout particulièrement leur place dans ce chapitre.

La première concerne le cas où une personne prélève sa zakat, puis où celle-ci se perd.

La deuxième concerne le cas où, alors qu’il était possible de verser la zakat, une partie des biens périt avant son versement.

وَلَا مَعْنَى لِمَنْ أَوْجَبَهَا عَلَى الْمَسَاكِينِ لِأَنَّهُ يَجْتَمِعُ فِي ذَلِكَ شَيْئَانِ اثْنَانِ: أَحَدُهُمَا: أَنَّهَا مِلْكٌ نَاقِصٌ، وَالثَّانِيَةُ: أَنَّهَا عَلَى قَوْمٍ غَيْرِ مُعَيَّنِينَ مِنَ الصِّنْفِ الَّذِينَ تُصْرَفُ إِلَيْهِمُ الصَّدَقَةُ، لَا مِنَ الَّذِينَ تَجِبُ عَلَيْهِمْ. وَأَمَّا الْمَسْأَلَةُ الثَّانِيَةُ: وَهِيَ الْأَرْضُ الْمُسْتَأْجَرَةُ عَلَى مَنْ تَجِبُ زَكَاةُ مَا تُخْرِجُهُ فَإِنَّ قَوْمًا قَالُوا: الزَّكَاةُ عَلَى صَاحِبِ الزَّرْعِ، وَبِهِ قَالَ مَالِكٌ وَالشَّافِعِيُّ وَالثَّوْرِيُّ وَابْنُ الْمُبَارَكِ وَأَبُو ثَوْرٍ وَجَمَاعَةٌ. وَقَالَ أَبُو حَنِيفَةَ وَأَصْحَابُهُ: الزَّكَاةُ عَلَى رَبِّ الْأَرْضِ وَلَيْسَ عَلَى الْمُسْتَأْجِرِ مِنْهُ شَيْءٌ. وَالسَّبَبُ فِي اخْتِلَافِهِمْ: هَلِ الْعُشْرُ حَقُّ الْأَرْضِ أَوْ حَقُّ الزَّرْعِ أَوْ حَقُّ مَجْمُوعِهِمَا؟ إِلَّا أَنَّهُ لَمْ يَقُلْ أَحَدٌ إِنَّهُ حَقٌّ لِمَجْمُوعِهِمَا، وَهُوَ فِي الْحَقِيقَةِ حَقُّ مَجْمُوعِهِمَا، فَلَمَّا كَانَ عِنْدَهُمْ أَنَّهُ حَقٌّ لِأَحَدِ الْأَمْرَيْنِ اخْتَلَفُوا فِي أَيِّهِمَا هُوَ أَوْلَى أَنْ يُنْسَبَ إِلَى الْمَوْضِعِ الَّذِي فِيهِ الِاتِّفَاقُ، وَهُوَ كَوْنُ الزَّرْعِ وَالْأَرْضِ لِمَالِكٍ وَاحِدٍ. فَذَهَبَ الْجُمْهُورُ إِلَى أَنَّهُ لِلشَّيْءِ الَّذِي تَجِبُ فِيهِ الزَّكَاةُ وَهُوَ الْحَبُّ. وَذَهَبَ أَبُو حَنِيفَةَ إِلَى أَنَّهُ لِلشَّيْءِ الَّذِي هُوَ أَصْلُ الْوُجُوبِ وَهُوَ الْأَرْضُ. ; وَأَمَّا اخْتِلَافُهُمْ فِي أَرْضِ الْخَرَاجِ إِذَا انْتَقَلَتْ إِلَى الْمُسْلِمِينَ هَلْ فِيهَا عُشْرٌ مَعَ الْخَرَاجِ أَمْ لَيْسَ فِيهَا عُشْرٌ؟ فَإِنَّ الْجُمْهُورَ عَلَى أَنَّ فِيهَا الْعُشْرَ - أَعْنِي: الزَّكَاةَ -. وَقَالَ أَبُو حَنِيفَةَ وَأَصْحَابُهُ: لَيْسَ فِيهَا عُشْرٌ. وَسَبَبُ اخْتِلَافِهِمْ - كَمَا قُلْنَا -: هَلِ الزَّكَاةُ حَقُّ الْأَرْضِ، أَوْ حَقُّ الْحَبِّ؟ فَإِنْ قُلْنَا: إِنَّهُ حَقُّ الْأَرْضِ لَمْ يَجْتَمِعْ فِيهَا حَقَّانِ: وَهُمَا الْعُشْرُ وَالْخَرَاجُ، وَإِنْ قُلْنَا: وَالزَّكَاةُ حَقُّ الْحَبِّ كَانَ الْخَرَاجُ حَقَّ الْأَرْضِ، وَالزَّكَاةُ حَقَّ الْحَبِّ، وَإِنَّمَا يَجِيءُ هَذَا الْخِلَافُ فِيهَا لِأَنَّهَا ملكٌ نَاقِصٌ كَمَا قُلْنَا، وَلِذَلِكَ اخْتَلَفَ الْعُلَمَاءُ فِي جَوَازِ بَيْعِ أَرْضِ الْخَرَاجِ. ; وَأَمَّا إِذَا انْتَقَلَتْ أَرْضُ الْعُشْرِ إِلَى الذِّمِّيِّ يَزْرَعُهَا: فَإِنَّ الْجُمْهُورَ عَلَى أَنَّهُ لَيْسَ فِيهَا شَيْءٌ. وَقَالَ النُّعْمَانُ: إِذَا اشْتَرَى الذِّمِّيُّ أَرْضَ عُشْرٍ تَحَوَّلَتْ أَرْضَ خَرَاجٍ، فَكَأَنَّهُ رَأَى أَنَّ الْعُشْرَ هُوَ حَقُّ أَرْضِ الْمُسْلِمِينَ، وَالْخَرَاجُ هُوَ حَقُّ أَرْضِ الذِّمِّيِّينَ، لَكِنْ كَانَ يَجِبُ عَلَى هَذَا الْأَصْلِ إِذَا انْتَقَلَتْ أَرْضُ الْخَرَاجِ إِلَى الْمُسْلِمِينَ أَنْ تَعُودَ أَرْضَ عُشْرٍ، كَمَا أَنَّ عِنْدَهُ إِذَا انْتَقَلَتْ أَرْضُ الْعُشْرِ إِلَى الذِّمِّيِّ عَادَتْ أَرْضَ خَرَاجٍ. وَيَتَعَلَّقُ بِالْمَالِكِ مَسَائِلُ أَلْيَقُ الْمَوَاضِعِ بِذِكْرِهَا هَذَا الْبَابُ: أَحَدُهَا: إِذَا أَخْرَجَ الْمَرْءُ الزَّكَاةَ فَضَاعَتْ. وَالثَّانِيَةُ: إِذَا أَمْكَنَ إِخْرَاجُهَا فَهَلَكَ بَعْضُ الْمَالِ قَبْلَ الْإِخْرَاجِ.

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