Bidayat al-MujtahidIbn Rushd

Leur divergence tient à la question de savoir si la zakat est un acte d’adoration ou un droit établi sur les biens au profit des pauvres.

Ceux qui considèrent qu’elle constitue un droit des pauvres estiment qu’aucune zakat n’est due sur les biens d’une personne endettée : le droit du créancier précède dans le temps celui des pauvres et, en réalité, ces biens appartiennent au créancier, non à celui qui les détient.

Ceux qui la considèrent comme un acte d’adoration estiment qu’elle incombe à toute personne détenant des biens : cette détention est la condition de son assujettissement et le signe qui rend la zakat obligatoire pour elle, qu’elle soit ou non endettée. En outre, deux droits se trouvent ici en concurrence : un droit d’Allah et un droit humain ; or, le droit d’Allah mérite davantage d’être acquitté.

Toutefois, dispenser la personne endettée de la zakat paraît plus conforme à la finalité de la Loi, puisque le Prophète — sur lui la prière et la paix — a dit à son sujet :

« Une aumône prélevée sur leurs riches et reversée à leurs pauvres. »

Or, une personne endettée n’est pas riche.

Quant à ceux qui distinguent les céréales des autres biens, ou le numéraire des autres formes de biens, je ne leur connais aucun argument clairement fondé. Abū ‘Ubayd disait : « S’il n’est pas établi qu’il a une dette, on ne prélève rien sur lui. » Cela ne contredit pas l’avis selon lequel la dette dispense de la zakat, mais celui selon lequel on accepte la déclaration de l’intéressé concernant ses dettes comme on accepte sa déclaration concernant ses biens.

Quant aux biens dus par autrui, qui ne sont pas entre les mains de leur propriétaire, autrement dit les créances, les savants divergent également à leur sujet.

Certains estiment qu’ils ne sont pas soumis à la zakat, même après leur recouvrement, tant que la condition requise — l’écoulement d’une année — n’est pas remplie auprès de celui qui les a recouvrés. C’est l’un des deux avis d’al-Shāfi‘ī. C’est aussi l’avis d’al-Layth, ou du moins ce qui se déduit de sa position par analogie.

D’autres estiment que, lorsqu’il recouvre sa créance, le propriétaire acquitte la zakat pour les années écoulées.

Mālik estime qu’il acquitte la zakat pour une seule année, même si les biens sont restés plusieurs années auprès du débiteur, dès lors que la créance provient d’une opération comportant une contrepartie. En revanche, si elle provient d’une acquisition sans contrepartie, comme un héritage, une nouvelle année commence à courir à compter de son recouvrement. L’école apporte certaines distinctions à ce sujet.

Relèvent également de cette question leurs divergences concernant la zakat sur les fruits de biens constitués en mainmorte, ainsi que sur les terres louées : à qui incombe la zakat sur leur production, au propriétaire de la terre ou au cultivateur ? Il en va de même de leur divergence au sujet des terres soumises à l’impôt foncier, le kharāj, lorsqu’elles passent de ceux qui sont assujettis à cet impôt aux musulmans, lesquels sont assujettis à la dîme ; et, inversement, des terres soumises à la dîme, qui sont celles des musulmans, lorsqu’elles passent à ceux qui sont assujettis à l’impôt foncier, c’est-à-dire aux non-musulmans bénéficiant du pacte de protection. Il semble que la divergence, dans tous ces cas, tienne au caractère incomplet de la propriété de ces biens.

Concernant la première question, celle de la zakat sur les fruits de biens constitués en mainmorte, Mālik et al-Shāfi‘ī la tenaient pour obligatoire, tandis que Makhūl et Tāwūs estimaient qu’aucune zakat n’était due sur ces fruits.

Certains distinguent les biens constitués en mainmorte au profit des pauvres de ceux qui le sont au profit de personnes déterminées : ils imposent la zakat dans ce dernier cas, mais non lorsque les bénéficiaires sont les pauvres.

وَالسَّبَبُ فِي اخْتِلَافِهِمُ: اخْتِلَافُهُمْ هَلِ الزَّكَاةُ عِبَادَةٌ أَوْ حَقٌّ مُرَتَّبٌ فِي الْمَالِ لِلْمَسَاكِينِ؟ فَمَنْ رَأَى أَنَّهَا حَقٌّ لَهُمْ قَالَ: لَا زَكَاةَ فِي مَالِ مَنْ عَلَيْهِ الدَّيْنُ ; لِأَنَّ حَقَّ صَاحِبِ الدَّيْنِ مُتَقَدِّمٌ بِالزَّمَانِ عَلَى حَقِّ الْمَسَاكِينِ، وَهُوَ فِي الْحَقِيقَةِ مَالُ صَاحِبِ الدَّيْنِ لَا الَّذِي الْمَالُ بِيَدِهِ. وَمَنْ قَالَ هِيَ عِبَادَةٌ قَالَ: تَجِبُ عَلَى مَنْ بِيَدِهِ مَالٌ لِأَنَّ ذَلِكَ هُوَ شَرْطُ التَّكْلِيفِ، وَعَلَامَتُهُ الْمُقْتَضِيَةُ الْوُجُوبَ عَلَى الْمُكَلَّفِ، سَوَاءٌ كَانَ عَلَيْهِ دَيْنٌ أَوْ لَمْ يَكُنْ، وَأَيْضًا فَإِنَّهُ قَدْ تَعَارَضَ هُنَالِكَ حَقَّانِ: حَقٌّ لِلَّهِ، وَحَقٌّ لِلْآدَمِيِّ، وَحَقُّ اللَّهِ أَحَقُّ أَنْ يُقْضَى، وَالْأَشْبَهُ بِغَرَضِ الشَّرْعِ إِسْقَاطُ الزَّكَاةِ عَنِ الْمِدْيَانِ لِقَوْلِهِ - عَلَيْهِ الصَّلَاةُ وَالسَّلَامُ - فِيهَا: «صَدَقَةً تُؤْخَذُ مِنْ أَغْنِيَائِهِمْ وَتُرَدُّ عَلَى فُقَرَائِهِمْ» وَالْمَدِينُ لَيْسَ بِغَنِيٍّ. وَأَمَّا مَنْ فَرَّقَ بَيْنَ الْحُبُوبِ وَغَيْرِ الْحُبُوبِ وَبَيْنَ النَّاضِّ وَغَيْرِ النَّاضِّ فَلَا أَعْلَمُ لَهُ شُبْهَةً بَيِّنَةً، وَقَدْ كَانَ أَبُو عُبَيْدٍ يَقُولُ: إِنَّهُ إِنْ كَانَ لَا يُعْلَمُ أَنَّ عَلَيْهِ دَيْنًا لَمْ يُؤْخَذْ مِنْهُ، وَهَذَا لَيْسَ خِلَافًا لِمَنْ يَقُولُ بِإِسْقَاطِ الدَّيْنِ الزَّكَاةَ، وَإِنَّمَا هُوَ خِلَافٌ لِمَنْ يَقُولُ: يُصَدَّقُ فِي الدَّيْنِ كَمَا يُصَدَّقُ فِي الْمَالِ. وَأَمَّا الْمَالُ الَّذِي هُوَ فِي الذِّمَّةِ - أَعْنِي: فِي ذِمَّةِ الْغَيْرِ -، وَلَيْسَ هُوَ بَيَدِ الْمَالِكِ وَهُوَ الدَّيْنُ: فَإِنَّهُمُ اخْتَلَفُوا فِيهِ أَيْضًا، فَقَوْمٌ قَالُوا: لَا زَكَاةَ فِيهِ وَإِنْ قُبِضَ حَتَّى يَسْتَكْمِلَ شَرْطَ الزَّكَاةِ عِنْدَ الْقَابِضِ لَهُ - وَهُوَ الْحَوْلُ - وَهُوَ أَحَدُ قَوْلَيِ الشَّافِعِيِّ، وَبِهِ قَالَ اللَّيْثُ، أَوْ هُوَ قِيَاسُ قَوْلِهِ. وَقَوْمٌ قَالُوا: إِذَا قَبَضَهُ زَكَاةً لِمَا مَضَى مِنَ السِّنِينَ. وَقَالَ مَالِكٌ: يُزَكِّيهِ لِحَوْلٍ وَاحِدٍ وَإِنْ أَقَامَ عِنْدَ الْمِدْيَانِ سِنِينَ، إِذَا كَانَ أَصْلُهُ عَنْ عِوَضٍ. وَأَمَّا إِذَا كَانَ عَنْ غَيْرِ عِوَضٍ مِثْلِ الْمِيرَاثِ فَإِنَّهُ يَسْتَقْبِلُ بِهِ الْحَوْلَ، وَفِي الْمَذْهَبِ تَفْصِيلٌ فِي ذَلِكَ. وَمِنْ هَذَا الْبَابِ اخْتِلَافُهُمْ فِي زَكَاةِ الثِّمَارِ الْمَحْبُوسَةِ الْأُصُولِ، وَفِي زَكَاةِ الْأَرْضِ الْمُسْتَأْجَرَةِ: عَلَى مَنْ تَجِبُ زَكَاةُ مَا يَخْرُجُ مِنْهَا، هَلْ عَلَى صَاحِبِ الْأَرْضِ أَوْ صَاحِبِ الزَّرْعِ؟ وَمِنْ ذَلِكَ اخْتِلَافُهُمْ فِي أَرْضِ الْخَرَاجِ إِذَا انْتَقَلَتْ مِنْ أَهْلِ الْخَرَاجِ إِلَى الْمُسْلِمِينَ، وَهُمْ أَهْلُ الْعُشْرِ، وَفِي الْأَرْضِ الْعُشْرُ وَهِيَ أَرْضُ الْمُسْلِمِينَ إِذَا انْتَقَلَتْ إِلَى الْخَرَاجِ - أَعْنِي: أَهْلَ الذِّمَّةِ -، وَذَلِكَ أَنَّهُ يُشْبِهُ أَنْ يَكُونَ سَبَبُ الْخِلَافِ فِي هَذَا كُلِّهِ أَنَّهَا أَمْلَاكٌ نَاقِصَةٌ. ; أَمَّا الْمَسْأَلَةُ الأُولَى: وَهِيَ زَكَاةُ الثِّمَارِ الْمُحَبَّسَةُ الْأُصُولِ: فَإِنَّ مَالِكًا وَالشَّافِعِيَّ كَانَا يُوجِبَانِ فِيهَا الزَّكَاةَ، وَكَانَ مَكْحُولٌ وَطَاوُسٌ يَقُولَانِ: لَا زَكَاةَ فِيهَا، وَفَرَّقَ قَوْمٌ بَيْنَ أَنْ تَكُونَ مُحَبَّسَةً عَلَى الْمَسَاكِينِ وَبَيْنَ أَنْ تَكُونَ عَلَى قَوْمٍ بِأَعْيَانِهِمْ، فَأَوْجَبُوا فِيهَا الصَّدَقَةَ إِذَا كَانَتْ عَلَى قَوْمٍ بِأَعْيَانِهِمْ، وَلَمْ يُوجِبُوا فِيهَا الصَّدَقَةَ إِذَا كَانَتْ عَلَى الْمَسَاكِينِ.

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