Bidayat al-MujtahidIbn Rushd

Un autre groupe estime que, lorsqu’il doute, il n’a ni à revenir à ce dont il est certain ni à procéder à une estimation : seules les prosternations lui incombent.

Cette divergence tient à l’opposition entre les sens apparents des traditions rapportées à ce sujet. Trois traditions sont en effet rapportées dans ce chapitre.

La première prescrit de se fonder sur la certitude. Il s’agit du hadith d’Abū Sa‘īd al-Khudrī, qui rapporte ces paroles du Messager d’Allah — sur lui la prière et la paix :

« Lorsque l’un de vous doute dans sa prière et ne sait plus s’il a accompli trois ou quatre unités, qu’il écarte le doute et se fonde sur ce dont il est certain, puis accomplisse deux prosternations avant la salutation finale. S’il a accompli cinq unités, ces prosternations auront rendu sa prière paire ; s’il en a accompli exactement quatre, elles seront une humiliation pour Satan. »

Ce hadith est rapporté par Muslim.

La deuxième est le hadith d’Ibn Mas‘ūd, selon lequel le Prophète — sur lui la prière et la paix — a dit :

« Lorsque l’un de vous commet un oubli dans sa prière, qu’il procède à une estimation et accomplisse deux prosternations. »

Selon une autre version rapportée de lui :

« Qu’il retienne ce qui lui paraît le plus vraisemblablement correct, puis prononce la salutation finale, accomplisse les deux prosternations de l’oubli, récite l’attestation de foi et prononce la salutation finale. »

La troisième est le hadith d’Abū Hurayra, rapporté par Mālik et al-Bukhārī, selon lequel le Messager d’Allah — sur lui la prière et la paix — a dit :

« Lorsque l’un de vous se met à prier, Satan vient à lui et sème la confusion dans son esprit, au point qu’il ne sait plus combien d’unités il a accomplies. Lorsque cela arrive à l’un de vous, qu’il accomplisse deux prosternations alors qu’il est assis. »

Dans le même sens figure également le hadith de ‘Abd Allāh ibn Ja‘far, rapporté par Abū Dāwūd, selon lequel le Messager d’Allah — sur lui la prière et la paix — a dit :

« Que celui qui doute dans sa prière accomplisse deux prosternations après celle-ci, puis prononce la salutation finale. »

Face à ces hadiths, les savants ont adopté soit une démarche de conciliation, soit une démarche consistant à faire prévaloir certains d’entre eux. Parmi ceux qui ont suivi cette seconde démarche, certains n’ont pas tenu compte des traditions qui s’opposaient à celles qu’ils privilégiaient ; d’autres ont cherché à les interpréter de manière à les ramener au sens des traditions retenues. D’autres encore ont concilié une partie de ces hadiths et écarté l’application des autres.

Mālik ibn Anas a concilié certains de ces hadiths et en a fait prévaloir d’autres, tout en interprétant ceux qu’il ne privilégiait pas de manière à les ramener au sens des premiers. Il a ainsi considéré que le hadith d’Abū Sa‘īd al-Khudrī concernait celui que le doute n’envahit pas, et celui d’Abū Hurayra, celui chez qui le doute prédomine et devient envahissant : c’est là une démarche de conciliation. Quant au hadith d’Ibn Mas‘ūd, il l’a interprété en considérant que l’estimation qui y est prescrite consiste à revenir à ce dont on est certain. Il a ainsi tenu compte de tous ces hadiths dans son interprétation.

Quant à Abū Hanīfa, il a concilié certains de ces hadiths et écarté l’application des autres, faisant ainsi prévaloir les premiers sans réinterpréter ceux auxquels il ne donnait pas la préférence. Il affirme en effet que le hadith d’Abū Sa‘īd

وَقَالَتْ طَائِفَةٌ: إِنَّهُ لَيْسَ عَلَيْهِ إِذَا شَكَّ لَا رُجُوعٌ إِلَى يَقِين وَلَا تَحَرٍّ، وَإِنَّمَا عَلَيْهِ السُّجُودُ فَقَطْ إِذَا شَكَّ. وَالسَّبَبُ فِي اخْتِلَافِهِمْ: تَعَارُضُ ظَوَاهِرِ الْآثَارِ الْوَارِدَةِ فِي هَذَا الْبَابِ، وَذَلِكَ أَنَّ فِي هَذَا الْبَابِ ثَلَاثَةَ آثَارٍ: أَحَدُهَا: حَدِيث بالْبِنَاءِ عَلَى الْيَقِينِ، وَهُوَ حَدِيثُ أَبِي سَعِيدٍ الْخُدْرِيِّ قَالَ: قَالَ رَسُولُ اللَّهِ - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ - «إِذَا شَكَّ أَحَدُكُمْ فِي صَلَاتِهِ فَلَمْ يَدْرِ كَمْ صَلَّى أَثْلَاثًا أَمْ أَرْبَعًا فَلْيَطْرَحِ الشَّكَّ، وَلْيَبْنِ عَلَى مَا اسْتَيْقَنَ، ثُمَّ يَسْجُدُ سَجْدَتَيْنِ قَبْلَ أَنْ يُسَلِّمَ، فَإِنْ كان صَلَّى خَمْسًا شَفَعْنَ لَهُ صَلَاتَهُ، وَإِنْ كَانَ صَلَّى إِتْمَامًا لِأَرْبَعٍ كَانَتَا تَرْغِيمًا لِلشَّيْطَانِ» . خَرَّجَهُ مُسْلِمٌ. وَالثَّانِي: حَدِيثُ ابْنِ مَسْعُودٍ أَنَّ النَّبِيَّ - عَلَيْهِ الصَّلَاةُ وَالسَّلَامُ - قَالَ: «إِذَا سَهَا أَحَدُكُمْ فِي صَلَاتِهِ فَلْيَتَحَرَّ، وَلْيَسْجُدْ سَجْدَتَيْنِ» . وَفِي رِوَايَةٍ أُخْرَى عَنْهُ: «فَلْيَنْظُرْ أَحْرَى ذَلِكَ إِلَى الصَّوَابِ، ثُمَّ لْيُسَلِّمْ ثُمَّ لْيَسْجُدْ سَجْدَتَيِ السَّهْوِ وَيَتَشَهَّدْ وَيُسَلِّمْ» . وَالثَّالِثُ حَدِيثُ أَبِي هُرَيْرَةَ خَرَّجَهُ مَالِكٌ وَالْبُخَارِيُّ أَنَّ رَسُولَ اللَّهِ - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ - قَالَ: «إِنَّ أَحَدَكُمْ إِذَا قَامَ يُصَلِّي جَاءَهُ الشَّيْطَانُ، فَلَبَّسَ عَلَيْهِ حَتَّى لَا يَدْرِيَ كَمْ صَلَّى، فَإِذَا وَجَدَ ذَلِكَ أَحَدُكُمْ فَلْيَسْجُدْ سَجْدَتَيْنِ وَهُوَ جَالِسٌ» . وَفِي هَذَا الْمَعْنَى أَيْضًا حَدِيثُ عَبْدِ اللَّهِ بْنِ جَعْفَرٍ، خَرَّجَهُ أَبُو دَاوُدَ أَنَّ رَسُولَ اللَّهِ - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ - قَالَ: «مَنْ شَكَّ فِي صَلَاتِهِ فَلْيَسْجُدْ سَجْدَتَيْنِ بَعْدَهَا وَيُسَلِّمْ» . فَذَهَبَ النَّاسُ فِي هَذِهِ الْأَحَادِيثِ مَذْهَبَ الْجَمْعِ وَمَذْهَبَ التَّرْجِيحِ، وَالَّذِينَ ذَهَبُوا مَذْهَبَ التَّرْجِيحِ مِنْهُمْ مَنْ لَمْ يَلْتَفِتْ إِلَى الْمُعَارِضِ، وَمِنْهُمْ مَنْ رَامَ تَأْوِيلَ الْمُعَارِضِ وَصَرْفَهُ إِلَى الَّذِي رَجَّحَ، وَمِنْهُمْ مَنْ جَمَعَ بَيْنَ بَعْضِهَا وَأَسْقَطَ حُكْمَ الْبَعْضِ. فَأَمَّا مَنْ ذَهَبَ مَذْهَبَ الْجَمْعِ فِي بَعْضٍ وَالتَّرْجِيحِ فِي بَعْضٍ مَعَ تَأْوِيلِ غَيْرِ الْمُرَجَّحِ وَصَرْفِهِ إِلَى الْمُرَجَّحِ: فَمَالِكُ بْنُ أَنَسٍ، فَإِنَّهُ حَمَلَ حَدِيثَ أَبِي سَعِيدٍ الْخُدْرِيِّ عَلَى الَّذِي لَمْ يَسْتَنْكِحْهُ الشَّكُّ، وَحَمَلَ حَدِيثَ أَبِي هُرَيْرَةَ عَلَى الَّذِي يَغْلِبُ عَلَيْهِ الشَّكُّ وَيَسْتَنْكِحُهُ، وَذَلِكَ مِنْ بَابِ الْجَمْعِ، وَتَأَوَّلَ حَدِيثَ ابْنِ مَسْعُودٍ عَلَى أَنَّ الْمُرَادَ بِالتَّحَرِّي هُنَالِكَ هُوَ الرُّجُوعُ إِلَى الْيَقِينِ، فَأَثْبَتَ عَلَى مَذْهَبِهِ الْأَحَادِيثَ كُلَّهَا. وَأَمَّا مَنْ ذَهَبَ مَذْهَبَ الْجَمْعِ بَيْنَ بَعْضِهَا وَإِسْقَاطِ الْبَعْضِ وَهُوَ التَّرْجِيحُ مِنْ غَيْرِ تَأْوِيلِ الْمُرَجَّحِ عَلَيْهِ: فَأَبُو حَنِيفَةَ، فَإِنَّهُ قَالَ: إِنَّ حَدِيثَ أَبِي سَعِيدٍ

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