Bidayat al-MujtahidIbn Rushd

Le troisième est le hadith de Safwān ibn ‘Assāl, qui dit :

« Nous étions en voyage et il nous fut ordonné de ne pas retirer nos chaussons pendant trois jours et trois nuits, sauf en cas d’impureté majeure, mais non pour avoir dormi, uriné ou déféqué. »

Je dis : le hadith de ‘Alī est authentique ; Muslim l’a rapporté.

Quant au hadith d’Ubayy ibn ‘Imāra, Abū ‘Umar ibn ‘Abd al-Barr a dit à son sujet :

« Ce hadith n’est pas établi et ne possède aucune chaîne de transmission solide. Il ne convient donc pas de l’opposer au hadith de ‘Alī. »

Quant au hadith de Safwān ibn ‘Assāl, bien que ni al-Bukhārī ni Muslim ne l’aient rapporté, certains spécialistes du hadith l’ont déclaré authentique, notamment al-Tirmidhī et Abū Muhammad ibn Hazm. Par ce que son sens apparent implique, il s’oppose au hadith d’Ubayy, tout comme celui de ‘Alī.

On pourrait toutefois concilier ces récits en disant que les hadiths de Safwān et de ‘Alī répondent à une question portant sur la limitation de durée, tandis que celui d’Ubayy ibn ‘Imāra énonce explicitement l’absence d’une telle limitation. Mais le hadith d’Ubayy n’étant toujours pas établi, il faut donc appliquer les deux hadiths de ‘Alī et de Safwān. C’est la position qui paraît la mieux fondée. Cependant, l’implication de ces deux hadiths se heurte au raisonnement analogique : l’écoulement du délai n’a pas, en lui-même, d’effet sur l’annulation de l’état de pureté, puisque ce sont les événements entraînant une impureté rituelle qui l’annulent.

Sixième question : la condition du passage des mains mouillées sur les chaussons

Cette pratique suppose que les deux pieds aient été purifiés par les ablutions. Ce point fait l’objet d’un consensus, à l’exception d’un avis isolé. Un tel avis a été rapporté de Mālik par Ibn al-Qāsim, et Ibn Lubāba le mentionne dans al-Muntakhab.

La majorité retient cette condition parce qu’elle est établie dans le hadith d’al-Mughīra et dans d’autres récits. Lorsque al-Mughīra voulut retirer les chaussons du Prophète — sur lui la prière et le salut —, celui-ci dit :

« Laisse-les, car j’y ai introduit mes pieds alors qu’ils étaient en état de pureté. »

Celui qui soutient l’avis contraire comprend ici la pureté au sens courant de propreté.

Sur ce point, les juristes divergent au sujet de celui qui lave ses pieds, enfile ses chaussons, puis achève ses ablutions : peut-il passer les mains mouillées sur ses chaussons ?

Ceux qui ne considèrent pas comme obligatoire le respect de l’ordre des actes des ablutions, et qui estiment que chaque membre peut être valablement purifié avant que la purification de tous les membres ne soit achevée, l’autorisent. Ceux qui considèrent cet ordre comme obligatoire et estiment que la purification d’un membre n’est valide qu’une fois tous les membres concernés purifiés ne l’autorisent pas.

Abū Hanīfa soutient le premier avis ; al-Shāfi‘ī et Mālik, le second. Toutefois, Mālik ne l’interdit pas en raison de l’ordre des actes, mais parce qu’il considère qu’un membre n’acquiert l’état de pureté qu’une fois la purification entière achevée. Or, le Prophète — sur lui la prière et le salut — a dit :

« Alors qu’ils étaient en état de pureté. »

Il parlait donc de la pureté rituelle définie par la Loi.

Dans certaines versions du hadith d’al-Mughīra, on lit :

« Lorsque tu as introduit tes pieds dans les chaussons alors qu’ils étaient en état de pureté, passe les mains mouillées sur les chaussons. »

وَالثَّالِثُ حَدِيثُ صَفْوَانَ بْنِ عَسَّالٍ قَالَ: «كُنَّا فِي سَفَرٍ فَأُمِرْنَا أَنْ لَا نَنْزِعَ خِفَافَنَا ثَلَاثَةَ أَيَّامٍ وَلَيَالِيهِنَّ إِلَّا مِنْ جَنَابَةٍ، وَلَكِنْ مِنْ نَوْمٍ أَوْ بَوْلٍ أَوْ غَائِطٍ» قُلْتُ: أَمَّا حَدِيثُ عَلِيٍّ فَصَحِيحٌ خَرَّجَهُ مُسْلِمٌ. وَأَمَّا حَدِيثُ أُبَيِّ بْنِ عِمَارَةَ فَقَالَ فِيهِ أَبُو عُمَرَ بْنُ عَبْدِ الْبَرِّ: إِنَّهُ حَدِيثٌ لَا يَثْبُتُ وَلَيْسَ لَهُ إِسْنَادٌ قَائِمٌ، وَلِذَلِكَ لَيْسَ يَنْبَغِي أَنْ يُعَارَضَ بِهِ حَدِيثُ عَلِيٍّ. وَأَمَّا حَدِيثُ صَفْوَانَ بْنِ عَسَّالٍ فَهُوَ وَإِنْ كَانَ لَمْ يُخْرِجْهُ الْبُخَارِيُّ وَلَا مُسْلِمٌ فَإِنَّهُ قَدْ صَحَّحَهُ قَوْمٌ مِنْ أَهْلِ الْعِلْمِ بِالحَدِيثِ التِّرْمِذِيِّ، وَأَبُو مُحَمَّدِ بْنُ حَزْمٍ، وَهُوَ بِظَاهِرِهِ مُعَارِضٌ بِدَلِيلِ الْخِطَابِ لِحَدِيثِ أُبَيٍّ كَحَدِيثِ عَلِيٍّ، وَقَدْ يُحْتَمَلُ أَنْ يُجْمَعَ بَيْنَهُمَا بِأَنْ يُقَالَ: إِنَّ حَدِيثَ صَفْوَانَ وَحَدِيثَ عَلِيٍّ خَرَجَا مَخْرَجَ السُّؤَالِ عَنِ التَّوْقِيتِ، وَحَدِيثُ أُبَيِّ بْنِ عِمَارَةَ نَصٌّ فِي تَرْكِ التَّوْقِيتِ، لَكِنَّ حَدِيثَ أُبَيٍّ لَمْ يَثْبُتْ بَعْدُ، فَعَلَى هَذَا يَجِبُ الْعَمَلُ بِحَدِيثَيْ عَلِيٍّ وَصَفْوَانَ، وَهُوَ الْأَظْهَرُ إِلَّا أَنَّ دَلِيلَ الْخِطَابِ فِيهِمَا يُعَارِضُهُ الْقِيَاسُ، وَهُوَ كَوْنُ التَّوْقِيتِ غَيْرَ مُؤَثِّرٍ فِي نَقْضِ الطَّهَارَةِ ; لِأَنَّ النَّوَاقِضَ هِيَ الْأَحْدَاثُ. الْمَسْأَلَةُ السَّادِسَةُ وَأَمَّا شَرْطُ الْمَسْحِ عَلَى الْخُفَّيْنِ، فَهُوَ أَنْ تَكُونَ الرِّجْلَانِ طَاهِرَتَيْنِ بِطُهْرِ الْوُضُوءِ، وَذَلِكَ شَيْءٌ مُجْمَعٌ عَلَيْهِ إِلَّا خِلَافًا شَاذًّا. وَقَدْ رُوِيَ عَنِ ابْنِ الْقَاسِمِ عَنْ مَالِكٍ. وَذَكَرَهُ ابْنُ لُبَابَةَ فِي الْمُنْتَخَبِ، وَإِنَّمَا قَالَ بِهِ الْأَكْثَرُ لِثُبُوتِهِ فِي حَدِيثِ الْمُغِيرَةِ وَغَيْرِهِ إِذَا أَرَادَ أَنْ يَنْزِعَ الْخُفَّ عَنْهُ، فَقَالَ - عَلَيْهِ الصَّلَاةُ وَالسَّلَامُ -: «دَعْهُمَا فَإِنِّي أَدْخَلْتُهُمَا وَهُمَا طَاهِرَتَانِ» وَالْمُخَالِفُ حَمَلَ هَذِهِ الطَّهَارَةَ عَلَى الطَّهَارَةِ اللُّغَوِيَّةِ. وَاخْتَلَفَ الْفُقَهَاءُ مِنْ هَذَا الْبَابِ فِيمَنْ غَسَلَ رِجْلَيْهِ وَلَبِسَ خُفَّيْهِ، ثُمَّ أَتَمَّ وُضُوءَهُ هَلْ يَمْسَحُ عَلَيْهِمَا؟ فَمَنْ لَمْ يَرَ أَنَّ التَّرْتِيبَ وَاجِبٌ وَرَأَى أَنَّ الطَّهَارَةَ تَصِحُّ لِكُلِّ عُضْوٍ قَبْلَ أَنْ تَكْمُلَ الطَّهَارَةُ لِجَمِيعِ الْأَعْضَاءِ قَالَ بِجَوَازِ ذَلِكَ، وَمَنْ رَأَى أَنَّ التَّرْتِيبَ وَاجِبٌ، وَأَنَّهُ لَا تَصِحُّ طَهَارَةُ الْعُضْوِ إِلَّا بَعْدَ طَهَارَةِ جَمِيعِ أَعْضَاءِ الطَّهَارَةِ لَمْ يُجِزْ ذَلِكَ، وَبِالْقَوْلِ الْأَوَّلِ قَالَ أَبُو حَنِيفَةَ، وَبِالْقَوْلِ الثَّانِي قَالَ الشَّافِعِيُّ وَمَالِكٌ، إِلَّا أَنَّ مَالِكًا لَمْ يَمْنَعْ ذَلِكَ مِنْ جِهَةِ التَّرْتِيبِ، وَإِنَّمَا مَنَعَهُ مِنْ جِهَةِ أَنَّهُ يَرَى أَنَّ الطَّهَارَةَ لَا تُوجَدُ لِلْعُضْوِ إِلَّا بَعْدَ كَمَالِ جَمِيعِ الطَّهَارَةِ، وَقَدْ قَالَ - عَلَيْهِ الصَّلَاةُ وَالسَّلَامُ -: «وَهُمَا طَاهِرَتَانِ» فَأَخْبَرَ عَنِ الطَّهَارَةِ الشَّرْعِيَّةِ. وَفِي بَعْضِ رِوَايَاتِ الْمُغِيرَةِ: «إِذَا أَدْخَلْتَ رِجْلَيْكَ فِي الْخُفِّ وَهُمَا طَاهِرَتَانِ فَامْسَحْ عَلَيْهِمَا» .

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