l’indication d’un cas de moindre importance par un cas de plus grande importance, et inversement, ainsi que celle d’un cas par un autre cas équivalent. Le premier cas est illustré par cette parole du Très-Haut :
« Vous sont interdits la bête morte, le sang et la chair de porc. » [La Table servie : 3]
Les musulmans s’accordent en effet pour considérer que le mot « porc » englobe toutes les sortes de porcs, sauf lorsque cette dénomination est employée par homonymie, comme dans le cas du « porc d’eau ».
L’expression générale visant un sens particulier est illustrée par cette parole du Très-Haut :
« Prélève sur leurs biens une aumône par laquelle tu les purifies et les fais croître en vertu. » [Le Repentir : 103]
Les musulmans s’accordent en effet pour considérer que la zakat n’est pas obligatoire sur toutes les catégories de biens.
L’expression particulière visant un sens général est illustrée par cette parole du Très-Haut :
« Ne leur dis donc pas : “Fi !” » [Le Voyage nocturne : 23]
Il s’agit ici d’indiquer le cas de plus grande importance par celui de moindre importance : on comprend ainsi qu’il est interdit de les frapper, de les insulter et de leur infliger des sévices plus graves encore.
Dans ces formulations, ce qu’il est demandé d’accomplir peut être exprimé soit sous la forme d’un ordre, soit sous celle d’un énoncé déclaratif ayant valeur d’ordre. De même, ce dont il est demandé de s’abstenir peut être exprimé soit sous la forme d’une défense, soit sous celle d’un énoncé déclaratif ayant valeur de défense. Lorsque ces expressions revêtent ces formes, faut-il comprendre que l’acte demandé est obligatoire ou recommandé — selon les définitions qui seront données de l’obligatoire et du recommandé —, ou faut-il suspendre son jugement jusqu’à ce qu’une preuve établisse l’un ou l’autre ? Les savants divergent sur ce point, comme l’exposent les ouvrages consacrés aux fondements du droit musulman. Il en va de même des formulations de défense : indiquent-elles le caractère réprouvé ou interdit de l’acte, ou n’indiquent-elles par elles-mêmes ni l’un ni l’autre ? On retrouve à ce sujet la même divergence.
Les choses auxquelles s’applique la règle peuvent être désignées par une expression qui ne possède qu’un seul sens : c’est ce que la discipline des fondements du droit musulman appelle un « texte univoque ». L’obligation de le mettre en application ne fait l’objet d’aucune divergence. Elles peuvent aussi être désignées par une expression possédant plusieurs sens. Deux cas se présentent alors : soit l’expression renvoie également à chacun de ces sens, et c’est ce que l’on appelle, dans les fondements du droit musulman, un « énoncé indéterminé » ; il est unanimement admis qu’un tel énoncé ne permet pas, à lui seul, d’établir une règle. Soit l’expression indique certains de ces sens plus nettement que d’autres : elle est alors dite « apparente » relativement aux sens qu’elle indique le plus nettement, et « susceptible d’une autre interprétation » relativement à ceux qu’elle indique moins nettement. Lorsqu’elle est employée sans autre précision, on la comprend selon les sens qui s’en dégagent le plus manifestement, à moins qu’une preuve ne justifie de retenir l’autre interprétation possible.
Les divergences entre juristes concernant les paroles du Législateur proviennent ainsi de trois sources : la pluralité des sens du terme désignant la chose à laquelle la règle est attachée ; l’ambiguïté de l’article défini « al- » accompagnant le nom qui désigne la catégorie de cette chose — vise-t-il la totalité ou une partie seulement ? — ; enfin, la pluralité des sens que peuvent revêtir les formulations d’ordre et de défense.
Quant à la quatrième voie, elle consiste à déduire de l’attribution d’une règle à une chose que cette règle ne s’applique pas aux autres choses ; ou, inversement, à déduire de la non-application d’une règle à une chose qu’elle s’applique aux autres choses. C’est ce que l’on appelle l’« implication a contrario », un principe qui fait l’objet de divergences. On peut citer, à titre d’exemple, cette parole du Prophète — que la bénédiction et le salut soient sur lui — : « Pour les bêtes qui paissent