la règle en fonction de cette situation, par analogie avec le malade qui se souvient d’une prière oubliée alors qu’il était en bonne santé, ou avec la personne en bonne santé qui se souvient d’une prière oubliée pendant sa maladie (je veux dire que son obligation est celle qui correspond à sa situation présente).
Celui qui assimile le rattrapage au remboursement des dettes impose de rattraper la prière selon les modalités de la prière oubliée.
Quant à celui qui impose de toujours la rattraper comme une prière de résident, il tient compte des modalités de la prière dans un cas et de la situation présente dans l’autre (je veux dire que, si la personne se souvient en voyage d’une prière manquée à résidence, il tient compte des modalités de la prière à rattraper) ; si elle se souvient à résidence d’une prière manquée en voyage, il tient compte de sa situation présente. C’est là une incohérence qui ne repose sur aucun raisonnement analogique, à moins qu’il ne s’agisse d’adopter une position de précaution. Cela se conçoit chez celui qui considère le raccourcissement de la prière comme une dispense.
Quant aux conditions du rattrapage et au moment de son accomplissement, l’une des conditions sur lesquelles les savants divergent est le respect de l’ordre des prières. Ils divergent en effet sur l’obligation de respecter cet ordre dans le rattrapage des prières oubliées (je veux dire l’ordre entre les prières oubliées et la prière dont le temps est en cours, ainsi que l’ordre des prières oubliées entre elles, lorsqu’il y en a plusieurs).
Mālik estime que cet ordre est obligatoire lorsque les prières oubliées sont au nombre de cinq ou moins, et qu’il faut commencer par la prière oubliée, même si le temps de la prière en cours vient à expirer. Il va jusqu’à dire que, si une personne se souvient de la prière oubliée alors qu’elle accomplit celle dont le temps est en cours, cette dernière devient invalide. Abū Hanīfa et al-Thawrī soutiennent un avis semblable, à ceci près qu’ils ne considèrent cet ordre comme obligatoire que si le temps restant pour la prière en cours est suffisamment large. Ces savants s’accordent à dire que l’obligation de respecter cet ordre tombe en cas d’oubli. Al-Shāfi‘ī affirme, quant à lui, que cet ordre n’est pas obligatoire, mais qu’il est bon de le respecter si le temps le permet (c’est-à-dire le temps de la prière en cours).
Leur divergence tient à celle des traditions rapportées sur cette question, ainsi qu’à leur désaccord sur l’assimilation du rattrapage à l’accomplissement dans le temps prescrit.
Concernant les traditions, deux hadiths contradictoires ont été rapportés à ce sujet. Le premier rapporte que le Prophète — sur lui la prière et la paix — a dit :
« Celui qui a oublié une prière et se trouve avec l’imam dans une autre prière doit prier avec l’imam. Lorsqu’il a terminé, qu’il accomplisse la prière qu’il a oubliée, puis qu’il refasse celle qu’il a accomplie avec l’imam. »
Les disciples d’al-Shāfi‘ī jugent ce hadith faible et considèrent comme authentique le hadith d’Ibn ‘Abbās selon lequel le Prophète — sur lui la prière et la paix — a dit :
« Si l’un de vous oublie une prière et s’en souvient alors qu’il accomplit une prière obligatoire, qu’il termine celle qu’il est en train d’accomplir. Lorsqu’il l’a terminée, qu’il rattrape celle qu’il a oubliée. »
Le hadith authentique sur cette question est celui qui a été cité précédemment, dans lequel le Prophète — sur lui la prière et la paix — dit : « Lorsque l’un de vous manque une prière parce qu’il dort ou qu’il l’oublie… », jusqu’à la fin du hadith.
Quant à leur divergence sur la manière d’assimiler le rattrapage à l’accomplissement dans le temps prescrit, celui qui considère que l’ordre des prières accomplies dans leur temps n’est obligatoire que parce que leurs temps respectifs se succèdent nécessairement — puisque le temps ne se conçoit que comme une succession ordonnée — n’étend pas cette règle au rattrapage, car celui-ci n’a pas de temps qui lui soit propre. Quant à celui qui considère que l’ordre des prières accomplies dans leur temps concerne les actes eux-mêmes, même lorsqu’elles partagent un même temps, comme dans le cas du regroupement de