la majorité estime qu’on ne peut reprendre la prière en conservant le bénéfice de ce qui a déjà été accompli, ni après la survenue d’un état d’impureté rituelle ni après toute autre cause d’interruption, à la seule exception du saignement de nez.
Certains, dont al-Shāfi‘ī, n’autorisent cette reprise ni en cas d’impureté rituelle ni en cas de saignement de nez. Les juristes de Kūfa, quant à eux, l’autorisent dans tous les cas de survenue d’une impureté rituelle.
Leur divergence tient à ce qu’aucune tradition du Prophète — paix et bénédiction sur lui — n’est rapportée pour autoriser cette pratique. Il est seulement établi qu’Ibn ‘Umar eut un saignement de nez pendant la prière, puis la reprit sans refaire ses ablutions.
Ceux qui considèrent que cet acte d’un Compagnon procède d’un enseignement reçu, puisqu’un tel acte ne saurait reposer sur un raisonnement par analogie, l’autorisent. Parmi eux, ceux qui estiment que le saignement de nez ne constitue pas une cause d’impureté rituelle permettent de reprendre la prière dans ce seul cas, sans étendre cette permission à d’autres situations : telle est la position de Mālik. Ceux qui y voient une cause d’impureté rituelle autorisent cette reprise dans tous les autres cas d’impureté rituelle, par analogie avec le saignement de nez.
En revanche, ceux qui estiment qu’une telle pratique ne peut être admise que sur la base d’un enseignement du Prophète — paix et bénédiction sur lui — n’autorisent cette reprise ni en cas d’impureté rituelle ni en cas de saignement de nez. En effet, le consensus est établi sur le fait que le fidèle sort de la prière lorsqu’il se détourne de la qibla, de même que lorsqu’il y accomplit de nombreux gestes.
Deuxième question
Les savants divergent sur le point suivant : le passage de quelque chose devant le fidèle invalide-t-il sa prière lorsqu’il prie sans écran devant lui, ou lorsque ce passage a lieu entre lui et l’écran ? La majorité estime que rien de ce qui passe devant lui n’invalide sa prière et qu’il n’a donc pas à la refaire. Un groupe estime toutefois que le passage d’une femme, d’un âne ou d’un chien noir invalide la prière.
Cette divergence tient à l’opposition entre une parole du Prophète et sa pratique. Muslim rapporte en effet, d’après Abū Dharr, que le Prophète — paix et bénédiction sur lui — a dit :
« La femme, l’âne et le chien noir invalident la prière. »
Muslim et al-Bukhārī rapportent également que ‘Ā’isha a dit :
« Je me souviens bien d’avoir été étendue en travers devant le Messager d’Allah — paix et bénédiction sur lui —, à la manière d’une dépouille mortuaire, tandis qu’il priait. »
Une opinion semblable à celle de la majorité est rapportée de ‘Alī et d’Ubayy. Ils s’accordent sur le caractère répréhensible du passage devant celui qui prie seul ou devant l’imam, lorsque celui-ci prie sans écran, ou lorsque l’on passe entre lui et son écran. Ils ne voient cependant aucun mal à passer derrière l’écran.
De même, ils ne voient aucun mal à passer devant le fidèle qui prie derrière un imam, en raison du caractère établi du hadith d’Ibn ‘Abbās et d’autres traditions. Ibn ‘Abbās a dit :
« J’arrivai monté sur une ânesse, alors que j’approchais de l’âge de la puberté. Le Messager d’Allah — paix et bénédiction sur lui — dirigeait la prière. Je passai devant certains rangs, puis je mis pied à terre, laissai l’ânesse paître et j’entrai