Bidayat al-MujtahidIbn Rushd

La cause de leur divergence sur ce point est la même que pour la nature du voyage autorisant le raccourcissement de la prière, même si, dans ce dernier cas, la règle a une portée générale. En effet, le raccourcissement a été transmis aussi bien par des paroles que par des actes, tandis que le regroupement ne l’a été que par des actes. Ceux qui le limitent au type de voyage durant lequel le Messager d’Allah — sur lui la bénédiction et la paix — a regroupé les prières ne l’autorisent pas dans les autres voyages. Ceux qui y voient une dispense accordée au voyageur l’étendent aux autres types de voyages.

Quant au regroupement sans excuse en dehors du voyage, Mālik et la plupart des juristes ne l’autorisent pas. Plusieurs tenants de l’école littéraliste l’autorisent toutefois, ainsi qu’Ashhab, l’un des disciples de Mālik.

Leur divergence tient à leur compréhension différente du hadith d’Ibn ‘Abbās. Certains l’interprètent comme concernant une situation de pluie, ainsi que le fait Mālik ; d’autres en retiennent la portée générale sans restriction. Muslim rapporte d’ailleurs une version de ce hadith comportant cet ajout, à savoir ces paroles du Prophète — sur lui la bénédiction et la paix :

« Sans crainte, ni voyage, ni pluie. »

C’est sur cet ajout que s’appuient les tenants de l’école littéraliste.

Quant au regroupement en dehors du voyage motivé par la pluie, al-Shāfi‘ī l’autorise de nuit comme de jour. Mālik l’interdit le jour et l’autorise la nuit. Il l’autorise également la nuit en présence de boue, même sans pluie.

Al-Shāfi‘ī a reproché à Mālik de distinguer sur ce point les prières diurnes des prières nocturnes, alors qu’il a lui-même rapporté le hadith et l’a interprété (j’entends : qu’il en a restreint la portée générale au moyen du raisonnement par analogie). En effet, à propos de ces paroles d’Ibn ‘Abbās :

« Le Messager d’Allah — sur lui la bénédiction et la paix — a regroupé le zuhr avec le ‘asr, et le maghrib avec le ‘ishā’, sans crainte ni voyage »,

Mālik a dit : « Je pense que cela eut lieu par temps de pluie. »

Selon al-Shāfi‘ī, il ne s’est donc conformé ni à la portée générale du hadith ni à l’interprétation qu’il en donnait (j’entends : à la restriction de sa portée). Il en a plutôt écarté une partie et interprété une autre, ce qui est unanimement reconnu comme inadmissible. En effet, il n’a pas retenu les paroles : « Il a regroupé le zuhr avec le ‘asr », mais il a retenu celles-ci : « et le maghrib avec le ‘ishā’ », en les interprétant.

Je pense que Mālik — qu’Allah lui fasse miséricorde — n’a écarté une partie de ce hadith que parce qu’elle contredisait la pratique établie. Il en a donc retenu la partie qui ne la contredisait pas, à savoir le regroupement du maghrib et du ‘ishā’ en dehors du voyage. Cela concorde avec ce qui est rapporté d’Ibn ‘Umar : lorsque les gouverneurs regroupaient le maghrib et le ‘ishā’, il les regroupait avec eux.

Toutefois, la manière dont ce fondement qu’est la pratique peut constituer une preuve en droit religieux mérite examen. Les premiers maîtres de l’école mālikite disaient qu’elle relevait du consensus. Cette affirmation est sans fondement, car l’accord d’une partie seulement des savants ne constitue pas une preuve. Leurs successeurs disaient qu’elle relevait de la transmission par un très grand nombre de personnes. Ils invoquaient à cet égard le sā‘ (mesure de capacité) et d’autres choses que les Médinois se sont transmises de génération en génération. Or, la pratique n’est qu’un acte, et un acte ne peut établir une telle transmission que s’il s’accompagne de paroles : ce mode de transmission est propre aux récits, non à la pratique. De plus, il est difficile d’attribuer aux actes la valeur d’une telle transmission ; peut-être même est-ce impossible.

Il me paraît plus juste de rattacher cela au principe relatif aux situations auxquelles tous sont couramment confrontés, retenu par Abū Hanīfa. En effet, il n’est pas concevable que

وَالسَّبَبُ فِي اخْتِلَافِهِمْ فِي هَذَا هُوَ السَّبَبُ فِي اخْتِلَافِهِمْ فِي السَّفَرِ الَّذِي تُقْصَرُ فِيهِ الصَّلَاةُ، وَإِنْ كَانَ هُنَالِكَ التَّعْمِيمُ ; لِأَنَّ الْقَصْرَ نُقِلَ قَوْلًا وَفِعْلًا، وَالْجَمْعَ إِنَّمَا نُقِلَ فِعْلًا فَقَطْ، فَمَنِ اقْتَصَرَ بِهِ عَلَى نَوْعِ السَّفَرِ الَّذِي جَمَعَ فِيهِ رَسُولُ اللَّهِ - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ - لَمْ يُجِزْهُ فِي غَيْرِهِ، وَمَنْ فَهِمَ مِنْهُ الرُّخْصَةَ لِلْمُسَافِرِ عَدَّاهُ إِلَى غَيْرِهِ مِنَ الْأَسْفَارِ. وَأَمَّا الْجَمْعُ فِي الْحَضَرِ لِغَيْرِ عُذْرٍ، فَإِنَّ مَالِكًا وَأَكْثَرَ الْفُقَهَاءِ لَا يُجِيزُونَهُ، وَأَجَازَ ذَلِكَ جَمَاعَةٌ مِنْ أَهْلِ الظَّاهِرِ وَأَشْهَبُ مِنْ أَصْحَابِ مَالِكٍ. وَسَبَبُ اخْتِلَافِهِمْ: اخْتِلَافُهُمْ فِي مَفْهُومِ حَدِيثِ ابْنِ عَبَّاسٍ، فَمِنْهُمْ مَنْ تَأَوَّلَهُ عَلَى أَنَّهُ كَانَ فِي مَطَرٍ كَمَا قَالَ مَالِكٌ. وَمِنْهُمْ مَنْ أَخَذَ بِعُمُومِهِ مُطْلَقًا. وَقَدْ خَرَّجَ مُسْلِمٌ زِيَادَةً فِي حَدِيثِهِ، وَهُوَ قَوْلُهُ - عَلَيْهِ الصَّلَاةُ وَالسَّلَامُ - «فِي غَيْرِ خَوْفٍ وَلَا سَفَرٍ وَلَا مَطَرٍ» وَبِهَذَا تَمَسَّكَ أَهْلُ الظَّاهِرِ. وَأَمَّا الْجَمْعُ فِي الْحَضَرِ لِعُذْرِ الْمَطَرِ، فَأَجَازَهُ الشَّافِعِيُّ لَيْلًا كَانَ أَوْ نَهَارًا وَمَنَعَهُ مَالِكٌ فِي النَّهَارِ، وَأَجَازَهُ فِي اللَّيْلِ، وَأَجَازَهُ أَيْضًا فِي الطِّينِ دُونَ الْمَطَرِ فِي اللَّيْلِ، وَقَدْ عَذَلَ الشَّافِعِيُّ مَالِكًا فِي تَفْرِيقِهِ مِنْ صَلَاةِ النَّهَارِ فِي ذَلِكَ وَصَلَاةِ اللَّيْلِ لِأَنَّهُ رَوَى الْحَدِيثَ وَتَأَوَّلَهُ: (أَعْنِي: خَصَّصَ عُمُومَهُ مِنْ جِهَةِ الْقِيَاسِ) وَذَلِكَ أَنَّهُ قَالَ فِي قَوْلِ ابْنِ عَبَّاسٍ: «جَمَعَ رَسُولُ اللَّهِ - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ - بَيْنَ الظُّهْرِ وَالْعَصْرِ، وَالْمَغْرِبِ وَالْعِشَاءِ فِي غَيْرِ خَوْفٍ وَلَا سَفَرٍ» أَرَى ذَلِكَ كَانَ فِي مَطَرٍ قَالَ: فَلَمْ يَأْخُذْ بِعُمُومِ الْحَدِيثِ وَلَا بِتَأْوِيلِهِ: (أَعْنِي تَخْصِيصَهُ) بَلْ رَدَّ بَعْضَهُ وَتَأَوَّلَ بَعْضَهُ، وَذَلِكَ شَيْءٌ لَا يَجُوزُ بِإِجْمَاعٍ، وَذَلِكَ أَنَّهُ لَمْ يَأْخُذْ بِقَوْلِهِ فِيهِ: «جَمَعَ بَيْنَ الظُّهْرِ وَالْعَصْرِ» وَأَخَذَ بِقَوْلِهِ: «وَالْمَغْرِبِ وَالْعِشَاءِ» وَتَأَوَّلَهُ وَأَحْسَبُ أَنَّ مَالِكًا - رَحِمَهُ اللَّهُ - إِنَّمَا رَدَّ بَعْضَ هَذَا الْحَدِيثِ ; لِأَنَّهُ عَارَضَهُ الْعَمَلُ، فَأَخَذَ مِنْهُ بِالْبَعْضِ الَّذِي لَمْ يُعَارِضْهُ الْعَمَلُ، وَهُوَ الْجَمْعُ فِي الْحَضَرِ بَيْنَ الْمَغْرِبِ وَالْعِشَاءِ عَلَى مَا رُوِيَ أَنَّ ابْنَ عُمَرَ كَانَ إِذَا جَمَعَ الْأُمَرَاءُ بَيْنَ الْمَغْرِبِ وَالْعِشَاءِ، جَمَعَ مَعَهُمْ، لَكِنَّ النَّظَرَ فِي هَذَا الْأَصْلِ الَّذِي هُوَ الْعَمَلُ كَيْفَ يَكُونُ دَلِيلًا شَرْعِيًّا فِيهِ نَظَرٌ، فَإِنَّ مُتَقَدِّمِي شُيُوخِ الْمَالِكِيَّةِ كَانُوا يَقُولُونَ إِنَّهُ مِنْ بَابِ الْإِجْمَاعِ، وَذَلِكَ لَا وَجْهَ لَهُ، فَإِنَّ إِجْمَاعَ الْبَعْضِ لَا يُحْتَجُّ بِهِ، وَكَانَ مُتَأَخِّرُوهُمْ يَقُولُونَ إِنَّهُ مِنْ بَابِ نَقْلِ التَّوَاتُرِ، وَيَحْتَجُّونَ فِي ذَلِكَ بِالصَّاعِ وَغَيْرِهِ مِمَّا نَقَلَهُ أَهْلُ الْمَدِينَةِ خَلَفًا عَنْ سَلَفٍ، وَالْعَمَلُ إِنَّمَا هُوَ فِعْلٌ، وَالْفِعْلُ لَا يُفِيدُ التَّوَاتُرَ إِلَّا أَنْ يَقْتَرِنَ بِالْقَوْلِ فَإِنَّ التَّوَاتُرَ طَرِيقَةُ الْخَبَرِ لَا الْعَمَلَ، وَبِأَنَّ جَعْلَ الْأَفْعَالِ تُفِيدُ التَّوَاتُرَ عَسِيرٌ بَلْ لَعَلَّهُ مَمْنُوعٌ، وَالْأَشْبَهُ عِنْدِي أَنْ يَكُونَ مِنْ بَابِ عُمُومِ الْبَلْوَى الَّذِي يَذْهَبُ إِلَيْهِ أَبُو حَنِيفَةَ، وَذَلِكَ أَنَّهُ لَا يَجُوزُ أَنْ يَكُونَ

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