Parmi les récits dont l’interprétation fait l’objet de divergences figure le hadith d’Anas, dont l’authenticité est unanimement reconnue, rapporté par al-Bukhārī et Muslim. Il dit :
« Lorsque le Messager d’Allah — sur lui la bénédiction et la paix — se mettait en route avant que le soleil ne décline, il retardait le dhuhr jusqu’à l’heure du ‘asr, puis faisait halte et regroupait les deux prières. Si le soleil avait décliné avant son départ, il accomplissait le dhuhr, puis se mettait en selle. »
Il y a également le hadith d’Ibn ‘Umar, rapporté lui aussi par al-Bukhārī et Muslim :
« J’ai vu le Messager d’Allah — sur lui la bénédiction et la paix —, lorsqu’il devait hâter sa marche en voyage, retarder le maghrib pour le regrouper avec le ‘ishā’. »
Le troisième est le hadith d’Ibn ‘Abbās, rapporté par Mālik et Muslim :
« Le Messager d’Allah — sur lui la bénédiction et la paix — accomplit ensemble le dhuhr et le ‘asr, ainsi que le maghrib et le ‘ishā’, sans être en situation de crainte ni en voyage. »
Ceux qui autorisent le regroupement interprètent ces hadiths en considérant qu’il retarda le dhuhr jusqu’à la plage horaire propre au ‘asr et regroupa les deux prières. Les juristes de Kūfa estiment, quant à eux, qu’il accomplit simplement le dhuhr à la fin de son horaire et le ‘asr au début du sien, conformément au hadith dans lequel Gabriel dirige la prière. Selon eux, c’est ainsi qu’il convient d’interpréter le hadith d’Ibn ‘Abbās, puisqu’il y a consensus sur l’interdiction de cette pratique en dehors du voyage, sans excuse valable (j’entends : accomplir ensemble les deux prières à l’heure de l’une d’elles).
Ils invoquent également, à l’appui de leur interprétation, le hadith d’Ibn Mas‘ūd :
« Par Celui en dehors duquel il n’y a aucune divinité ! Le Messager d’Allah — sur lui la bénédiction et la paix — n’a jamais accompli une prière en dehors de son horaire, à l’exception de deux prières : il regroupa le dhuhr et le ‘asr à ‘Arafa, ainsi que le maghrib et le ‘ishā’ à Jam‘ (Muzdalifa). »
Ils ajoutent : « Ces récits peuvent aussi bien recevoir notre interprétation que la vôtre. Or, la fixation et la délimitation des horaires des prières sont solidement établies. On ne peut donc s’écarter d’un principe établi sur la base d’un élément susceptible de plusieurs interprétations. »
Quant au récit dont l’authenticité fait l’objet d’une divergence, il s’agit du hadith de Mu‘ādh ibn Jabal rapporté par Mālik :
« Ils partirent avec le Messager d’Allah — sur lui la bénédiction et la paix — l’année de l’expédition de Tabūk. Le Messager d’Allah — sur lui la bénédiction et la paix — regroupait le dhuhr et le ‘asr, ainsi que le maghrib et le ‘ishā’. » Il poursuivit : « Un jour, il retarda la prière, puis sortit et accomplit ensemble le dhuhr et le ‘asr. Ensuite, il rentra, puis ressortit et accomplit ensemble le maghrib et le ‘ishā’. »
S’il était authentique, ce hadith serait plus explicite que les précédents quant à la permission du regroupement, car son sens apparent indique qu’il avança le ‘ishā’ à l’heure du maghrib, bien qu’ils puissent soutenir qu’il avait retardé