Bidayat al-MujtahidIbn Rushd

le raccourcissement n’est permis qu’en cas de crainte, en vertu de cette parole du Très-Haut :

« Si vous craignez que les mécréants ne s’en prennent à vous » [Les Femmes : 101].

On a dit que telle était la position de ‘Ā’isha. Les tenants de cet avis affirment que le Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — ne raccourcissait la prière que parce qu’il éprouvait de la crainte.

Quant à la divergence entre ceux qui prennent en considération la difficulté du voyage, elle tient à celle des Compagnons sur ce point. En effet, l’avis fixant la distance à quatre barīd a été rapporté d’Ibn ‘Umar et d’Ibn ‘Abbās ; Mālik l’a transmis. L’avis retenant trois jours de marche est également rapporté d’Ibn Mas‘ūd, de ‘Uthmān et d’autres.

Le troisième point concerne leur divergence sur la nature du voyage permettant de raccourcir la prière. Certains réservent cette possibilité aux voyages accomplis pour se rapprocher d’Allah, comme le pèlerinage, la ‘umra et le jihād. Ahmad compte parmi les tenants de cet avis.

D’autres l’autorisent pour un voyage licite, mais non pour un voyage entrepris dans la désobéissance à Allah. C’est l’avis de Mālik et d’al-Shāfi‘ī. D’autres encore l’autorisent pour tout voyage, qu’il soit accompli pour se rapprocher d’Allah, simplement licite ou entrepris dans la désobéissance. Tel est l’avis d’Abū Hanīfa, de ses disciples, d’al-Thawrī et d’Abū Thawr.

Leur divergence tient à l’opposition entre le sens dégagé par le raisonnement, ou le sens apparent du texte, et l’enseignement tiré de la pratique prophétique. Ceux qui prennent en considération la difficulté ou le sens apparent du mot « voyage » ne font aucune distinction entre les voyages. Ceux qui s’appuient sur la pratique prophétique disent, en revanche, que le raccourcissement n’est permis que pour un voyage accompli afin de se rapprocher d’Allah :

« Car le Prophète — sur lui la bénédiction et la paix — n’a jamais raccourci la prière que lors d’un voyage accompli pour se rapprocher d’Allah. »

Quant à ceux qui distinguent le voyage licite de celui entrepris dans la désobéissance, ils le font par souci de rigueur. La question de fond est la suivante : peut-on accorder une dispense à ceux qui désobéissent à Allah ? Sur cette question, la lettre du texte s’oppose au sens dégagé par le raisonnement ; c’est pourquoi les savants ont divergé.

Le quatrième point concerne leur divergence sur l’endroit à partir duquel le voyageur commence à raccourcir la prière. Mālik a dit dans al-Muwatta’ :

« Celui qui souhaite voyager ne raccourcit la prière qu’après avoir dépassé les habitations de l’agglomération ; au retour, il ne l’accomplit intégralement qu’une fois parvenu aux premières habitations. »

Il est également rapporté de lui que, s’il s’agit d’une agglomération où se tient la prière du vendredi, le voyageur ne raccourcit la prière qu’après s’en être éloigné d’environ trois milles. Selon l’un des deux avis rapportés de Mālik, cette distance constitue en effet la limite au-delà de laquelle la prière du vendredi n’est plus obligatoire pour ceux qui résident hors de la ville. La majorité des savants retient le premier avis.

Cette divergence tient à l’opposition entre le sens du terme et l’enseignement tiré de la pratique prophétique. Dès lors qu’une personne se met en voyage, elle peut être qualifiée de voyageur. Ceux qui prennent en considération le sens du terme disent donc qu’elle raccourcit la prière dès qu’elle a dépassé les habitations de l’agglomération. Ceux qui prennent en considération l’enseignement tiré de la pratique — je veux dire celle du Prophète, sur lui la bénédiction et la paix — disent qu’elle ne raccourcit la prière qu’après s’être éloignée de trois milles des habitations. Ils s’appuient sur ce hadith authentique d’Anas :

« Lorsque le Prophète — qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix — avait parcouru quelques milles ou trois parasanges — le doute vient de Shu‘ba —, il accomplissait deux unités de prière. »

الْقَصْرَ لَا يَجُوزُ إِلَّا لِلْخَائِفِ لِقَوْلِهِ تَعَالَى: {إِنْ خِفْتُمْ أَنْ يَفْتِنَكُمُ الَّذِينَ كَفَرُوا} [النساء: ١٠١] ، وَقَدْ قِيلَ إِنَّهُ مَذْهَبُ عَائِشَةَ وَقَالُوا: إِنَّ النَّبِيَّ - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ - إِنَّمَا قَصَرَ ; لِأَنَّهُ كَانَ خَائِفًا. أَمَّا اخْتِلَافُ أُولَئِكَ الَّذِينَ اعْتَبَرُوا الْمَشَقَّةَ فَسَبَبُهُ اخْتِلَافُ الصَّحَابَةِ فِي ذَلِكَ، وَذَلِكَ أَنَّ مَذْهَبَ الْأَرْبَعَةِ بُرُدٍ روي عَنِ ابْنِ عُمَرَ، وَابْنِ عَبَّاسٍ، وَرَوَاهُ مَالِكٌ، وَمَذْهَبُ الثَّلَاثَةِ أَيَّامٍ مَرْوِيٌّ أَيْضًا عَنِ ابْنِ مَسْعُودٍ، وَعُثْمَانَ، وَغَيْرِهِمَا. وَأَمَّا الْمَوْضِعُ الثَّالِثُ وَهُوَ اخْتِلَافُهُمْ فِي نَوْعِ السَّفَرِ الَّذِي تُقْصَرُ فِيهِ الصَّلَاةُ، فَرَأَى بَعْضُهُمْ أَنَّ ذَلِكَ مَقْصُورٌ عَلَى السَّفَرِ الْمُتَقَرَّبِ بِهِ كَالْحَجِّ وَالْعُمْرَةِ وَالْجِهَادِ، وَمِمَّنْ قَالَ بِهَذَا الْقَوْلِ أَحْمَدُ. وَمِنْهُمْ مَنْ أَجَازَهُ فِي السَّفَرِ الْمُبَاحِ دُونَ سَفَرِ الْمَعْصِيَةِ، وَبِهَذَا الْقَوْلِ قَالَ مَالِكٌ وَالشَّافِعِيُّ. وَمِنْهُمْ مَنْ أَجَازَهُ فِي كُلِّ سَفَرٍ قُرْبَةً كَانَ أَوْ مُبَاحًا أَوْ مَعْصِيَةً وَبِهِ قَالَ أَبُو حَنِيفَةَ، وَأَصْحَابُهُ، وَالثَّوْرِيُّ، وَأَبُو ثَوْرٍ. وَالسَّبَبُ فِي اخْتِلَافِهِمْ: مُعَارَضَةُ الْمَعْنَى الْمَعْقُولِ أَوْ ظَاهِرِ اللَّفْظِ لِدَلِيلِ الْفِعْلِ، وَذَلِكَ أَنَّ مَنِ اعْتَبَرَ الْمَشَقَّةَ أَوْ ظَاهِرَ لَفْظِ السَّفَرِ لَمْ يُفَرِّقْ بَيْنَ سَفَرٍ وَسَفَرٍ. وَأَمَّا مَنِ اعْتَبَرَ دَلِيلَ الْفِعْلِ قَالَ: إِنَّهُ لَا يَجُوزُ إِلَّا فِي السَّفَرِ الْمُتَقَرَّبِ بِهِ ; «لِأَنَّ النَّبِيَّ - عَلَيْهِ الصَّلَاةُ وَالسَّلَامُ - لَمْ يَقْصُرْ قَطُّ إِلَّا فِي سَفَرٍ مُتَقَرَّبٍ بِهِ» . وَأَمَّا مَنْ فَرَّقَ بَيْنَ الْمُبَاحِ وَالْمَعْصِيَةِ فَعَلَى جِهَةِ التَّغْلِيظِ، وَالْأَصْلُ فِيهِ: هَلْ تَجُوزُ الرُّخصة لِلْعُصَاةِ أَمْ لَا؟ وَهَذِهِ مَسْأَلَةٌ عَارَضَ فِيهَا اللَّفْظُ الْمَعْنَى، فَاخْتَلَفَ النَّاسُ فِيهَا لِذَلِكَ. وَأَمَّا الْمَوْضِعُ الرَّابِعُ: وَهُوَ اخْتِلَافُهُمْ فِي الْمَوْضِعِ الَّذِي مِنْهُ يَبْدَأُ الْمُسَافِرُ بِقَصْرِ الصَّلَاةِ، فَإِنَّ مَالِكًا قَالَ فِي الْمُوَطَّأِ: لَا يَقْصُرُ الصَّلَاةَ الَّذِي يُرِيدُ السَّفَرَ حَتَّى يَخْرُجَ مِنْ بُيُوتِ الْقَرْيَةِ وَلَا يُتِمُّ حَتَّى يَدْخُلَ أَوَّلَ بُيُوتِهَا. وَقَدْ رُوِيَ عَنْهُ أَنَّهُ لَا يَقْصُرُ إِذَا كَانَتْ قَرْيَةً جَامِعَةً حَتَّى يَكُونَ مِنْهَا بِنَحْوِ ثَلَاثَةِ أَمْيَالٍ، وَذَلِكَ عِنْدَهُ أَقْصَى مَا يَجِبُ فِيهِ الْجُمُعَةُ عَلَى مَنْ كَانَ خَارِجَ الْمِصْرِ فِي إِحْدَى الرِّوَايَتَيْنِ عَنْهُ، وَبِالْقَوْلِ الْأَوَّلِ قَالَ الْجُمْهُورُ. وَالسَّبَبُ فِي هَذَا الِاخْتِلَافِ: مُعَارَضَةُ مَفْهُومِ الِاسْمِ لِدَلِيلِ الْفِعْلِ، وَذَلِكَ أَنَّهُ إِذَا شَرَعَ فِي السَّفَرِ فَقَدِ انْطَلَقَ عَلَيْهِ اسْمُ مُسَافِرٍ فَمَنْ رَاعَى مَفْهُومَ الِاسْمِ قَالَ: إِذَا خَرَجَ مِنْ بُيُوتِ الْقَرْيَةِ قَصَرَ. وَمَنْ رَاعَى دَلِيلَ الْفِعْلِ (أَعْنِي فِعْلَهُ - عَلَيْهِ الصَّلَاةُ وَالسَّلَامُ -) قَالَ: لَا يَقْصُرُ إِلَّا إِذَا خَرَجَ مِنْ بُيُوتِ الْقَرْيَةِ بِثَلَاثَةِ أَمْيَالٍ لِمَا صَحَّ مِنْ حَدِيثِ أَنَسٍ قَالَ: «كَانَ النَّبِيُّ - صَلَّى اللَّهُ عَلَيْهِ وَسَلَّمَ - إِذَا خَرَجَ مَسِيرَةَ أَمْيَالٍ أَوْ ثَلَاثَةِ فَرَاسِخَ - شُعْبَةُ الشَّاكُّ - صَلَّى رَكْعَتَيْنِ» .

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