Bidayat al-MujtahidIbn Rushd

Première question : la permission

Trois avis ont été émis à ce sujet.

Selon l’avis le plus connu, cette pratique est permise sans restriction. C’est la position de la majorité des juristes des grandes cités.

Le deuxième avis l’autorise en voyage, mais non en résidence. Le troisième l’interdit sans restriction : c’est le plus rigoureux des trois.

Ces trois avis sont rapportés des premières générations ainsi que de Mālik.

Leur divergence tient à la contradiction supposée entre le verset des ablutions, qui ordonne de laver les pieds, et les récits relatifs au passage des mains mouillées sur les chaussons, le verset des ablutions ayant été révélé plus tard. Ce désaccord existait déjà entre les Compagnons, aux premiers temps de l’islam. Certains estimaient que le verset des ablutions abrogeait ces récits : telle était la position d’Ibn ‘Abbās.

Ceux qui autorisent cette pratique invoquent le récit rapporté par Muslim, selon lequel on appréciait particulièrement « le hadith de Jarīr : celui-ci avait rapporté avoir vu le Prophète — sur lui la prière et le salut — passer les mains mouillées sur ses chaussons. On lui dit : “Cela n’avait lieu qu’avant la révélation de la sourate al-Mā’ida.” Il répondit : “Je n’ai embrassé l’islam qu’après la révélation de la sourate al-Mā’ida.” »

Les savants des générations ultérieures qui autorisent cette pratique ont affirmé qu’il n’existait aucune contradiction entre le verset et les récits : l’ordre de laver les pieds s’adresse uniquement à celui qui ne porte pas de chaussons, tandis que la dispense concerne celui qui en porte. Selon une autre interprétation, la lecture au génitif du mot « pieds » désigne le passage des mains mouillées sur les chaussons.

Quant à ceux qui distinguent le voyage de la résidence, ils le font parce que la plupart des récits authentiques rapportant cette pratique du Prophète — sur lui la prière et le salut — concernent des situations de voyage. Le voyage appelle en outre les dispenses et les allègements. Or, le passage des mains mouillées sur les chaussons relève de l’allègement, car il est pénible au voyageur de les retirer.

Deuxième question : la délimitation de la zone à essuyer

Les juristes des grandes cités divergent également sur ce point. Certains estiment qu’il est obligatoire de passer les mains mouillées sur le dessus du chausson et recommandé de les passer sur sa face inférieure (j’entends : le dessous du chausson). Mālik et al-Shāfi‘ī sont de cet avis.

D’autres rendent obligatoire le passage des mains mouillées sur le dessus et le dessous des deux chaussons. Telle est la position d’Ibn Nāfi‘, l’un des disciples de Mālik.

D’autres encore ne rendent obligatoire que le passage sur le dessus, sans recommander celui sur le dessous. C’est la position d’Abū Hanīfa, de Dāwūd, de Sufyān et d’un groupe de juristes.

Ashhab adopte une position isolée : selon lui, l’obligation est acquittée en passant les mains mouillées soit sur le dessous, soit sur le dessus, indifféremment.

الْمَسْأَلَةُ الأُولَى فَأَمَّا الْجَوَازُ، فَفِيهِ ثَلَاثَةُ أَقْوَالٍ: الْقَوْلُ الْمَشْهُورُ: أَنَّهُ جَائِزٌ عَلَى الْإِطْلَاقِ، وَبِهِ قَالَ جُمْهُورُ فُقَهَاءِ الْأَمْصَارِ. وَالْقَوْلُ الثَّانِي: جَوَازُهُ فِي السَّفَرِ دُونَ الْحَضَرِ. وَالْقَوْلُ الثَّالِثُ: مَنْعُ جَوَازِهِ بِإِطْلَاقٍ، وَهُوَ أَشَدُّهَا. وَالْأَقَاوِيلُ الثَّلَاثَةُ مَرْوِيَّةٌ عَنِ الصَّدْرِ الْأَوَّلِ وَعَنْ مَالِكٍ. وَالسَّبَبُ فِي اخْتِلَافِهِمْ: مَا يُظَنُّ مِنْ مُعَارَضَةِ آيَةِ الْوُضُوءِ الْوَارِدِ فِيهَا الْأَمْرُ بِغَسْلِ الْأَرْجُلِ لِلْآثَارِ الَّتِي وَرَدَتْ فِي الْمَسْحِ مَعَ تَأَخُّرِ آيَةِ الْوُضُوءِ، وَهَذَا الْخِلَافُ كَانَ بَيْنَ الصَّحَابَةِ فِي الصَّدْرِ الْأَوَّلِ، فَكَانَ مِنْهُمْ مَنْ يَرَى أَنَّ آيَةَ الْوُضُوءِ نَاسِخَةٌ لِتِلْكَ الْآثَارِ، وَهُوَ مَذْهَبُ ابْنِ عَبَّاسٍ. وَاحْتَجَّ الْقَائِلُونَ بِجَوَازِهِ بِمَا رَوَاهُ مُسْلِمٌ أَنَّهُ كَانَ يُعْجِبُهُمْ «حَدِيثُ جَرِيرٍ، وَذَلِكَ أَنَّهُ رَوَى أَنَّهُ رَأَى النَّبِيَّ - عَلَيْهِ الصَّلَاةُ وَالسَّلَامُ - يَمْسَحُ عَلَى الْخُفَّيْنِ، فَقِيلَ لَهُ إِنَّمَا كَانَ ذَلِكَ قَبْلَ نُزُولِ الْمَائِدَةِ، فَقَالَ: مَا أَسْلَمْتُ إِلَّا بَعْدَ نُزُولِ الْمَائِدَةِ» . وَقَالَ الْمُتَأَخِّرُونَ الْقَائِلُونَ بِجَوَازِهِ: لَيْسَ بَيْنَ الْآيَةِ وَالْآثَارِ تَعَارُضٌ ; لِأَنَّ الْأَمْرَ بِالْغَسْلِ إِنَّمَا هُوَ مُتَوَجِّهٌ إِلَى مَنْ لَا خُفَّ لَهُ، وَالرُّخْصَةَ إِنَّمَا هِيَ لِلَابِسِ الْخُفِّ، وَقِيلَ: إِنَّ تَأْوِيلَ قِرَاءَةِ الْأَرْجُلِ بِالْخَفْضِ هُوَ الْمَسْحُ عَلَى الْخُفَّيْنِ، وَأَمَّا مَنْ فَرَّقَ بَيْنَ السَّفَرِ وَالْحَضَرِ فَلِأَنَّ أَكْثَرَ الْآثَارِ الصِّحَاحِ الْوَارِدَةِ فِي مَسْحِهِ - عَلَيْهِ الصَّلَاةُ وَالسَّلَامُ - إِنَّمَا كَانَتْ فِي السَّفَرِ، مَعَ أَنَّ السَّفَرَ مُشْعِرٌ بِالرُّخْصَةِ وَالتَّخْفِيفِ، وَالْمَسْحُ عَلَى الْخُفَّيْنِ هُوَ مِنْ بَابِ التَّخْفِيفِ، فَإِنَّ نَزْعَهُ مِمَّا يَشُقُّ عَلَى الْمُسَافِرِ. الْمَسْأَلَةُ الثَّانِيَةُ وَأَمَّا تَحْدِيدُ الْمَحَلِّ: فَاخْتَلَفَ فِيهِ أَيْضًا فُقَهَاءُ الْأَمْصَارِ، فَقَالَ قَوْمٌ: إِنَّ الْوَاجِبَ مِنْ ذَلِكَ مَسْحُ أَعْلَى الْخُفِّ، وَإِنَّ مَسْحَ الْبَاطِنِ (أَعْنِي أَسْفَلَ الْخُفِّ) مُسْتَحَبٌّ، وَمَالِكٌ أَحَدُ مَنْ رَأَى هَذَا وَالشَّافِعِيُّ، وَمِنْهُمْ مَنْ أَوْجَبَ مَسْحَ ظُهُورِهِمَا وَبُطُونِهِمَا، وَهُوَ مَذْهَبُ ابْنِ نَافِعٍ مِنْ أَصْحَابِ مَالِكٍ، وَمِنْهُمْ مَنْ أَوْجَبَ مَسْحَ الظُّهُورِ فَقَطْ وَلَمْ يَسْتَحِبَّ مَسْحَ الْبُطُونِ، وَهُوَ مَذْهَبُ أَبِي حَنِيفَةَ وَدَاوُدَ وَسُفْيَانَ وَجَمَاعَةٍ، وَشَذَّ أَشْهَبُ فَقَالَ: إِنَّ الْوَاجِبَ مَسْحُ الْبَاطِنِ، أَوِ الْأَعْلَى أَيُّهُمَا مَسَحَ.

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